NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Certains, pour chasser l'ennui, se rendent dans des salles de sport. D'autres multiplient les conquêtes amoureuses ou partent dans des voyages au long cours, quand ils ne passent pas des heures sur internet à mater des films porno. Quelques-uns encore collectionnent les boîtes de camembert normand ou les posters de Mylène Farmer. C'est leur passion, leur raison de vivre. Moi qui m'intéresse à peu de choses hormis moi-même, lorsque cette activité me laisse un peu de répit, afin d'égayer mon existence, c'est dans les supermarchés que je me rends.
Je les aime tous, des plus rudimentaires aux plus raffinés, les hard-discounts comme les épiceries de luxe, les petites autant que les grandes surfaces. Je m'y sens chez moi, dans une sorte d'asile intérieur où je déambule avec l'allégresse d'un visiteur de musée venu de loin admirer des tableaux de maîtres. Tout me ravit, des rayonnages pleins de boîtes de conserve parfaitement alignées aux étals remplis de fruits et de légumes, sans oublier les rangées dédiées aux produits frais et autres laitages en tout genre.
NEWSLETTER
Recevez le meilleur de Slate directement dans votre boîte mail.
C'est mon Amérique à moi, un petit bout de terre promise où je papillonne d'une allée à l'autre, encombré d'un chariot que je charge au fur et à mesure de mes déambulations. Je prends tout mon temps, je compare les prix entre eux, je guette la promotion qui remportera la mise. C'est un art de la lenteur que de s'aventurer dans un supermarché. Rien ne doit primer sur cet exercice, si ce n'est celui de trouver un produit qui correspond à ses attentes. Il faut y aller aux premières heures du matin, quand la circulation entre les rayons est encore fluide, à peine ralentie par le travail des employés occupés à déballer les cartons avant de ranger les marchandises à leur place dévolue. Parmi ce chahut savamment orchestré, au milieu des encombrements passagers, on se sent l'âme d'un marchand d'épices égaré quelque part dans un bazar d'Orient.
Je connais comme ma poche tous les supermarchés de mon quartier. Chacun a ses vertus, ses faiblesses, ses manques et ses atouts. L'un se distingue par la qualité des achalandages, l'autre pour ses produits de première nécessité, mais tous ont leur charme particulier, une petite musique bien distincte où se fait entendre l'art et la manière de séduire le client. Selon mon humeur, mon budget, l'heure de la journée, la température extérieure ou le temps alloué, je choisis l'un ou l'autre, parfois même l'un après l'autre, dans une débauche d'efforts et d'attentions qui ne sont pas sans rappeler ceux d'un alpiniste gravissant, pierre après pierre, le flanc d'une montagne, l'objectif étant de trouver cette fois un sommet d'équilibre entre quantité et qualité.
Faire son marché est une science qui demande patience et précision, connaissances et expertise. Encore plus quand chaque centime compte. Il faut savoir repérer dans le maquis des promotions les fausses des vraies, les réelles opportunités et les arnaques déguisées en offres exceptionnelles. Connaître les variations de prix d'un supermarché à l'autre. Savoir lire les étiquettes avec leur embrouillamini d'expédients destinés à tromper la vigilance du consommateur. Ne pas se laisser griser mais toujours garder la tête froide, un œil sur son porte-monnaie, l'autre sur les prix affichés.
Ah, vous dirai-je la nature de mes tourments quand, arrivé au rayon des papiers toilette, étourdi par la valse des emballages qui promettent tous une expérience inoubliable, je les compare un par un, pas seulement leurs prix, mais aussi leurs qualités affichées? L'un garantit un moelleux incomparable, son concurrent, une douceur inégalable, un autre, une expérience unique quasi orgasmique. Une marque décline les avantages d'un rouleau étalé sur trois épaisseurs, une autre vante la robustesse unique de son papier, une troisième clame l'onctuosité de ses feuilles, tandis qu'une quatrième se fait fort de proposer dans un même rouleau autant de tissu que dans trois. J'hésite, j'en prends un, le repose, soupèse son poids d'amour, le compare avec son voisin. Tout juste si je ne demande pas à l'essayer sur place!
La visite d'un supermarché est à la fois un travail et un plaisir, un moment de détente dans la journée aussi stimulant à vivre que la fréquentation d'une médiathèque. Cela peut paraître exagéré, mais cela ne l'est pas. Les nourritures du ventre valent celles de l'esprit. On ne sait jamais sur quoi on va tomber et quand, au détour d'une allée, on découvre un nouveau produit, on ressent la même exaltation que dans une bibliothèque, avec la mise en avant d'une dernière parution.
Je vais au supermarché avant tout pour me nourrir, mais aussi comme un simple plaisir de promenade. J'ai plus de trente ans de pratique, un exercice journalier qui structure le cours de ma journée. J'aime son anonymat, ce côté coopérative où, si on s'y prend bien, on peut toujours trouver des produits de qualité sans forcément se ruiner. Il suffit d'être à l'affût. J'ai la chance d'habiter dans un quartier où ces magasins pullulent. Je les connais tous intimement. Ils font partie de ma famille. Les plus chers n'ont pas mes faveurs, les moins onéreux non plus, j'apprécie ceux du milieu de gamme dans lesquels j'ai mes habitudes. Mais, toujours sur mes gardes, je suis capable d'en changer afin de bénéficier d'une promotion bien trop alléchante pour la refuser.
Aller au supermarché me rend bêtement heureux. Je ne saurais vraiment l'expliquer. Je crois que si l'on creusait un peu, on s'apercevrait que je le fais en hommage à ma mère, qui en faisait un sacerdoce. Nous vivons tous avec nos fantômes personnels. L'un des miens, apparemment, hante les allées des supermarchés. À chacun sa fortune.
Pour suivre l'actualité de ce blog, c'est par ici: Facebook-Un juif en cavale





























.jpg)






French (CA)