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Littérature. Crise chez Grasset : c'est quoi la "clause de conscience" que demandent les auteurs ?

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Le départ du PDG de Grasset, Olivier Nora, suscite des remous dans le monde de l’édition. Imputé par plusieurs auteurs au milliardaire Vincent Bolloré, il a conduit quelque 170 écrivains à annoncer, cette semaine, leur refus de publier de nouveaux ouvrages chez la maison d’édition, filiale du groupe Hachette Livre, contrôlé par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré.

Ces derniers dénonçent dans une lettre ouverte « une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale » de la prestigieuse maison. Dans une rare prise de parole, Vincent Bolloré a attribué cette fronde à « une petite caste qui se croit au-dessus de tout », dans une tribune publiée par le Journal du dimanche, qui lui appartient.

Dans la foulée de l'annonce des dépars des écrivains, plus de 300 auteurs et acteurs du secteur ont aussi appelé, dans une tribune publiée par La Tribune Dimanche, à la création d’une « clause de conscience » pour les métiers du livre. Interrogé jeudi au salon du livre sur la pertinence d'une clause de conscience pour les auteurs, Emmanuel Macron a répondu : « c'est en tout cas quelque chose qui doit se réfléchir. »

Dans quels cas peut-elle être utilisée ?

La clause de conscience existe déjà dans le droit du travail français pour les journalistes (article L7112-5 du code du travail). Elle permet à un salarié de rompre son contrat avec indemnités lorsqu’un changement profond de la ligne éditoriale ou de la nature de l’entreprise porte atteinte à son éthique professionnelle. A ne pas confondre avec la clause de cession, qui permet aux journalistes de quitter leur rédaction avec des indemnités lorsqu’un média est vendu ou change de propriétaire.

La clause de conscience « devrait permettre, dans des situations extrêmement encadrées, de reconnaître qu’une entreprise a changé de nature au point de rompre le pacte qui la liait à ceux qui y travaillent ou y créent, et d’ouvrir un droit à départ indemnisé ainsi qu’à la récupération de leurs droits », peut-on lire dans la tribune.

Par exemple, en 2016, iTélé a ouvert une clause de conscience à l’arrivée de Jean-Marc Morandini (tout juste mis en examen pour corruption de mineurs, définitivement condamné en janvier 2026) pour que les journalistes qui ne voulaient pas travailler avec l'animateur puissent quitter la chaîne avec des indemnités.

Des négociations pour l'appliquer

L’année dernière, une dizaine de journalistes de l’hebdomadaire Marianne ont exercé leur clause de conscience, après une motion de défiance visant la directrice de la rédaction Eve Szeftel. Plus récemment encore, après des négociations, le dispositif a été ouvert  jusqu’au 30 avril au magazine économique Capital, un des titres du groupe Prisma média, repris en main par des proches de Vincent Bolloré en 2025.

La clause de conscience « doit être étendue, non pour fragiliser les entreprises, mais pour rétablir un équilibre élémentaire entre la liberté d’entreprendre et la liberté de ne pas servir ce que l’on réprouve », arguent de leur côté les auteurs de la tribune.

Ce droit n’est toutefois pas toujours mobilisable. Au JDD en 2023, lorsque Geoffroy Lejeune, tout droit venu du magazine d’extrême droite Valeurs actuelles, est nommé à la tête de la rédaction, la clause de conscience n’a pas été activée. Pourquoi ? Car un changement de ligne éditoriale n’était pas juridiquement établi. Plusieurs dizaines de journalistes ont finalement claqué la porte de l’hebdomadaire via un accord de départ négocié.

Vincent Bolloré se défend

De son côté, Vincent Bolloré a contre-attaqué dans une tribune publiée dans le Journal du dimanche. Le milliardaire conservateur affirme que Grasset « continuera » en dépit du départ annoncé de quelque 170 de ses auteurs, estimant que « ceux qui partent vont permettre à de nouveaux auteurs d'être publiés, promus, reconnus et appréciés ».

Il s’est également étonné du « vacarme » suscité par le départ d'Olivier Nora, en dénonçant « une petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous et qui se coopte et se soutient ». Dans sa réponse, le milliardaire évoque un « différend » avec ce dernier sur la publication du prochain livre de Boualem Sansal, ainsi que des « performances économiques très décevantes » de la maison et la hausse de la rémunération de son PDG.

« Quant aux attaques concernant mon "idéologie", je le rappelle une fois de plus: je suis chrétien démocrate et les dirigeants de Hachette continueront à publier tous les auteurs qui le souhaitent », conclut-t-il.

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