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Espoir, doute, extase, déception : les émotions au match de demi-finale de la Coupe du monde entre l'Argentine et l'Angleterre étaient aussi fortes à Montréal que sur la pelouse du Stade d'Atlanta.
À quelques minutes du sifflet de départ, l’atmosphère est électrique au café Conca d’Oro, dans la Petite-Italie. Les bombos, ces tambours argentins, dictent le rythme des chants qu'entonnent en chœur les partisans de l'Argentine qui ont rempli la terrasse de leur quartier général à Montréal. Ils sont venus encourager l’Albiceleste dans son match de demi-finale de la Coupe du monde de la FIFA l’opposant à l’Angleterre.
Le foot, pour nous, c’est une religion, explique Oscar Olivera, accompagné de son chien Tango, qui accueille les enthousiastes affluant au café. Il se prépare à joindre les vibrations de ses compatriotes avec son propre instrument. Le match n’est même pas commencé, mais on croirait que l’Argentine a déjà les devants.
En Argentine, quand des enfants naissent, il y a des couches à l’hôpital, il y a beaucoup de cadeaux. L’enfant, il n’a pas encore ouvert les yeux, et, entre tous les cadeaux, il y a un ballon.

Oscar Olivera est arrivé au Québec en 1988.
Photo : Radio-Canada / Arly Bosom
Christian, lui, a commencé la previa, l'avant-match, dans le parc d’à côté avec sa femme et son ami. Le Québécois d’origine argentine mise gros pour le match. On va gagner aujourd’hui et je vais au New Jersey regarder la finale, lance-t-il avec confiance, même s'il n'a pas encore acheté son billet. On est comme ça, nous, les Argentins. Très impulsifs et très passionnés.

Christian et sa copine se préparent pour le match au parc Dante, à quelques pas du café.
Photo : Radio-Canada / Arly Bosom
Vanesa, arrivée au Québec en 2006, a perdu sa fille dans la foule qui grossit à vue d’œil. Ça ne l’empêche pas de chanter et de danser avec les partisans. Parmi les paroles entonnées par la foule : Si tu ne sautes pas, tu es un Anglais, traduit-elle en français.
Ce chant n’est pas anodin, alors que l’Argentine et l’Angleterre ont un passé chargé.
On peut penser au match controversé disputé entre les deux pays lors de la Coupe du monde en 1986, marqué par la main de Dieu du joueur argentin Diego Maradona. Oscar explique qu'à l'époque, l'Argentine jouait pour l’honneur des Malouines, en référence au conflit armé de 1982 opposant le pays au Royaume-Uni pour le contrôle de l’archipel de l'Atlantique Sud.
Mais aujourd'hui, c'est différent, dit-il. On n’est pas dans la politique, assure-t-il. Le match se joue sur le terrain.
Le sifflet de départ retentit et la terrasse du Conca d’Oro s'étend maintenant jusque sur la rue Dante.
Une remontada typiquement argentine
Après 45 minutes de jeu, les partisans ayant chanté à pleins poumons troquent le verre de Fernet – une boisson alcoolisée et herbacée, souvent servie avec du Coca-Cola – contre les pichets. Avec un score de 0 à 0, tous les espoirs sont permis.
L’Argentine, c’est une équipe qui joue jusqu’à la fin et qui donne tout sur le terrain, analyse Luis Roberto, venu regarder le match avec son groupe d’amis.
Même son de cloche pour Oscar, qui est prêt à toute éventualité. La différence [avec les autres équipes], c’est que, même si on est à terre, on va se relever, fait-il valoir.
Quelques minutes plus tard, justement, son équipe encaisse un coup dur : Anthony Gordon donne l’avance à l’Angleterre à la 55e minute.
Les partisans prennent quelques minutes pour encaisser le choc, puis les tambours retentissent de nouveau. L’énergie du Conca d’Oro renaît, comme si on l’avait à nouveau branchée à une prise électrique.
Chaque percée offensive de l’Albiceleste est accompagnée d’une pause des joueurs de tambour, qui se concentrent sur l’action, comme si la musique elle-même retenait son souffle. Si Enzo Fernández fait exploser la terrasse de joie en égalisant la rencontre à la 85e minute, la rue Dante au complet se transforme en fête de quartier lorsque Lautaro Martínez complète la remontada, quelques minutes plus tard.
L’Argentine est finaliste de la Coupe du monde pour une deuxième fois d’affilée.
C’est incroyable! hurle Elias à travers les fumigènes bleus. Je suis marocain, mais le Maroc est éliminé, donc je suis là pour l’Argentine, lance-t-il avec enthousiasme. Vamos, Argentina! Vamos!
Je n’ai plus de voix, c’est un sentiment incroyable, affirme Jose. C’était difficile, mais on y a toujours cru, ajoute-t-il avant de se faire interrompre. On va célébrer jusqu’à la finale, s’exclame un de ses amis.
L’Argentine a mis le genou à terre et s’est relevée, encore une fois. Qui sait, le secret vient peut-être des bombos de la rue Dante...

