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Les terres rares du Quatuor de Jérusalem

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Le Quatuor de Jérusalem donnait dimanche le concert final de la 134e saison du Ladies’Morning Musical Club. Dans des œuvres de Mozart, Ran et Beethoven, les musiciens, qui comptent dans leurs rangs un nouvel altiste, ont été fidèles à leur réputation, qui propose un son chaleureux et une grande précision.

Bien des choses sont à dire avant le commentaire purement musical de ce concert. Tout d’abord, qu’il s’agissait du dernier des concerts du Ladies’ Morning Musical Club à la salle Oscar-Peterson de l’Université Concordia, lieu d’accueil temporaire pendant deux saisons, le temps que l’Université McGill restaure la salle Pollack. La vénérable société de concerts retrouvera sa salle habituelle pour sa 135e saison le 13 septembre prochain, en accueillant le Hermitage Piano Trio.

En commentant samedi le formidable album Haydn du Quatuor Arod nous vous avons signalé la première venue de ce quatuor au Ladies’ en 2026-2027, aux côtés des Haas, des Calidore et des Danois. Il y aura aussi un après-midi de quintettes avec le Quatuor Hanson et Lise Berthaud, la venue de James Ehnes pour son 50e anniversaire, un récital Sergueï Babayan et un concert Beethoven du duo Johannes Moser et Marc-André Hamelin.

Autre information extra-musicale : la venue à Montréal du Quatuor de Jérusalem s’est déroulée sans encombres, ni manifestation, alors que des concerts en Europe ont été perturbés ces derniers mois, par exemple à Amsterdam ou Copenhague. Des mesures avaient été prises, puisque nous avons croisé au moins un garde de sécurité avec gilet pare-balles. À notre connaissance, ni le Quatuor, ni ses membres n’ont pourtant adopté de positions politiques.

Renouveau

Sur la scène, un nouveau visage : celui de l’altiste Mathis Rochat. Il remplace Ori Kam, en poste depuis 2011, qui a quitté le Quatuor de Jérusalem en août 2025. Apparemment le Genevois Rochat (frère de la formidable violoncelliste Nadège Rochat, qui a enregistré un tonique Concerto de Dvořák en Écosse avec Benjamin Lévy sur l’étiquette Ars) est en tournée en Amérique du Nord, alors qu’Alexander Gordon, en balance pour le même poste, tourne avec le quatuor en Europe. Le son de Rochat est moelleux. Le musicien est couvé par le violoncelliste Kyril Zlotnikov, qui cherche sa complicité et la cohésion dans la complexe œuvre contemporaine de Schulamit Ran. Le principal moment qui, à nos oreilles, a trahi son arrivée récente était l’accord final du Quatuor K. 465 de Mozart où il a laissé résonner sa note plus longtemps que ses collègues.

Pour ce qui est du concert, c’est dans Mozart que nous avons entendu le nectar du Quatuor de Jérusalem, avec, notamment dans le 2e mouvement, des attaques qui exploraient les confins de la matérialisation du son (violoncelle) et où nous avons, par ailleurs, ressenti le bonheur le plus absolu du moelleux du violon d’Alexander Pavlovsky.

Le public était tellement accroché à l’action musicale qu’il semblait avoir arrêté de respirer. Dans Mozart l’idée de « musique de chambre » était à son acmé. Il n’y avait aucune « exposition de savoir faire instrumental », comme c’est souvent le cas avec des quatuors de haut calibre. Dans ce Quatuor « Des dissonances » de Mozart le Quatuor de Jérusalem défrichait des terres sonores vraiment rares et précieuses.

La composition de Schulamit Ran, se réfère aux événements du 7 octobre 2023, la compositrice prenant soin toutefois de souligner que « les souffrances humaines indicibles de tant de personnes des deux camps ont accompagné le processus de création, de la première à la dernière note ». De fait, ce Quatuor n° 4 n’a rien d’abstrait. On est dans une veine très post Chostakovitch, mais dans un langage qui traite volontiers les instruments soit isolément soit par groupes de deux. La composition est tendue mais abordable. Un peu intense avant l’Opus 130 (programme exigeant).

L’Opus 130 de Beethoven était évidemment l’œuvre la plus attendue du concert. Ce fut remarquable, mais pas la prestation la plus touchante ou attachante des Jérusalem lors de leurs diverses présences à Montréal. Il faut aussi dire que notre dernier Opus 130, nous l’avons entendu avec les Calidore à Orford en juillet 2025 et que c’était une coche au-dessus, car les Anglais semblaient rendre la Grande Fugue nécessaire après la Cavatine, alors qu’elle paraissait parfois presque incongrue avec les Jérusalem. C’est peut-être l’humeur, la concentration de l’auditeur critique.

Arriva toutefois un mini “incident” (à l’aune d’un concert du Ladies’) : un groupe de spectateurs s’est mis à applaudir pendant un temps d’arrêt de la fugue un peu n’importe où, aux deux tiers. Ensuite, le discours a acquis comme une concentration absolue, millimétrée, qu’il n’avait pas avant. C’était surprenant.

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