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Lindsey Graham est-il mort à Kyiv ? Les pièces du dossier, datées une à une

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Lindsey Graham est-il mort à Kyiv ? Les pièces du dossier, datées une à une

Par Thibault de Varenne

Trente-six heures après avoir serré la main de Zelensky à Kyiv, Lindsey Graham mourait à Washington. Le légiste parle d'une dissection aortique ; Moscou et Téhéran d'une mort en Ukraine qu'on maquillerait ; le directeur du FBI a prononcé une phrase que personne n'a expliquée. Nous avons daté les pièces une à une — ce que le dossier établit, et les quatre croix qui y restent.

Samedi 11 juillet, vingt heures trente, Capitol Hill. Un homme de soixante et onze ans appelle les secours pour une douleur dans la poitrine. Vingt-cinq minutes plus tard, la radio des urgentistes évoque un arrêt cardiaque ; on le transporte à l'hôpital George-Washington ; dans la nuit, son bureau annonce que le sénateur Lindsey Graham est mort d'une « maladie brève et soudaine ». Trente-six heures plus tôt, il serrait la main de Volodymyr Zelensky à Kyiv.

En moins de vingt-quatre heures, deux récits se sont mis en place. Le premier est celui du médecin légiste du district de Columbia : une dissection aortique sur maladie cardiovasculaire artérioscléreuse, c'est-à-dire une mort naturelle, brutale et médicalement banale. Le second circule de Moscou à Téhéran, et déborde largement sur une partie de l'opinion américaine : le sénateur ne serait pas mort chez lui mais à Kyiv, le retour aurait été chronologiquement impossible, et l'on nous cacherait l'essentiel — Alexandre Douguine désigne le Mossad, Laura Loomer évoque un empoisonnement par une puissance étrangère.

Le second récit ne sort pas de rien. Il s'appuie sur des faits exacts. L'homme figurait depuis 2023 sur la liste des personnes recherchées par la justice russe. Il sortait de l'une des usines de drones les plus sensibles d'Ukraine, que des missiles russes ont visée quelques heures après son passage. Le directeur du FBI a annoncé que le Bureau « assistait les autorités locales » — pour une mort donnée comme naturelle. Le président des États-Unis lui a publiquement répondu que le FBI « perdait son temps ». Et un sénateur républicain de premier rang, John Cornyn, réclame la publication du rapport toxicologique. Chacun de ces faits est vrai. Aucun ne tranche.

Il reste alors une méthode, la plus vieille du métier : dater ce qui peut l'être, pièce par pièce, et marquer d'une croix ce qui ne peut pas l'être encore. L'exercice, on va le voir, ne donne entièrement raison à personne.

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