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Demi Moore prophétisait durant le Festival de Cannes qu’il fallait « trouver des moyens de travailler avec » l’intelligence artificielle. Le réalisateur semble du même avis.

Capture d’écran Youtube
Martin Scorsese, ici en pleine discussion avec la start-up Black Forest Labs pour développer un exmeple de story board concu par IA pour son prochain film.
L’IA séduit un auteur hollywoodien de plus, et pas n’importe lequel. Le réalisateur Martin Scorsese a rarement sa langue quand il s’agit d’évoquer les dernières tendances en vogue à Hollywood, mais contrairement à ses critiques sur les films de super-héros, il semble beaucoup plus tolérant en ce qui concerne l’intelligence artificielle.
Dans un article intitulé « Martin Scorsese se tourne vers l’IA », le New York Times explique que le cinéaste américain de 83 ans, qui a notamment réalisé Taxi Driver, Killers of the Flower Moon et Raging Bull, a choisi de s’associer à une start-up spécialisée dans la génération d’images par IA. De la part de celui que le journal américain surnomme la « conscience du Hollywood moderne », ce geste pourrait donc provoquer un point de bascule important dans le 7e art.
L’entreprise soutenue par Martin Scorsese s’appelle Black Forest Labs. Et il assume l’avoir approchée pour s’en servir dans le travail préparatoire de son nouveau long-métrage. « Je m’intéresse à l’intersection entre la technologie et la narration, et à la façon dont elle peut repousser les limites de la créativité pour offrir aux spectateurs des expériences plus profondes et plus riches », avance le réalisateur.
Une « véritable libération créative » pour Scorsese
Dans un communiqué transmis au New York Times, le réalisateur souligne, pour sa défense, ne pas oublier que « le cinéma est un art relativement jeune, qui n’a que 125 ans environ ; nous devons donc rester ouverts à son évolution ». Concrètement, et comme le dévoile une vidéo promotionnelle mettant en scène Martin Scorsese, il utilise l’outil de la start-up pour l’aider à concevoir ses storyboards. « Depuis 70 ans, je crée mes propres storyboards, explique-t-il, il y a toujours eu ce problème : comment communiquer ce que l’on voit dans sa tête à l’équipe technique et aux acteurs ? Certaines choses, il faut les voir et les ressentir. »
Selon lui, l’outil de Black Forest Labs permet de « partager plus clairement et plus efficacement avec mon équipe créative ce que je visualise ». Ses essais pour une scène de son prochain film, qui semble être What Happens at Night avec Leonardo DiCaprio, Jennifer Lawrence et Mads Mikkelsen, a été une « véritable libération créative », selon ses mots.
« Pendant la préproduction, le temps, c’est de l’argent, et cela nous a permis d’avancer plus vite sans sacrifier la qualité ni le savoir-faire », argue-t-il encore, dans un écho aux récents propos du Français Mathieu Kassovitz sur les gains de temps (et donc d’argent) permis par le recours à l’IA dans le 7e art.
Pour mieux comprendre pourquoi le réalisateur a choisi de s’associer à cette start-up, il faut savoir que l’entreprise allemande propose un modèle d’IA partiellement en open source. Ce qui dénote dans un secteur dominé par des entreprises comme OpenAI, Google ou Midjourney qui sont entièrement propriétaires de leurs outils, et ne le cède pas gratuitement aux utilisateurs. Un point noir néanmoins : le fondateur de la start-up est critiqué pour avoir participé au développement de Stable Diffusion, le générateur d’images très populaire de Stability, qui a été entraîné avec… des images protégées par des droits d’auteur. Ce qui ne devrait, en théorie, pas trop plaire à Martin Scorsese.
Gareth Edwards et Paul Schrader s’y mettent aussi
Désormais présenté comme « partenaire et conseiller » de Black Forest Labs, Martin Scorsese monte donc à bord du train de l’IA, dans lequel plusieurs grands noms du cinéma américain ont également embarqué ces derniers jours. Lors de l’événement AI on the Lot (soit « l’IA sur le plateau »), organisé en Californie par Amazon, le réalisateur et concepteur d’effets spéciaux Gareth Edwards a parlé de l’intelligence artificielle comme d’un « outil absolument génial pour vous aider » et qui « sera même meilleur que les images de synthèse ».
Le cinéaste derrière The Creator, Rogue One et le dernier Jurassic World ne voit d’ailleurs « pas pourquoi un cinéaste ne s’intéresserait pas à cette technologie. C’est clairement un outil qui pourrait rivaliser avec la caméra ». Il utilise à cet égard le même argument que Martin Scorsese, en évoquant l’utilité de l’IA dans les étapes préparatoires d’un film. « Elle est uniquement utile pour l’itération et la découverte de ce que devrait être le film, une fois que vous savez ce que c’est, vous pouvez vous lancer et commencer à en faire votre film. »
« C’est comme avoir un réalisateur de seconde équipe milliardaire sous acide. Elle fait tout ce que vous lui demandez, sans problème, a-t-il poursuivi, tout en reconnaissant que parfois, elle devient complètement dingue (...) mais ça vaut le coup ».
Durant ce même événement Paul Schrader, réalisateur mais surtout scénariste pour Scorsese, Steven Spielberg ou Brian De Palma a estimé qu’avec l’IA, les figurants ne servaient plus à rien. « Pourquoi payer des figurants 180 dollars par jour alors qu’ils ont l’air si artificiels ? Non seulement nous les payons, mais nous devons aussi les habiller et les nourrir. Pourquoi ne pas les créer nous-mêmes ? Nous le pouvons et nous le ferons », a-t-il lancé, tout en estimant que « l’avenir commercial de l’IA » ne reposait pas sur « tous ces effets spéciaux tape-à-l’œil, tous ces monstres ». Lui, voit son véritable essor dans la création par l’IA d’un protagoniste : « Imaginez un nouveau Clint Eastwood : vous ne dites pas “Clint Eastwood” à l’IA, vous le décrivez simplement, et il apparaît comme Clint Eastwood ». Tout un programme.


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