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Malgré les apparences, le Lightning n’est plus ce qu’il était

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« Les Yankees ne sont pas meilleurs que les autres. Les gens sont seulement impressionnés par les lignes sur leur uniforme. »

Cette amusante expression issue de la culture sportive nord-américaine est souvent utilisée pour faire valoir que la réputation d’une personne ou d’une organisation surpasse parfois ses capacités du moment. Elle s’applique bien au Lightning de Tampa Bay, que le Canadien de Montréal affrontera au premier tour des séries.

Le Lightning a remporté la Coupe Stanley deux fois de suite en 2020, puis en 2021, en plus d’avoir participé à la finale en 2022. Et peu importe qu’on parle du Lightning dans un contexte d’affaires, de gestion sportive ou de performances sur la patinoire, les gens s’entendent généralement pour dire qu’il s’agit d’une organisation d’exception.

Encore cette semaine, dans un sondage réalisé par le site Athlétique auprès des agents les plus influents de la Ligue nationale de hockey (LNH), 55 % des répondants qualifiaient Tampa Bay d’organisation la mieux gérée de la ligue. C’est tout à l’honneur du DG Julien BriseBois. Le Wild du Minnesota apparaissait au 2e rang avec 20 % des votes.

Dans la même veine, la plupart des observateurs s’entendent pour dire que Jon Cooper est le meilleur, sinon l’un des deux ou trois meilleurs entraîneurs de la ligue. En poste depuis 13 ans, cet avocat de formation est l’instructeur actif qui a passé le plus de temps aux commandes de la même équipe. Tout naturellement, Cooper a été choisi pour diriger l’équipe canadienne à la Confrontation des 4 nations, en 2025, puis aux Jeux de Milan-Cortina en février dernier.

La façon dont cette organisation est dirigée explique en grande partie pourquoi aucune autre formation n’a connu autant de succès que le Lightning au cours des 10 dernières années. En saison comme en séries.

Le Lightning a encore figuré parmi les équipes les plus performantes de la saison qui s’achève. Les hommes de Cooper bouclent le calendrier au 2e rang de la Division atlantique – la plus compétitive de la LNH – avec la 4e attaque et la 3e défense du circuit. Ce n’est pas rien.

Par contre, le Lightning est aussi une équipe vieillissante – la 4e plus âgée de la ligue – qui a souvent donné l’impression de carburer aux vapeurs d’essence au cours des dernières semaines. Avant de disputer son dernier match ce mercredi soir, au cours duquel des joueurs clés profiteront vraisemblablement d’un repos, Tampa Bay n’avait remporté que 12 de ses 24 duels précédents.

Les équipes plus vieilles, c’est connu, sont aussi plus vulnérables aux blessures. Et des blessures, le Lightning en a soigné en masse cette saison.

En défense, les piliers Victor Hedman et Erik Cernak ont respectivement raté 48 et 21 rencontres. On ne sait même pas si Hedman, le capitaine de l’équipe, sera de retour au jeu en séries. Il est absent depuis le 25 mars pour des raisons personnelles. Et si jamais il renoue avec la compétition, ce n’est pas un candidat au trophée Norris que la formation floridienne retrouvera. Hedman est maintenant âgé de 35 ans et il a joué moins de 19 minutes par match en moyenne cette saison.

En attaque, Anthony Cirelli (10 matchs), Brayden Point (18 matchs, en plus des Jeux olympiques) et Nick Paul (31 matchs) ont tous connu de longs séjours à l’infirmerie. Un autre membre important du noyau de cette équipe, Brandon Hagel, a par ailleurs raté six des sept dernières rencontres.

Quand le Lightning a remporté ses deux titres consécutifs au début des années 2020, le top 4 de l’équipe en défense était composé de Cernak, de Hedman, de Ryan McDonagh et de Mikhail Sergachev.

Cette saison, on est ailleurs. Le défenseur le plus utilisé a été Darren Raddysh. Âgé de 30 ans, ce dernier a disputé sa première saison complète dans la LNH à 28 ans. Et l’arrière no 2 du Lightning est Janis Jérôme Moser, un Suisse qui figurait il y a deux ans parmi les nombreuses compensations que le Mammoth de l’Utah avait versées pour mettre la main sur Sergachev.

Moser est très bon. Mais il n’est pas dans la même ligue que Sergachev. Et le top 4 de Tampa Bay n’est pas dans la même ligue que celui qui remportait des Coupes Stanley.

Derrière Raddysh et Moser, on retrouve McDonagh, qui a été rapatrié dans la baie du hockey en 2024 par Julien BriseBois. Le vétéran se dirige toutefois vers son 37e anniversaire, et il a considérablement ralenti. Ce n’est pas un poulet du printemps, comme dirait Jean Perron. Quant à Cernak, peut-être en raison de la blessure qui l’a écarté du jeu, son temps d’utilisation a considérablement baissé cette saison.

Deux hockeyeurs sont l'un devant l'autre.

