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Les rituels funéraires au Québec : de tout à presque rien

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Les rituels funéraires ont passablement changé au Québec au cours des 50 dernières années. De l’exposition du corps pendant plusieurs jours, en passant par des funérailles religieuses en église jusqu’à l’inhumation au cimetière, on est passé dans bien des cas à presque rien.

Pour bon nombre de décès, seule la crémation figure dans les dernières volontés du défunt, qui ne souhaite souvent aucune célébration pour souligner son départ, explique François Fouquet, directeur général de la Coopérative funéraire de l’Estrie.

un homme.

François Fouquet est le directeur général de la Coopérative funéraire de l'Estrie.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Globalement au Québec, c'est à peu près 35 % des funérailles qui sont ce que nous on appelle des directs. Ça veut dire que l'entreprise funéraire va s'occuper de la crémation du corps et va fournir à la famille, une urne ou non avec les cendres.

Est-ce qu'il y aura un rituel funéraire qui va s’organiser à domicile? Possible. Est-ce qu'il n’y en [aura] pas, ça se peut aussi.

Même si une majorité, 65 %, est toujours fidèle à une certaine tradition funéraire, les manières de faire ont passablement évolué. La plupart du temps, tout se déroule au salon funéraire. La famille reçoit les sympathies en présence des cendres suivies d’une célébration formelle ou non à même la maison funéraire, mentionne François Fouquet.

des fleurs dans un colombarium.

Les rituels funéraires se sont transformés au fil des ans.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

De plus en plus de gens nous disent : "Nous, on voudrait avoir une salle de réception où on pourra tout faire. On va mettre l'urne là, on va avoir un lunch à côté, peut-être du vin, puis à un moment donné, on va tout arrêter, puis on va faire des hommages […] comme si on était à la maison".

Le désir de faire les choses autrement

Si une entreprise funéraire comme la Coopérative de l’Estrie tente dans la mesure du possible de s’adapter aux changements que lui dicte la société, il semble que certaines personnes souhaitent davantage. C’est du moins ce que j’ai entendu l'automne dernier en m'arrêtant au congrès annuel de la Corporation des thanatologues du Québec qui se tenait à Sherbrooke.

Une doctorante de l’Université Concordia qui s’intéresse à l’accessibilité des soins et des services funéraires venait de présenter une conférence sur l’avenir du métier de thanatologue. Marie-Pier Beauséjour expliquait que des personnes rencontrées dans le cadre de son projet de recherche souhaitent se réapproprier les rituels et les soins portés au corps après le décès. Les gens interrogés par la doctorante se voient toutefois freinés par la loi sur les activités funéraires en vigueur depuis 2019 qui est, à leurs yeux, trop restrictives.

une femme.

Marie-Pier Beauséjour est doctorante à l'Université Concordia. Elle s'intéresse à l’accessibilité des soins et des services funéraires.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

On regarde ce qui se fait ailleurs, puis on se pose la question : pourquoi au Québec on ne peut pas enterrer directement en terre? Pourquoi on ne peut pas transporter nos morts, sauf si on a un contrat avec une entreprise funéraire? Pourquoi on ne peut pas faire de veillée funéraire à la maison sans embaumement de 72 heures?

Voir des obstacles dans leur désir de prendre en charge la mort, c'est une source de frustration pour les personnes que j'ai interrogées dans le cadre de ma recherche.

Réapprivoiser le contact avec les défunts

Les doléances exprimées par la doctorante ont quand même de quoi surprendre et donnent aussi un peu froid dans le dos. Au premier abord on se dit que peu de personnes seraient disposées à prendre en charge le corps d’un proche et composer avec tous les problèmes qui peuvent survenir.

La société québécoise est hyper diversifiée. C'est juste normal qu'il y ait de multiples façons d'approcher la mort, mentionne Marie-Pier Beauséjour.

Des cercueils.

La thanatopraxie représente environ 10 % des activités de la Coopérative funéraire de l'Estrie.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Au fil de ses entretiens, l'étudiante comprend que, derrière ce désir de se charger des services après la mort, il y a un besoin de briser cette distanciation avec la fin de la vie qui s’est créée avec le temps. C’est pour permettre de réapprivoiser le contact avec les défunts que certaines personnes veulent prendre en main les funérailles d’un être cher, explique-t-elle.

Une femme.

Claire Charron, membre du groupe citoyen En terre Outaouais.

Photo : photo fournie par Claire Charron

Cette idée plaît à Claire Charron, membre d’un petit groupe de citoyens qui souhaite des rituels funéraires plus verts, plus près de l’humain. Pour l'embaumement, on utilise des produits toxiques, comme le formaldéhyde, déplore l’enseignante à la retraite qui réside dans la région de l'Outaouais.

Porter le corps, l’avoir chez soi, le laver soi-même, tout ça... C'est ce qui nous rapproche. C'est ce qui nous permet de vivre notre deuil, de regarder la mort en face et de l'accepter et d’être en paix.

Reste que cette volonté de ramener le rituel funéraire dans le salon de la maison, comme cela se faisait autrefois, demeure anecdotique selon François Fouquet, qui reçoit rarement ce genre de demande.

