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Londres a voulu dresser dans les années 1890 une tour de 358 mètres pour battre Paris : ce qui l’a arrêtée à 47 mètres n’était ni le vent ni la foudre

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À retenir

  • La Great Tower of London devait atteindre 358 mètres pour dépasser la tour Eiffel, mais s’est arrêtée à 47 mètres en 1895.
  • Une économie budgétaire réduisant le nombre de pieds de la structure a concentré le poids sur moins d’appuis, causant l’affaissement des fondations.
  • Le projet lancé par Edward Watkin, magnat du rail, a fermé au public vers 1902 et a été dynamité entre 1904 et 1907.

Sommaire

  1. 47 mètres au lieu de 358
  2. Un seul étage, puis plus rien
  3. L’économie qui a coûté la stabilité
  4. Liquidation, dynamite, stade

47 mètres au lieu de 358

La Great Tower of London devait culminer à 358 mètres, de quoi dépasser la tour Eiffel. Elle s’est arrêtée à 47 mètres, à Wembley Park, dans le nord-ouest de Londres. Ni une tempête ni un orage ne l’ont stoppée : la cause est une économie réalisée sur le nombre de pieds de la structure, qui a fait peser trop de charge sur chacun d’eux et provoqué un affaissement.

47 mètres, c’est environ 13 % de la hauteur promise.

Le projet porte la marque d’un seul homme, Edward Watkin, magnat du rail et président de la compagnie du Metropolitan Railway. La tour Eiffel venait d’être achevée en 1889 et il voulait offrir à la Grande-Bretagne un monument plus grand, plus beau, plus londonien. Il achète des terrains à Wembley, alors un hameau rural du Middlesex, au bord de la ligne de sa compagnie, pour y aménager un parc de loisirs avec lacs, cascade et jardins d’agrément. Wembley Park se trouvait à 12 minutes de la gare de Baker Street, et la tour devait servir d’appât : les Londoniens prendraient le train de Watkin pour aller la voir.

Pour choisir le dessin, un concours est lancé. Il réunit 68 projets, et c’est le numéro 37, signé Stewart, MacLaren et Dunn, qui l’emporte : une tour à huit pieds, haute de 1 200 pieds, soit 366 mètres.

La hauteur retenue pour la réalisation a ensuite été ramenée à 358 mètres (1 175 pieds). Le monument est présenté sous le nom de « Great Tower of London », mais il récolte vite d’autres surnoms, dont « Watkin’s Folly », la folie de Watkin, puis « London Stump », le moignon de Londres. Ces sobriquets disent assez comment l’époque a fini par regarder l’ouvrage.

Un seul étage, puis plus rien

Le chantier démarre dans les années 1890, les sources hésitant entre 1891 et 1893 selon qu’on compte la pose des fondations ou le début de la construction elle-même. En septembre 1895, le premier étage est terminé, à environ 47 mètres de hauteur.

Ce premier étage sera aussi le dernier.

La tour ouvre au public en 1896, mais le public ne se bouscule pas. Sur les 100 000 visiteurs que le parc accueille cette année-là, moins d’un cinquième paie pour monter. Les recettes espérées n’arrivent pas, et il serait faux de croire que l’argent n’a joué aucun rôle : les difficultés financières ont pesé lourd sur le sort du projet. Mais elles ne disent pas pourquoi la structure elle-même a fini par poser problème.

L’économie qui a coûté la stabilité

Pour faire baisser la facture, la conception a été modifiée et la tour a reçu moins de pieds que dans le projet lauréat. Sur le papier, le raisonnement séduit : moins de pieds, c’est moins d’acier et moins de fondations à couler. Le calcul se retourne pourtant contre ceux qui l’ont fait.

Le poids total de l’édifice ne change pas quand on retire des appuis. Il se répartit simplement sur moins de points de contact, et chaque pied encaisse une pression plus forte sur le sol. C’est la logique inverse de la raquette à neige, qui étale la charge d’un marcheur pour l’empêcher de s’enfoncer. Sous le premier étage de Wembley, le terrain a commencé à s’affaisser, signe que les fondations ne suivaient plus.

Ni vent, ni foudre : une simple affaire de charge par pied.

On touche là un travers très ordinaire des grands chantiers, où la coupe budgétaire se décide en bureau et se paie sur le terrain. Certaines sources évoquent d’ailleurs des révisions de conception ayant affecté la stabilité, ce qui va dans le même sens.

Liquidation, dynamite, stade

La société qui construisait la tour entre en liquidation en 1898. Watkin meurt en 1901, et selon plusieurs sources, la tour est déclarée dangereuse et fermée au public vers 1902. Entre 1904 et 1907, la partie construite est dynamitée.

Le parc, lui, survit à la tour. La société de construction renaît en 1906 sous le nom de Wembley Park Estate Company et lotit le secteur, où le stade de Wembley sortira de terre en 1923 pour l’Empire Exhibition.

Le stade national de football de l’Angleterre occupe aujourd’hui l’emplacement de la tour. Un détail de calendrier ajoute à l’ironie : la gare de Wembley Park avait ouvert dès octobre 1893 pour les matchs du samedi, puis pleinement le 12 mai 1894, bien avant que la tour ne dépasse le premier étage.

Sources : heritagedaily.com | gracesguide.co.uk | interestingengineering.com

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