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Désormais à la tête d’un gouvernement majoritaire, le premier ministre canadien, Mark Carney, gouvernera-t-il vraiment autrement que durant la dernière année ? À l’en croire, ce nouveau statut ne changera pas nécessairement la donne, lui qui profitait déjà d’un appui ponctuel des partis d’opposition.
Appelé à citer des projets de loi bloqués sous la mouture minoritaire, le premier ministre a plutôt soutenu que sa majorité permettrait de s’éloigner du « spectacle » en comité parlementaire, où les pratiques d’obstruction se sont multipliées ces dernières années.
« Nous avons eu, au cours de la législature, divers dossiers où les choses ont pris plus de temps qu’elles ne l’auraient dû, où les débats ont été davantage performatifs que véritablement substantiels », a indiqué M. Carney en conférence de presse, mardi matin.
« Il y a une différence entre du contenu substantiel, de débattre de projets de loi, de faire avancer les choses, et le spectacle. Nous allons voir moins de cela. Nous allons avoir plus de substance », a assuré le premier ministre depuis le foyer de la Chambre des communes. « C’est le temps d’être sérieux, on va être sérieux. »
Le premier ministre n’a toutefois pas été en mesure de préciser quels projets de loi pourraient être débloqués grâce à sa nouvelle majorité. Il a indiqué vouloir faire adopter rapidement la mesure tout juste annoncée visant la suspension de la taxe d’accise sur l’essence pendant cinq mois.
Il souhaite également accélérer l’adoption du projet de loi C-20, qui prévoit la création de Maisons Canada comme société d’État. Déposé en février, ce projet de loi ne faisait pas l’objet d’un blocage de la part des oppositions.
Mark Carney a aussi évoqué l’accélération de grands projets dits « d’intérêt national », même si son projet de loi en la matière a déjà été adopté sous bâillon l’an dernier, avec l’appui des conservateurs.
Pas d’élections, ni de remaniement
Même après cette majorité atteinte, des rumeurs selon lesquelles le premier ministre pourrait déclencher des élections générales anticipées afin de la consolider ont continué de circuler.
Le premier ministre a toutefois écarté cette possibilité mardi, affirmant qu’il dispose désormais de « la capacité d’aller de l’avant ». « Je ne considère pas déclencher d’élections. Je crois que les Canadiens veulent clairement que le gouvernement gouverne et prenne des mesures face aux problèmes immédiats », a-t-il dit.
Ce dernier a également indiqué qu’il ne prévoit pas de remaniement ministériel d’ici l’été, affirmant qu’il dispose d’un « cabinet très capable ».
Certains de ses ministres, comme Lena Metlege Diab (Immigration) et Gary Anandasangaree (Sécurité publique), ont retenu l’attention des médias à la suite de diverses controverses au cours des derniers mois.
Les comités parlementaires devraient, pour leur part, être prochainement remaniés afin de refléter la nouvelle majorité libérale. Ce changement devra passer par l’adoption d’une motion à la Chambre visant à modifier un règlement qui avait jusqu’ici figé la répartition des sièges au sein des comités.
Une majorité légitime ?
Sous le feu des critiques, le premier ministre canadien a été contraint de défendre la légitimité de sa majorité, acquise en grande partie grâce aux défections de cinq élus de l’opposition.
« La proportion de votes en faveur du Parti libéral a fortement augmenté. C’est un soutien fort en faveur de députés individuels. Et je rappellerais que nous sommes dans une démocratie parlementaire, ce sont les Canadiens qui élisent les députés », s’est défendu M. Carney, mardi.
Le gouvernement n’avait qu’à remporter l’une des trois élections partielles tenues lundi soir pour obtenir sa majorité. Deux de ces circonscriptions étaient d’ailleurs considérées comme des bastions libéraux. Celle de Terrebonne avait été remportée par les libéraux par une seule voix l’an dernier, avant que le résultat ne soit invalidé par la Cour suprême.
Interrogé sur le fait qu’il n’a, en pratique, remporté aucun nouveau siège pour justifier sa majorité, Mark Carney a soutenu que sa victoire dans Terrebonne, une circonscription historiquement bloquiste, témoignait d’un appui à ses politiques.
Le chef conservateur Pierre Poilievre a souvent accusé MArk Carney d’avoir fabriqué de toutes pièces une majorité que les Canadiens ont rejetée lors des dernières élections. Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a indiqué que cette majorité tenait « avec de la broche », mardi après-midi.
Le Canada n’a pas connu de gouvernement majoritaire depuis 2019, année où les libéraux de l’ancien premier ministre Justin Trudeau ont été réduits à un gouvernement minoritaire à l’issue des élections générales.


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