Quand le défunt était exposé à la maison

Pour la petite histoire, le directeur général de la Coopérative funéraire de l’Estrie rappelle qu’avant l’arrivée des salons funéraires au milieu du 20e siècle, les veillées funèbres se déroulaient dans les salons des maisons sans embaumement du corps. Le Québec est d’ailleurs le seul endroit dans la francophonie a utilisé l'appellation salon funéraire, qui réfère directement à cette époque lointaine.

Le salon de la maison était une pièce qu'on réservait à des occasions plus officielles, mentionne-t-il. Les salons ne servaient pas à grand-chose dans les maisons à l'époque. Il y avait la bénédiction du Nouvel An, les demandes en mariage, la visite annuelle du curé ou l’exposition d’un défunt.

Si les Québécois ont longtemps gardé l’habitude de se réunir autour de la table ou de l’îlot de cuisine, c’est en grande partie parce qu’ils s’y sentent bien, comme si, culturellement et inconsciemment pour certains, le salon avait gardé ce parfum de mauvais souvenirs. Parlez-en au plus âgés, plusieurs ont gardé de cette période de notre histoire des images qu'elles préfèrent oublier.

Une présence professionnelle nécessaire

C’est pourquoi François Fouquet insiste sur le fait qu'au-delà de cette volonté d’un retour de services funéraires plus communautaires, l’intervention de professionnels demeure incontournable et nécessaire.

Je ne veux pas aller trop dans les détails scabreux, mais on doit intervenir minimalement avant d’exposer une personne. L’idée c'est de ne surtout pas créer de traumatisme chez les gens autour.

Un homme en entrevue.

François Fouquet, directeur général de la Coopérative funéraire de l'Estrie.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

À mon avis, il y aurait quelque chose qui ne serait pas responsable de la part du salon mortuaire de dire oui, on va aller chercher le défunt à l'hôpital, on l’installe dans sa maison et on reviendra demain, non!

Règlement d’application de la Loi sur les activités funéraires

78. Durant les 24 premières heures après le décès, un cadavre sur lequel aucune thanatopraxie n’a été pratiquée peut être présenté ou exposé à la condition que les yeux et la bouche soient fermés.

79. Plus de 24 heures, mais moins de 48 heures après le décès, un cadavre sur lequel aucune thanatopraxie n’a été pratiquée peut être présenté ou exposé à condition qu’il ait été conservé à une température de 4°C ou moins durant une période d’au moins 3 heures et que les yeux et la bouche soient fermés.

Source: Gouvernement du Québec

Enterrement en linceul

Dans l’esprit de rendre les dispositions funéraires plus en phase avec des valeurs environnementales et avec la capacité de payer de certains citoyens plus démunis, la doctorante de l’Université Concordia Marie-Pier Beauséjour martèle que certains assouplissements sont nécessaires.

Le Québec est la seule province où c'est interdit d'enterrer un corps sans cercueil. Partout ailleurs au Canada, c'est possible de le faire, déplore-t-elle. Depuis l’adoption de la loi sur les activités funéraires au Québec en vigueur depuis 2019, un corps, s'il est enterré, doit être déposé dans un cercueil.

Un linceul qui recouvre un corps avec des fleurs.

Un enterrement en linceul.

Photo : Page Facebook En terre Outaouais et Green Burial Council

Une disposition contestée par le groupe citoyen En terre Outaouais qui demande au gouvernement du Québec de permettre l’enterrement en linceul pour des considérations écologiques et économiques. Enterrer dans un simple linceul, ça veut dire tout simplement de creuser une fosse et de mettre le corps enroulé dans un tissu, précise l’une de ses membres, Claire Charron.

Au cours de l’automne dernier, le mouvement a réussi à recueillir plus de 5000 signatures sur une pétition qui sera déposée à la reprise des travaux à l’Assemblée nationale demandant au gouvernement de permettre cette méthode d’inhumation.

Pour En terre Outaouais, cette option ne présente aucun risque sanitaire et serait une alternative à la crémation qu’il juge trop polluante et énergivore.

À défaut d’un changement législatif, l’option la plus verte au Québec qui est offerte pour le moment est le cercueil écologique.

Un homme montre un cercueil.

François Fouquet montre un cercueil contruit de manière écologique.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Déposer le corps dans un linceul ou dans un cercueil, ça ne change absolument rien, mentionne avec conviction Claire Charon. Ce n’est pas plus dangereux, au contraire. Avec le linceul, il n’y a pas de barrière et ça permet au corps de se décomposer plus rapidement et de nourrir le sol.

La recherche de sens

Terramation, humusation, aquamation, enterrement en linceul, l’attrait pour des méthodes alternatives dans le domaine funéraire suscite discussions et intérêt, tout en étant l’expression de la recherche de sens face à la mort. François Fouquet précise que les entreprises funéraires s’adaptent, mais doivent respecter un cadre normatif.

Un cimetière.

Le cimetière naturel en milieu urbain de la Coopérative funéraire de l'Estrie.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Dans la mesure où le ministère établit des critères pour l'utilisation d'un linceul, nous on va embarquer. Mais il y a beaucoup d'idées qui nous arrivent d'un peu partout. Il y a vraiment une recherche là-dessus, les gens cherchent des options, convient-il.

C’est pour être en parfait accord avec ses convictions que Claire Charron aimerait bien lorsque sa mort arrivera être enterrée dans un simple linceul.

Je veux mourir comme j'ai vécu et je veux remercier la terre. Je ne veux aucunement laisser de traces quand je vais partir, je veux plutôt la remercier.

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