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Marine Le Pen est condamnée, mais reste en selle pour la présidentielle

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Un ange est passé quand la juge a appelé le nom de Marine Le Pen dans la chaleur étouffante de la cour d’appel de Paris. La politicienne d’extrême droite, vêtue d’un tailleur rose et silencieuse depuis son arrivée en cour, s’est levée pour écouter, impassible, le long énoncé de sa peine. Condamnée à nouveau mardi pour détournement de fonds publics, elle reste toutefois dans la course à la présidence, la peine ayant été réduite par rapport à sa condamnation en première instance.

Aussitôt la prévenue rassise, la salle d’audience s’est remplie du bruissement des journalistes et des membres du public s’interrogeant sur les répercussions de la sanction. Marine Le Pen elle-même s’est longuement tournée vers ses avocats, peut-être surprise malgré des mois d’anticipation.

En réduisant la peine d’inéligibilité, la cour d’appel lui a donné la possibilité de se présenter à l’élection présidentielle de 2027, à condition qu’elle porte pour une partie de la campagne un bracelet électronique — une possibilité qu’elle avait fermement écartée dans les dernières semaines.

Quelques heures plus tard, au téléjournal de TF1, la candidate a annoncé choisir une autre voie, tout en officialisant le maintien de sa candidature. « Comme j’ai la possibilité de faire un pourvoi en cassation, ce qui n’était pas obligatoirement le cas des autres hypothèses, et que le pourvoi en cassation suspend les effets de l’arrêt, je ferai donc campagne sans bracelet électronique », a fait savoir la candidate, prenant le présentateur de court.

Détournement de fonds

Le Rassemblement national (RN), qui s’appelait encore Front national au moment des faits, est accusé d’avoir détourné plus de 4,4 millions d’euros de fonds alloués à ses députés européens, entre 2004 et 2016.

Pendant cette période, plusieurs membres du parti ont été grassement rémunérés en tant qu’assistants parlementaires de députés, sans laisser de traces de travail auprès d’eux. En réalité, ils travaillaient pour la plupart pour le siège du parti, à Paris, et ne mettaient que très rarement les pieds à Bruxelles, comme aurait dû le nécessiter leur emploi.

Outre Marine Le Pen, 10 personnes ont été condamnées à des peines allant de six mois à trois ans d’emprisonnement, pour la plupart assorties d’une période d’inéligibilité et d’une amende. Le parti lui-même a été condamné à payer 2 millions d’euros.

Marine Le Pen, qui était elle-même députée européenne à l’époque des faits, a reçu la condamnation la plus sévère du lot : trois ans d’emprisonnement, dont un an ferme, assortis de 100 000 euros d’amende. « Il appartient au responsable d’un parti politique de premier ordre de faire respecter les règles plutôt que de les enfreindre », a sévèrement rappelé la juge Michèle Agi. « L’instigateur est un complice plus dangereux que celui qui se borne à apporter son aide. »

Si la cour a confirmé la responsabilité de Marine Le Pen, sa peine d’inéligibilité a été réduite de cinq ans à 45 mois, dont 15 ferme. Comme elle a été condamnée une première fois en mars 2025, il y a plus de 15 mois, la peine est déjà considérée comme terminée. La candidate conserve donc son mandat de députée et pourrait se présenter dès aujourd’hui à une élection.

« L’une des principales critiques de la peine d’inéligibilité, c’est que plus encore que de priver le condamné du droit d’être élu, elle prive les électeurs du droit de choisir leur représentant librement », indique au Devoir le constitutionnaliste Benjamin Morel, maître de conférences en droit à l’Université Panthéon-Assas. « La décision contourne ce problème en laissant à Marine Le Pen le choix de se présenter tout en la condamnant de manière visible. »

Pour Mme Le Pen, le problème venait surtout de la peine d’un an d’emprisonnement ferme, dont la durée était paradoxalement incertaine. « Pour ce genre de peine, il y a normalement des réductions si l’accusé ne présente pas de risque de récidive, relève le juriste. Marine Le Pen aurait pu être libre à la fin de l’année, mais ce n’est pas automatique. »

En se pourvoyant en cassation, la cheffe du RN a rebattu les cartes. Sa peine d’emprisonnement est suspendue, mais la cour a fait savoir qu’elle serait prête à rendre une décision au début de l’an prochain, à quelques mois de l’élection présidentielle prévue le 2 mai 2027.

La cheffe pourrait cependant jouer la montre et espérer être condamnée après avoir été élue, auquel cas elle pourrait bénéficier de l’immunité présidentielle.

Chorégraphie

Jusqu’à la dernière minute, la décision des juges est demeurée un secret absolu. Sans tirer un trait sur la candidature de Marine Le Pen, le parti à la flamme a soigneusement chorégraphié dans les derniers jours avant le procès un passage de flambeau.

Samedi, le RN a convié ses militants et les journalistes à une « fête champêtre » à Liévin, en campagne, en guise de démonstration d’unité. « Si la justice m’interdit de me présenter à la présidentielle, alors c’est avec une grande énergie, une grande conviction et une grande confiance que je soutiendrai évidemment tous les jours — et jusqu’à sa victoire — la candidature de Jordan Bardella », avait clamé Marine Le Pen, toute souriante et habillée de manière décontractée.

Tourner la page de Marine Le Pen n’aurait pas été une mince affaire pour le RN : arrivée aux commandes en 2011, elle a profondément transformé le parti de son père, Jean-Marie Le Pen, et y exerce une autorité absolue.

« Elle a fait un travail de modernisation très important, en transformant le petit parti extrémiste de son père en parti de gouvernement, le premier en termes d’électeurs », explique Luc Rouban, professeur à Sciences Po Paris. « Ça reste un parti de droite nationaliste, incontestablement, qui joue sur la détestation de l’islam et des étrangers, précise-t-il, mais c’est un parti qui apparaît comme plus présentable que La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. »

Le dauphin écarté

Au moment de l’audience, Jordan Bardella était à bord d’un train entre Strasbourg et Paris, manière de symboliser une transition du Parlement européen, où il est député depuis 2019, vers l’arène politique française. Âgé de seulement 30 ans, le jeune homme a connu une ascension rapide à l’intérieur du RN en mettant en avant des origines modestes. Il est devenu le président du parti en 2021.

Si les deux candidats ont tout fait pour paraître interchangeables, leur électorat cible aurait pu être assez différent. « Marine Le Pen a donné avec les années une ligne sociale au RN, pour attirer un électorat populaire », explique Luc Rouban. « Sur le plan économique, Jordan Bardella est plus libéral et proche du patronat, tout en étant autoritaire sur le plan social — ce qui ressemble à une tentative de trumpisme », soutient-il.

Si Jordan Bardella cède sa place cette fois-ci, sa vie politique n’est pas terminée : sur le plateau de TF1, Marine Le Pen a réaffirmé son intention de le nommer premier ministre, expliquant former avec lui un « binôme ».

À l’écran, la politicienne s’est montrée optimiste relativement aux conditions de sa candidature, affirmant vigoureusement qu’elle se considérait comme innocente et que la cour s’était « trompée ». « Les Français seront juges », a-t-elle déclaré, le sourire serré.

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