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GRAND ENTRETIEN - Après le meurtre de Quentin Deranque, les deux philosophes déplorent que notre époque, en criminalisant les idées conservatrices, ait donné naissance à une jeunesse sans repères, prête à user de la violence pour anéantir l’adversaire.
Passer la publicité* Marcel Gauchet vient de publier « Comment pensent les démocraties » (Albin Michel). Dernier ouvrage paru de Pierre Manent : « Pascal et la proposition chrétienne » (Grasset, 2022).
LE FIGARO. - Le lynchage de Quentin, tué en marge d’un meeting de Rima Hassan à Sciences Po par des jeunes liés à la mouvance antifasciste, a ému la France entière. Comment analysez-vous cet événement ? Et témoigne-t-il, selon vous, d’une radicalisation politique ?
MARCEL GAUCHET. - Je ne crois pas à la mort des idéologies, mais à leur transformation sur un mode diffus, moins articulé intellectuellement. Cet effacement relatif ne pacifie pas le débat public. Au contraire, il radicalise certaines positions, surtout à l’extrême gauche, où la politique cède la place à la morale. L’adversaire n’est plus discuté ou contredit, il est identifié au mal absolu, et le fascisme y apparaît comme un mal moral, sans contenu politique réel. Le sens politique disparaît. Il ne s’agit plus de gérer une…


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