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Une famille n'est pas l'autre, on vous l'accorde. Mais reconnaissez qu'il vaut mieux laisser au placard certains sujets qui fâchent le jour de Noël, histoire d'éviter que le dîner vire au pugilat.
Rien d'étonnant en soi : les réunions de famille mêlent générations, convictions, secrets parfois aussi, et histoires longues. Comme le relève Jacques Marquet, sociologue de la famille et professeur à l'UCLouvain, "le dîner de Noël est un moment rassemblant une diversité de personnes qui, certes font partie d'un même cercle, le cercle familial, mais qui ne se connaissent pas nécessairement très bien, pas en tout cas suffisamment que pour identifier les opinions politiques des uns et des autres".
"La Libre" a dès lors voulu savoir via son questionnaire en ligne quels sont les sujets que vous comptez bannir de votre table de Noël en cet hiver 2025. Cinq thèmes ressortent sans conteste de vos témoignages : la politique – dont la crise gouvernementale à Bruxelles – ; la figure de Georges-Louis Bouchez, le flamboyant président du MR ; la très polémique crèche de la Grand-Place de Bruxelles ; le livre que l'ancien président français Nicolas Sarkozy a écrit durant son séjour de 20 jours en prison et… l'éducation de vos enfants.
En seconde ligne, interviennent les Russes et la guerre en Ukraine, Trump, la montée de l'extrême droite en Europe, le wokisme, la consommation de viande, le dérèglement climatique et les "musulmans". "Ce sont le plus souvent des sujets qui divisent", commente le Professeur Marquet. "Bouchez et Trump, par exemple, sont des personnalités clivantes : elles ne cherchent pas le consensus mais au contraire à se singulariser, à se démarquer en donnant des coups à leurs adversaires".
Une famille et des opinions politiques diverses
Plus fondamentalement, le sociologue constate une évolution, un changement dans la manière dont les membres d'une famille ne sont plus alignés sur l'échiquier politique. "Anciennement, lorsque les piliers (catholique, libéral, socialiste, NdlR) existaient, les grands-parents, oncles, tantes, cousins et cousines faisaient généralement partie d'un même et seul pilier. Partant de là, il y avait rarement des discussions conflictuelles entre eux. Aujourd'hui, comme les piliers se sont fortement affaiblis, il est rare de trouver encore une famille dans laquelle tous les membres sont alignés politiquement".
Mélangées à quelques verres de champagne, de vin, puis de champagne encore, les conversations peuvent parfois s'envenimer. Sur une question aussi délicate et éminemment politique qu'est la consommation de viande, par exemple, Jacques Marquet observe "qu'il est devenu un sujet chaud car il ne relève plus uniquement du registre privé. Dans la mesure où c'est désormais une question de militance, certaines personnes pourraient soutenir que tout le monde doit adopter le même comportement qu'elles". De quoi allumer la mèche entre le foie gras et la dinde…
Qui intervient ? Qui est l'autorité ?
Sans surprise, l'éducation des enfants est également sujette à discorde. Le plus souvent, c'est d'ailleurs la marmaille elle-même qui amène le sujet, lorsqu'une dispute éclate entre deux cousins ou cousines. "Dans ce genre de moment, toute la question réside dans le fait de savoir qui doit intervenir ? Le propriétaire des lieux qui reçoit la famille ? Les parents des enfants en question ? Les grands-parents qui font figure d'autorité ? Cela n'est pas forcément évident", commente le sociologue de l'UCLouvain. Qui rappelle au passage que, l'esprit de Noël aidant (associé à un univers de paix), certaines personnes redoublent de prudence et d'attention durant les fêtes afin d'éviter l'une ou l'autre sortie de piste.
Persona non grata
La règle s'étend dès lors également aux secrets de famille qui confèrent à ceux qui détiennent l'information secrète un certain pouvoir. "Qu'il s'agisse d'un petit ou d'un grand secret, de tel acte politique commis un jour par lui ou elle, de telle relation extraconjugale ou de tel problème d'argent, cela donne à celui qui sait le pouvoir de déballer quelque chose", commente Jacques Marquet.
Les professeurs ne se perçoivent pas assez comme des combattants culturels"Autre solution, plus radicale encore mais de plus en plus en vogue, consiste à ne plus convier à Noël les personnes qui sont à l'origine de conflits ou qui dérapent de manière systématique. Comme le fait remarquer le sociologue, "l'institution familiale était telle à l'époque qu'il était obligatoire d'inviter tous les membres de la famille sans exception, au risque de provoquer un incident". Cette règle n'est plus ou est en tout cas moins respectée aujourd'hui… Un mal pour un mieux ? Chacun appréciera.
Notre questionnaire en ligne
Aux côtés de la bûche de Noël, du sapin et des cadeaux, les engueulades font partie des incontournables des fêtes de fin d'année. Listez-vous les sujets délicats à ne pas aborder avec votre beau-frère ou votre tante ? "La Libre" a recueilli vos témoignages sur son site. Une sélection de ceux-ci à est à découvrir ci-dessous :
Vos témoignages
Quentin
"La situation politique à Bruxelles, la montée de l'extrême droite partout en Europe, Georges-Louis Bouchez, la guerre en Ukraine, l'éducation des autres familles… sont à l'origine de polémiques car il y a des avis largement divergents".
Alain
"La guerre en Ukraine, la crise du gouvernement bruxellois, la politique du président américain, le dérèglement climatique, le boulot. Ils sont générateurs de stress ou tout au moins d'inquiétude".
Chris
"La politique belge et internationale, le féminisme et le wokisme. Je ressens une lassitude extrême d'entendre sans cesse parler de tout cela, qui est systématiquement conflictuel. J'ai envie d'être tout simplement en harmonie, et de m'amuser, envie d'humour, de légèreté et d'amour".
Basile
"La peur du CO2, le climat, la peur du nucléaire, les vaccins imposés, les responsabilités dans la guerre au Moyen-Orient, la peur des religions… Les connaissances de la réalité et des causes profondes sont moins prises en compte que la peur inconsciente insérée dans la population par la propagande, notre pire terroriste présent partout, à l'instar de la pub".
Denis
"La politique, le chômage, les petits derniers de la famille, le Covid et sa vaccination, le gouvernement… ce sont des sources de conflits".
Isabelle
"Bouchez, la crèche de Bruxelles, les "musulmans", la Russie, l'absence de gouvernement à Bruxelles. J'en ai marre des avis polarisants de chacun qui empêchent tout débat. Les gens portent directement des avis tranchés et sont dans un show de polarisation. La Russie aussi, parce que j'ai peur des 3-4 années à venir et des risques que mes enfants soient enrôlés dans l'armée). Pour Bruxelles, ras-le-bol que les Bruxellois soient tous mis dans le même panier des "incapables" "chômeurs". Bref, j'aspire à des retrouvailles en famille où on s'intéresse aux autres. On arrête les "moi je" et on s'ouvre aux autres en leur demandant "et toi ?".
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