Devant son miroir, un matin de télétravail du deuxième confinement, en 2020, Séverine craque. «Ras le bol de jouer la comédie!» se dit-elle en scrutant son reflet. A 53 ans à l’époque, celle qui est directrice de la communication à la Défense (Hauts-de-Seine), dans un grand groupe pour la transition écologique, ne se reconnaît plus, comme effacée sous le poids d’injonctions contradictoires depuis deux décennies. «Bien présenter sans sembler superficielle», «accumuler de l’expérience tout en effaçant les signes de l’âge»… L’équation lui paraît insoluble. Alors ce matin-là, quand son regard s’attarde sur ses cheveux «plus sel que poivre», Séverine (son prénom a été modifié) prend la décision de leur «foutre la paix».
«C’était une forme d’acte de rébellion», explique-t-elle. A ses yeux, le contraste est flagrant: chez ses collègues masculins, les tempes grisonnantes inspirent «l’autorité et la légitimité», tandis que chez les femmes, les racines blanches sont perçues comme un signe de laisser-aller, voire de négligence. Encouragée par la lecture d’Une Apparition, de Sophie Fontanel (Robert Laffont, 2017), qui raconte sa décision d’assumer ses cheveux blancs, Séverine fait le même choix. Un mois plus tard, elle revient à son poste avec «une coupe un peu horrible, style Agnès Varda», se souvient-elle en riant. Mais heureuse: «C’était la première fois que je me sentais un peu alignée avec moi-même.»


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