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Logement. La trêve hivernale s’achève mardi, après un nombre record d'expulsions en 2025

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La trêve hivernale des expulsions locatives prend fin mardi soir, alors qu'un nombre record de 30 500 ménages ont été forcés de quitter leur logement en 2025 et que le gouvernement entend durcir les règles contre les locataires en situation d'impayés.

« Chaque expulsion, ce sont des vies brisées, des femmes, des hommes, des enfants traumatisés. Personne ne devrait être obligé de choisir entre se loger, se nourrir ou se chauffer », a estimé Bernard Thoreau, de la Confédération nationale du logement, lors d'un point presse de plusieurs associations et syndicats qui organisent des manifestations d'ici à mercredi, dont une à Paris ce dimanche après-midi. 

L'an passé, 175 000 locataires ont reçu un commandement de payer, première étape juridique avant le début d'une procédure pouvant aboutir à l'expulsion du locataire en situation d'impayés. C'est 2,4% plus d'impayés qu'en 2024, selon la Chambre nationale des commissaires de justice.

Le nombre d’expulsions a doublé en 10 ans

« Accident de la vie, hausse du coût de la vie, de plus en plus de ménages ont du mal à payer leur loyer », souligne Marie Rothhahn, responsable de la lutte contre la privation de droits sociaux au sein de la Fondation pour le logement des défavorisés. Plus alarmant selon elle, l'explosion de 27% en un an des expulsions, qui atteignent 30 500, soit le double du chiffre de 2016.

« Ça va encore augmenter, Vincent Jeanbrun c'est le bourreau des locataires, il voudrait 50 000 expulsions par an », attaque Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l'association Droit au Logement (DAL).

Le ministre du Logement et de la Ville Vincent Jeanbrun avait confié mercredi une mission sur les impayés de loyers à Hugues Périnet-Marquet, ancien professeur de droit et désormais actif dans l'immobilier, avec parmi les objectifs le traitement de la question « urgente et essentielle » des « squats et des impayés ». Mais, coup de théâtre, Hugues Périnet-Marquet a décliné, dès vendredi, la mission gouvernementale, évoquant auprès du journal Les Echos une communication du ministère non conforme au périmètre qu'il avait accepté d'étudier.

Pour relancer l'investissement locatif, le ministre dit vouloir faciliter « l'entrée dans un logement, mais aussi la sortie » et rétablir la « confiance entre le propriétaire et le locataire ». L'entourage du ministre développe : « Aujourd'hui un locataire qui doit des milliers d'euros n'est pas considéré comme un squatteur », ce qui « est incompréhensible » et rendrait « les expulsions quasi impossibles et interminables ». 

« C'est faux, s'il y a une très grosse dette, le juge prononce l'expulsion », répond Marie Rothhahn, qui trouve ce propos « grave » et « indécent ». « Les bailleurs ont des assurances loyers impayés et le petit bailleur en difficulté — qui doit être indemnisé en cas d'impayé — ce n'est pas la majorité », poursuit-elle. Assimiler des impayés à du squat, « c'est terrible, ça montre la cruauté de la société qui s'est installée », déplore Jean-Baptiste Eyraud. 

Une augmentation de la pauvreté

Lors du Grand Rendez-Vous CNews/Europe 1/Les Echos de ce dimanche, Vincent Jeanbrun a fait la différence entre les « familles françaises fragiles » pour lesquelles « il faut poursuivre [...] des mesures d'accompagnement » et les « spécialistes » qui, « année après année, ne payent pas l'intégralité de leur loyer » avec « une forme de malveillance ».

Pour les associations d'aide au logement, l'envolée des expulsions est à mettre sur le compte de l'augmentation de la pauvreté, mais surtout du durcissement de la loi et de l'action de l’État, en particulier depuis la loi Kasbarian-Bergé de 2023. Aussi appelée « loi anti-squat », ce texte impose, pour éviter une expulsion, que le locataire demande devant le juge de garder son bail de location et qu'il ait payé le dernier mois de loyer. Sans quoi la justice ne peut que constater la fin du bail et donc l'expulsion du locataire. 

Au pôle civil de proximité du tribunal de Paris, ces changements ont eu « un effet direct sur les décisions de justice », puisqu'en 2024, 35% des affaires d'impayés traitées ont abouti à l'octroi d'un délai de paiement et à l'absence d'expulsion, contre 48% en 2023, selon la vice-présidente du pôle, Françoise Thubert.

S'ajoutent « des instructions de fermeté aux préfets », rappelle Marie Rothhahn. Elle constate de plus en plus de « personnes âgées, malades, en situation de handicap, avec des enfants en bas âge » expulsées. Derrière, il n'y a « aucune solution de relogement, éventuellement quelques jours en hébergement d'urgence », déplore la responsable de la Fondation pour le logement. 

Vincent Jeanbrun s'est aussi réjoui dimanche du projet de loi « Ripost » de Laurent Nuñez, qui prévoit de corriger un « angle mort » de la loi Kasbarian sur l'expulsion de squatteurs entrés légalement dans un logement, par exemple en le louant quelques jours en tant que meublé touristique. 

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