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Malchance, tendance et errances

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Un départ endiablé de l’adversaire, une interruption de jeu de dix minutes, un but accordé, puis refusé, un autre des plus inusités, marqué depuis les portes de la surfaceuse, des punitions à la tonne et un peu de commedia dell’arte : cet étrange quatrième match entre le Canadien et les Sabres n’a pas manqué de rebondissements, littéralement.

Réglons une chose en partant, le CH a assez bien joué pour remporter le match, a estimé le capitaine Nick Suzuki quelques instants après la rencontre, mais ne l’a pas fait. Il s’est plutôt incliné 3-2 devant Buffalo, qui égalise la série à deux partout et rentre dans ses terres avec l’avantage de la patinoire, pour ce que ça vaut.

Brièvement, jusqu’à ce but finalement refusé à Jack Quinn en raison d’une obstruction sur Jakub Dobes après avoir été initialement accordé, c’est-à-dire pendant les huit premières minutes de la rencontre, les Sabres ont clairement eu le dessus. On croyait revoir l’équipe dominante qui a survolé les cinq derniers mois dans la Ligue nationale.

Ce fut fugace.

Était-ce l’effet de la longue pause pendant les deux révisions vidéo d’affilée – la première pour savoir si la rondelle avait traversé la ligne rouge, la deuxième pour vérifier s’il y avait eu obstruction sur le gardien – ou les jambes soudainement ankylosées, allez savoir, mais tranquillement les hommes de Martin St-Louis ont repris l’ascendant.

Alex Newhook, qui d’autre, a créé l’égalité et Cole Caufield a enfilé un but en avantage numérique pour un deuxième match d’affilée, celui-ci à 12 secondes de la fin du premier vingt, donnant l’avance 2-1 au CH et l’on aurait pu croire que les Sabres étaient alors dans les câbles.

Le début de la deuxième période a d’ailleurs laissé croire que c’était le cas. Mais, comme il lui est arrivé trop souvent cette saison, le Canadien n’a pas été en mesure de se distancer. Il a eu ses chances, encore et encore, particulièrement en avantage numérique.

Sept supériorités au total, pour 11 min 6 s de jeu à cinq contre quatre. Les occasions de qualité ont afflué : Juraj Slafkovsky seul dans l’enclave, Caufield sur de puissants tirs sur réception. Le gardien Ukko-Pekka Luukkonen a été tantôt chanceux, tantôt brillant.

C’est difficile de croire qu’on n’a pas marqué plus qu’un but en avantage numérique.

On était peut-être frustrés de ne pas marquer. [Nos coéquipiers] comptent sur nous pour faire le boulot dans ces circonstances. C’est bien d’avoir des chances, mais on avait ce qu’il fallait pour mettre la rondelle dans le filet. Ce n’est pas arrivé, a laissé tomber Suzuki.

Le ton se voulait serein un peu partout dans le vestiaire, des joueurs à l’entraîneur, n’empêche que l’incrédulité était perceptible. Incrédulité et un peu d’amertume.

Parce que le nœud de l’histoire, ce qui a tant agacé le CH, c’est ce but de Tage Thompson qui a ramené les deux équipes à 2-2 en milieu de deuxième période. Le joueur de centre format géant a effectué une entrée de zone pendant une punition à Alexandre Carrier en rejetant la rondelle sur les portes par lesquelles entre la surfaceuse. Un endroit aussi capricieux et imprévisible qu’un enfant de trois ans en déficit de sommeil qui vient d’avaler deux tablettes de chocolat.

La rondelle est revenue à toute vitesse sur Dobes, qui n’avait pas bougé de son filet, pour dévier directement dans le but. Bon. Satanée malchance, il n’y a pas de doute.

Caufield ne voulait pas trop en parler, mais il n’a pas pu y résister, il fallait que ça sorte.

C’est pas mal agréable pour eux, j’imagine, a-t-il d’abord lancé.

Le hockey est un drôle de sport. Une malchance et ça change le résultat.

Ils comptent un but grâce à la bande. Est-ce la différence?, s’est demandé à haute voix l’entraîneur.

En partie. Or, n’est-ce pas là l’essence même du chaos éliminatoire qu’il faut apprendre à gérer et surmonter pour se rendre loin en séries? C’était un apprentissage à la dure, d’accord.

Il faut l’avaler et passer à autre chose, a encore dit Caufield, même s’il semblait avoir ce jeu coincé à travers la gorge.

Occasion ratée

Pour la quatrième fois ce printemps, l’équipe a eu l’occasion de mettre le pied sur la gorge de son adversaire qui avait posé un genou au sol. Trois fois, face au Lightning de Tampa Bay au premier tour, Montréal avait l’avance dans la série et aurait pu lui porter un dur coup en remportant le match suivant et prendre ses distances. Il n’y est pas parvenu.

Pas plus que contre les Sabres que le Canadien aurait poussés au bord du gouffre avec une victoire mardi soir.

On n’a jamais été dans ces situations avant, a noté Caufield avec justesse.

Apprendre à gérer ces moments fait partie de la croissance d’une équipe, a fait valoir Kaiden Guhle, de sa quête de maturité. Maturité qui, comme St-Louis l’a rappelé récemment, n’a pas d’âge. Il lui importe donc peu que son équipe soit la plus jeune de la ligue.

Des joueurs de hockey au banc.

L'entraîneur-chef du Canadien Martin St-Louis s'adresse à ses joueurs lors du quatrième match de la série contre les Sabres, mardi soir.

Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi

Le Canadien retiendra qu’il a décoché près de deux fois plus de tirs que les Sabres, qu’il a contrôlé la possession pendant 40 minutes, qu’il a joué de malchance et qu’il s’est créé toutes sortes d’occasions de marquer.

Les Sabres, eux, voudront mettre l’accent sur leurs 27 tirs bloqués en défense et sur le fait qu’ils n’ont pas cédé grand-chose défensivement pendant les 15 minutes où ils ont dû protéger leur avance d’un but en troisième période. Ils ont d’ailleurs eu beaucoup de succès pour fermer le jeu en fin de match cette année. L’équipe a présenté une fiche de 38-2-0 lorsqu’elle menait après deux périodes, saison et séries incluses.

Ce qui a fait dire à Lindy Ruff, l’entraîneur, que l’équipe semblait s’être retrouvé. De par son jeu défensif plus hermétique dans le centre de la patinoire et étant donné leur départ canon. Entre les deux, toutefois, il y a eu un peu de flottement, un coup du sort rarissime, beaucoup d’indiscipline de ses joueurs – et un peu du CH – et du grand théâtre.

Les arbitres sont sévères, ce qui en agace plus d’un sur la glace, mais le jugement est le même pour tous.

Cela dit, il y a une propension aux réactions exagérées dans ces séries éliminatoires, chez toutes les équipes, pour attirer l’attention des arbitres, ce qui semble fonctionner. Les joueurs y vont donc de leurs plus belles interprétations lorsqu’ils reçoivent un bâton au visage, par exemple, ou s’élancent d’un joli plongeon. C’était flagrant mardi et cela a ajouté au burlesque du duel.

Il faut faire abstraction de bien des choses pour faire un bout de chemin en séries éliminatoires, le Canadien l’apprend à chaque match. Il ne faut pas gaspiller des cartouches trop souvent non plus, quand on fait la course en tête… au risque de se brûler les doigts.

 Tellement hockey

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