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Magi Merlin foulera vendredi soir l’une des scènes du gigantesque Dour Festival, dans la ville belge du même nom — 200 artistes répartis sur six scènes, plus de 225 000 spectateurs sur cinq jours, une affiche béton qui pointe vers les musiques électroniques et leurs nombreuses hybridations. C’est très précisément le champ qu’occupe la Montréalaise, qui a lancé la semaine dernière son premier album, Power House, une ode à la force que chacun d’entre nous possède face aux turpitudes du monde. « Nous ne sommes pas impuissants », dit la musicienne néo-R&B.
« Sur mon album, j’aborde plein de sujets, à commencer par ce que c’est d’être humain et comment notre personne se transforme », indique Magi Merlin, qui articule sa pensée en passant de l’anglais au français. « Un jour, tu peux être shitty ; le lendemain, amazing ; et ainsi va la vie. Je veux rappeler aux gens autant qu’à moi-même que même les jours où on se sent comme une merde, on a le pouvoir de changer le monde — même si les apparences peuvent nous faire croire le contraire. On a cette force, et on a notre mot à dire sur la manière dont on mène le monde. C’est vraiment ça, le message principal de l’album. »
La musique de Magi Merlin veut nous faire danser autant que réfléchir. Une musique caméléon (qu’elle décrit comme du « broken R&B ») qui change de personnalité d’une chanson à l’autre : pop affranchie sur pixxxie, drum and bass sur Wtvr, en fin d’album, breakbeats bruyants enrobés de basse charnue sur EAT!ME!OUT!, hip-hop crasse dans le beat de Thank You!!!, R&B sinueux sur l’envoûtante Workout. La réussite est de garder une direction musicale claire à travers cette éclectique collection de chansons, exploit rendu possible grâce à la collaboration étroite du compositeur et coréalisateur Funkywhat (Nader Abouzeid).
« Nous habitions sur la même rue à Notre-Dame-de-Grâce », raconte Magi, qui y voit un signe du destin. « C’est à ses côtés que j’ai découvert mon style musical à moi, que j’ai compris comment je voulais m’exprimer musicalement. Il cherche toujours comment magnifier mes idées de chansons. C’est un musicien polyvalent qui sait jouer de la basse, de la guitare, faire des beats, mais, surtout, il sait rendre les gens avec qui il travaille confortables », raconte l’artiste, qui chante sur hellooooo????, le plus récent extrait du prochain album (Roaming) de la compositrice Gayance, attendu en octobre. Magi en a même réalisé le vidéoclip !
L’ami Funkywhat accompagne ainsi Magi depuis ses débuts, il y a presque 10 ans. Parus à compte d’auteur, ses premiers microalbums (Drug Music en 2021, Gone Girl l’année suivante) annonçaient déjà quelque chose de beau pour la jeune autrice-compositrice-interprète, qui inscrit son travail dans le sentier tracé avant elle par Tirzah, Kelela ou FKA Twigs — « du moins son travail plus récent, plus club », spécifie-t-elle.
« J’oserais même dire que ma musique a un côté punk qui apparaît lorsque je donne des concerts », raconte la Montréalaise, dont les parents ont des racines haïtiennes et arméniennes. « Deux peuples de survivants », relève fièrement Magi.
La musique comme outil
Enfant, elle fut biberonnée à la pop anglophone. « J’ai toujours écrit des poèmes, que je faisais lire à ma mère. Avant même de savoir chanter, je composais des chansons. “Celle-là sera pour Lady Gaga !” “Celle-là pour Kesha !” » raconte Magi. « La musique me fait ressentir des émotions très vives, c’est ce qui m’a poussée à en créer moi-même » avec l’appui parental.
Power House suscite déjà l’intérêt de médias anglophones et d’Europe, où elle donnera une dizaine de concerts d’ici la fin de l’année. « En comparaison du format EP, j’aime le concept d’un album comme œuvre à part entière qui me permet de développer tout un univers, d’autant que, ces temps-ci, on a tendance à voir apparaître des concepts plus courts et faciles à digérer. »
« Je voulais prendre le temps nécessaire pour tout dire ce qui compte pour moi : je suis une femme qui exprime en musique sa colère face au système, une colère que j’entends dans mon entourage », explique-t-elle.
Conçue par la musicienne, la pochette de l’album est également riche en symboles : on voit Magi dans ce qui semble un atelier de soudure (c’en est littéralement un, l’atelier La Coulée, situé à Pointe-Saint-Charles), portant elle-même une cotte de mailles. « Le concept derrière cette image était de montrer aux gens tous les outils nécessaires pour construire cette power house, avec ces métaux qu’on forme, qu’on moule, qu’on soude, pour ériger notre propre forteresse depuis laquelle chacun a le pouvoir de se défendre face à tout ce qui se passe dans le monde. »


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