Erik Cernak et Juraj Slafkovsky

Photo : Reuters / David Kirouac

De fil en aiguille, malgré ses excellents parcours des dernières années en saison, le Lightning a été éliminé trois fois de suite au premier tour des séries. Et les trois fois, sa défense s’est écroulée.

On pourrait arguer que le fait de croiser deux fois les futurs champions de la Coupe Stanley – les Panthers de la Floride – n’a pas aidé la cause de l’équipe de Julien BriseBois. Mais le fait demeure : Nikita Kucherov et sa bande ont remballé leur matériel de camping après seulement cinq matchs lors de ces deux dernières séries. Ils ne semblaient plus équipés pour rivaliser dans le contexte féroce des éliminatoires.

Cette saison, visiblement en prévision d’un autre affrontement éliminatoire contre la Floride, le plus gros ajustement apporté par Tampa Bay s’est fait du côté de la robustesse. Avant le dernier match du calendrier, le Lightning flirtait avec le plateau des 1200 minutes de pénalité, doublant presque son total de la saison 2024-2025, qui s'était élevé à 666 minutes.

Ça fait 16 ans que les joueurs du Lightning n’ont pas été autant punis au cours d’une même saison.

Mais au bout du compte, bien qu’il permette de projeter une image d’équipe déterminée auprès des formations adverses, ce changement de personnalité laisse perplexe.

Pour simplifier les choses, disons qu’il n’y a pas de Tom Wilson à Tampa Bay. Le seul bagarreur digne de ce nom chez le Lightning, Scott Sabourin, n’a pas disputé la moitié des matchs cette saison. Et quand il joue, Cooper l’utilise moins de huit minutes en moyenne.

À défaut d’embaucher des tigres, on semble avoir peint des rayures sur des chats. Tampa Bay est donc devenue une sorte d’équipe championne de la mornifle et du chamaillage après les arrêts de jeu. Mais, comme on l’a vu récemment au Centre Bell, les jeunes joueurs du CH peuvent aisément suivre ceux du Lightning sur ce terrain.

2:58

Le Canadien de Montréal amorcera les séries contre le Lightning de Tampa Bay. La frénésie se fait déjà sentir dans la métropole au profit de nombreux commerçants. Le reportage de Jean-Philippe Hughes.

Entendons-nous bien : le Lightning sera un adversaire de taille pour le Canadien. C’est une grosse pointure qui a beaucoup de vécu et qu’il faut respecter.

Kucherov vient de signer une saison de 130 points! Sans oublier le fait que Jake Guentzel et Brandon Hagel ont tous deux flirté avec le plateau des 40 buts.

Par contre, pour toutes les raisons mentionnées plus haut, si les dirigeants du CH avaient eu à choisir leurs adversaires entre les Sabres de Buffalo et le Lightning – les deux options les plus probables ces dernières semaines –, il y a fort à parier qu’ils auraient opté pour Tampa Bay.

Le CH peine à s’affirmer contre les équipes qui pratiquent un style lourd, comme le font les Sabres et le faisaient les Capitals de Washington le printemps dernier. Il sera plus à l’aise contre Tampa Bay.

En ce qui a trait à la position de gardien, le duel qui se dessine entre Andrei Vasilevskiy, un futur membre du Temple de la renommée, et Jakub Dobes, une recrue, semble par ailleurs fort inégal.

Il l’est peut-être. On verra bien.

Notons toutefois qu’à ses 20 derniers départs, les statistiques avancées montrent que Dobes a dominé la LNH en stoppant 18,9 rondelles qui auraient dû s’avérer des buts. Vasilevskiy en a pour sa part stoppé deux, ce qui lui vaut le 27e rang.

On ne sait jamais ce que les séries nous réservent. Une étude a d’ailleurs démontré que le résultat d’une série 4 de 7 équivaut à lancer une pièce de monnaie dans les airs. Et que pour obtenir dans les séries de la LNH le même niveau de prévisibilité que dans celles de la NBA, il faudrait plutôt organiser des séries 26 de 51!

Par contre, en regardant jouer le Lightning au cours des dernières semaines, la même image m’est souvent revenue en tête : j’avais l’impression de revoir les Bruins de la saison 2022-2023.

Cette saison-là, rappelons-le, Boston a signé la 2e campagne la plus dominante de l’histoire de la LNH en récoltant 135 points. Les Bruins misaient alors sur la 2e attaque et sur la meilleure défense, de loin, à travers la ligue.

C’était une équipe de vétérans parfaitement dirigée qui jouait en parfaite symbiose et qui affichait une grande constance. Mais en même temps, on se demandait ce que cette horloge suisse allait pouvoir offrir de plus quand les guerres de tranchées des séries allaient commencer.

Les Bruins étaient de forts marathoniens. Mais ils n’ont pas franchi le premier tour cette année-là. Ils n’avaient pas suffisamment de jus pour courir et se battre à coups de baïonnettes en même temps.

On ne sait pas comment la série Canadien-Lightning se terminera. Mais si Montréal l’échappe, ce ne sera certainement pas parce qu’il aura affronté une équipe intouchable.

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