Les joueurs de tambours et les chants des supporteurs assurent le rythme au Conca d’Oro.
Photo : Radio-Canada / Arly Bosom
Y croire n’est pas suffisant
Du côté des partisans de l’Angleterre, tout était prêt pour une ambiance festive au Burgundy Lion sur la rue Notre-Dame Ouest, dans la Petite-Bourgogne, à Montréal. Dès midi, presque toutes les tables sont occupées.
Des partisans de tous les âges, dont beaucoup portent le maillot de la sélection de l’Angleterre, prennent place au comptoir, mais aussi aux abords des escaliers, à proximité des écrans, comme pour se garder une place de choix.

Les partisans de l'Angleterre regardent attentivement le match et sont persuadés que leur équipe prendra les devants.
Photo : Radio-Canada / Karim Ouadia
Peu avant le coup d’envoi de la partie, jeunes et moins jeunes entonnent en chœur la chanson Hey Jude, devenue une sorte d’hymne pour l’équipe d’Angleterre.
Le coup de sifflet annonce le début du match. Les réactions sont nombreuses à chaque réception. Les assauts des Argentins se multiplient, mais les Anglais résistent, au grand bonheur des partisans rongés par le stress.
Bruyants quand leur équipe obtient des chances de marquer, ils n'ont pas d'animosité pour l'adversaire. C'est une tout autre histoire pour Gianni Infantino, le président de la FIFA. Chaque fois que les caméras s’arrêtent sur lui, les clients de ce bar le huent généreusement.
Je ne l’aime pas, je ne lui fais pas confiance. Et je ne suis pas la seule, comme vous le voyez, dit Christina, une bière à la main.
À la première pause d’hydratation, l’enthousiasme est là, mais c’est un optimisme prudent qu’affiche Dean. Il croit en son équipe, mais se garde de crier victoire. Aucune équipe n’a encore inscrit de but et on n’est jamais à l’abri d’un rebondissement, fait-il remarquer à la fin de la première mi-temps.
Les Argentins reviennent plus énergiques en deuxième mi-temps et donnent des sueurs froides aux coéquipiers de Harry Kane.
Mais contre toute attente, un but signé Anthony Gordon vient libérer l’Angleterre. Le Burgundy Lion rugit : cris et applaudissements atteignent les commerces avoisinants.

Le but d’Anthony Gordon à la 55e minute a été suivi d'une explosion de joie au Burgundy Lion.
Photo : Radio-Canada / Karim Ouadia
Tenaces, les Argentins multiplient toutefois les assauts face à une Angleterre qui semble en perte d’énergie.
À la 85e minute, Enzo Fernandez vient refroidir les partisans les plus enthousiastes. Et moins de cinq minutes plus tard, Lautaro Martinez donne le coup de grâce.
Autour du comptoir, il y a des mines défaites. Alors que les Anglais n'ont pas encore eu le temps d’absorber le coup du premier but, l'Argentine leur montre la porte de sortie.

Des partisans de l'Angleterre de tous âges ont mis le cap sur le Burgundy Lion, dans la Petite-Bourgogne, à Montréal.
Photo : Radio-Canada / Karim Ouadia
J’ai le cœur brisé, confie Angela. Elle y croyait. Elle rejoint quelques partisans attroupés devant le Burgundy Lion, qui commence déjà à se vider.
Ils prennent rendez-vous pour la petite finale de samedi contre la France.


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