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Les «sonoratures» au rendez-vous du festival Mois Multi

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Le 27e Mois Multi promet de faire du bruit dans une époque où le silence devient de plus en plus complice. Le rendez-vous hivernal de l’art multidisciplinaire explore le pouvoir des sons et des discours cette année, un choix particulièrement éloquent dans un monde où la parole d’un seul homme suffit à faire trembler des continents.

L’an dernier, la programmation s’articulait autour du corps. Cette fois-ci, à la manière d’un prolongement naturel, c’est ce que ce corps permet d’émettre qui tend un fil rouge dans le calendrier touffu du festival. Un néologisme vient résumer à merveille l’esprit de ce nouveau Mois Multi : « sonoratures », hybridation de « sonorités » et de « ratures », pour dire et corriger une époque aussi dissonante que dystopique.

« Les sons et la musique, ce sont peut-être ce qui nous rapproche le plus de la magie, indique le commissaire Christian Lapointe, qui est aussi chroniqueur au Devoir. Avec des cordes et des peaux d’animaux tendues, nous produisons des émotions avec des ondes qui sont invisibles et intangibles. Ajoutons à ça la parole et nous nous approchons du sortilège, de l’ensorcellement… »

À une époque où le changement court à la vitesse du son et où le monde paraît « changer aux deux semaines », il ne faut pas « minimiser l’importance de la perversion du langage », estime Christian Lapointe.

« Nous ne faisons peut-être pas assez de bruit par rapport à tout ce qui se passe, déplore l’artiste. Pourtant, c’est avec la parole que le pouvoir se joue. À force qu’on répète quelque chose, ça finit par faire son effet. Nous le voyons présentement alors que quelqu’un, par la prestidigitation et la parole, instille de nouvelles conventions. »

Un pouvoir d’enchantement

Le monopole du discours n’appartient heureusement pas aux politiques : les artistes aussi ont ce pouvoir d’enchantement, croit le commissaire. « Les artistes, ce sont des adultes qui n’ont jamais cessé de jouer et qui invitent ceux qui ont arrêté à entrer dans leur jeu. Raconter et modifier le réel, ils font ça depuis la nuit des temps. »

Plusieurs propositions, cette année, mettent en lumière la part sombre de notre époque et proposent une parole parfois lucide, parfois dénonciatrice sur le monde d’aujourd’hui.

Le Théâtre de l’Impie débarquera à Premier Acte, par exemple, avec Féminicides, une histoire mondiale — et tragiquement brûlante d’actualité. L’opéra contemporain Laughing Out Lonely puise sa matière dans les bas-fonds nauséabonds d’Internet. L’exposition Her Majesty’s Indians, de Jobena Petonoquot, présentée au centre d’artistes Ahkwayaonhkeh, met en relief les différents visages de la domination coloniale infligée aux peuples autochtones.

« L’acte de nommer ce qui est sombre, c’est aussi un appel à la lumière, soutient le commissaire. Les artistes témoignent de ces réalités-là, mais c’est comme un travail de vaccin, c’est-à-dire que si nous venons nous frotter à une œuvre qui témoigne du mal-être en ligne, nous n’allons pas sortir de là plus malheureux que nous l’étions avant d’entrer : nous allons en sortir plus au fait de ce qui nous arrive. »

D’autres rendez-vous proposés par le Mois Multi célébreront, au contraire, la parole qui unit autour de l’art et qui rend possible le collectif.

Au Périscope, théâtre nouvellement partenaire du festival, l’artiste acadienne Xénia Gould dévoilera, avec Juste vide ton cœur, son intimité dans un solo mis en scène par Angela Konrad et porté par un chiac décomplexé.

La poète et journaliste au Devoir Catherine Lalonde fera entendre l’intégralité de son œuvre, « du premier mot à la dernière phrase », dans un marathon de lecture où la ligne d’arrivée se profilera au bout de sept heures de performance. Relire relier sera présenté le 15 février à la Maison de la littérature, nouvel écrin qui s’ajoute, avec Exmuro et le Périscope, aux trois nouveaux lieux de diffusion du Mois Multi.

Libre // dire oui, du Théâtre Rude Ingénierie, proposera d’envelopper l’auditoire réuni à la salle Multi dans une musique électronique bidouillée en direct. Cette chorégraphie chaotique et collective explorera la cohabitation possible entre l’humanité et la machine et constituera un « entraînement collectif à prendre un pas de recul pour avancer autrement ».

Danser même si le monde chavire : c’est aussi la convocation de ce Mois Multi. Un nouveau repaire des fêtards logera au studio et accueillera à la fois des performances courtes et des soirées jusqu’au bout de la nuit.

« Parce que quand c’est la fin d’un monde, conclut Christian Lapointe, peut-être que c’est plus nécessaire que jamais de faire la fête. »

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