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Les Québécois veulent faire payer les dommages climatiques aux grands pollueurs

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Toutes affinités partisanes confondues, une forte majorité d’électeurs s’entendent sur une chose : le prochain gouvernement du Québec devrait obliger les grandes entreprises les plus polluantes à payer pour les dommages causés par les changements climatiques.

Ce constat est tiré d’un sondage de la firme Léger, réalisé à la demande de la fondation David Suzuki et consulté en exclusivité par Le Devoir. L’enquête a été menée auprès de 1033 Québécois adultes à la fin août. Sa marge d’erreur est de 3 %, 19 fois sur 20.

Globalement, 79 % des sondés veulent que les grands pollueurs payent la facture des dommages climatiques. La mesure est soutenue par une forte majorité des gens qui pensent voter pour chacun des cinq partis majeurs, soit Québec solidaire (QS, 90 %), le Parti libéral du Québec (PLQ, 88 %), la Coalition avenir Québec (CAQ, 85 %), le Parti québécois (PQ, 84 %) et le Parti conservateur du Québec (PCQ, 57 %).

« Les Québécois viennent de donner un mandat clair au prochain gouvernement, peu importe sa couleur : il faut que ce soient les pollueurs qui payent pour la crise climatique », affirme Andréanne Brazeau, une analyste à la fondation David Suzuki.

Les changements climatiques ont de graves répercussions au Québec. Ils aggravent dangereusement l’intensité et la fréquence des feux de forêt, des sécheresses, des pluies diluviennes et des tempêtes côtières. Partout au Canada, les assureurs constatent que les phénomènes météorologiques extrêmes font de plus en plus de dégâts.

Par exemple, les orages survenus au Québec et en Ontario autour du 1er juillet ont causé des dommages assurés totalisant 439 millions de dollars, selon le Bureau d’assurance du Canada. Quant aux feux de forêt de 2023, leur facture s’est élevée à plus de 8 milliards de dollars pour le Québec, selon une analyse économique.

Le sondage Léger révèle une autre opinion qui rallie l’immense majorité des Québécois : 75 % des personnes sondées croient que le prochain gouvernement devrait « réduire les factures de transport et de chauffage des ménages en facilitant l’accès à des solutions comme les véhicules électriques et les thermopompes ».

Plus des trois quarts des électeurs du PQ, de la CAQ, du PLQ et de QS sont de cet avis. Même chez les personnes qui pensent voter conservateur — un parti opposé aux mesures contraignantes visant l’adoption des véhicules électriques —, le soutien à la proposition récolte une solide majorité de 55 %.

À la lumière de ce sondage, Mme Brazeau invite les partis à proposer des politiques qui s’attaquent à la fois au problème climatique et à celui du coût de la vie. « Les résultats démontrent que les gens savent que, de plus en plus, il y a un lien entre la crise climatique et leur portefeuille », argumente-t-elle.

Une idée sur la table

Pour faire payer les grands pollueurs, la fondation David Suzuki propose au prochain gouvernement d’instaurer une « loi sur le recouvrement des coûts climatiques au Québec », qui créerait un « fonds de compensation » où les géants de l’industrie fossile qui font des affaires dans la province seraient tenus de verser des milliards.

La proposition s’inspire directement des « climate superfunds » que plusieurs États américains, dont New York et le Vermont, tentent d’instaurer depuis 2024. Ces initiatives bénéficient d’un vif soutien populaire, mais, sans surprise, se butent à une vigoureuse résistance des industries visées.

Un important développement est survenu la semaine dernière quand une juge fédérale a invalidé la loi du super fonds climatique de l’État de New York, qui exige que les grandes entreprises de l’industrie fossile payent 75 milliards de dollars américains sur 25 ans. L’initiative dépasse les limites des lois étatiques, a statué la magistrate.

Au Canada, le contexte légal et juridique serait évidemment différent. À la demande de la fondation David Suzuki, deux juristes ont étudié la proposition d’un mécanisme de recouvrement climatique pour le Québec. Dans un rapport publié en juin, Christopher Campbell-Duruflé et Lisa Say ont conclu qu’une telle loi serait « possible » juridiquement, malgré la « complexité politique » de l’affaire.

Contrairement au marché du carbone, qui porte sur les émissions actuelles et futures, le mécanisme aurait pour objectif de récupérer des sommes pour les émissions du passé. Il se rapproche, en quelque sorte, des lois québécoises sur le tabac et les opioïdes. Celle sur le tabac permettra à l’État québécois d’obtenir 6,7 milliards de dollars des cigarettiers.

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