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Les prévisions économiques attirent beaucoup l’attention, et ce, même si « tous les modèles sont faux », selon un expert… en prévisions. Retour sur une année un peu folle où, malgré des changements de cap imprévisibles en matière commerciale, les prévisionnistes s’en sont bien sortis.
Prenons les données du ministère des Finances du Canada, qui calcule régulièrement la moyenne des prévisions du secteur privé au sujet des principales variables économiques. En janvier 2025, la quinzaine de prévisionnistes sondés s’attendaient à une hausse de 1,7 % du produit intérieur brut (PIB) réel durant l’année. Douze mois plus tard, les données officielles se font attendre, mais les plus récentes estimations des grandes banques penchent vers une croissance du PIB de — tenez-vous bien — 1,7 %.
Ce résultat cache cependant une cascade d’événements qui ont amené les économistes à revoir leurs prévisions à plusieurs reprises durant l’année. Par exemple, le 2 février 2025, au lendemain de la signature du décret annonçant l’entrée en vigueur de tarifs douaniers américains sur les produits canadiens, la Banque Nationale révisait à brûle-pourpoint sa prévision de croissance du PIB pour 2025 de 1,4 % à 0,4 %.
Le président américain fera ensuite marche arrière et ciblera seulement certains secteurs. En conséquence, la banque a revu à la hausse ses prévisions de croissance à plusieurs reprises, pour en arriver en novembre à une prévision de 1,7 % pour 2025.
« La qualité de mon sommeil s’est grandement améliorée au fur et à mesure de l’année ! » dit à la blague Matthieu Arseneau, chef économiste adjoint à la Banque Nationale. Dès les débuts du conflit tarifaire, « il fallait faire beaucoup d’hypothèses », se rappelle-t-il. « On ne s’est pas cachés, alors que d’autres étaient beaucoup plus hésitants à produire des prévisions. »
Cela dit, naviguer dans une mer d’incertitude, « c’est éprouvant, c’est décourageant, parce que, souvent, on a l’impression qu’on a travaillé pour rien », tant le travail est continuellement à refaire, soutient M. Arseneau. « Mais c’est sûr que c’est stimulant. »
L’erreur est inévitable
« Il faut partir du fait qu’on va se tromper et que tous les modèles sont faux », dit candidement Dalibor Stevanovic, cotitulaire de la Chaire en macroéconomie et prévisions de l’ESG UQAM. « Si on connaissait le vrai modèle, ça serait la fin de l’histoire », il n’y aurait aucun besoin de faire des prévisions.
Et gare à ceux qui crient au loup. « Si je dis chaque année qu’il va y avoir une récession, à terme, je vais avoir raison. » L’important, c’est « la moyenne au bâton », croit M. Stevanovic.
Une fois ce constat établi, il convient de se demander ce qu’on veut prévoir — des variables économiques (PIB, inflation, etc.), ou la probabilité d’un événement, comme une récession — afin d’utiliser la méthode statistique la plus appropriée pour y arriver. Et la complexité d’un modèle n’est pas forcément positivement corrélée avec la performance, enseigne M. Stevanovic à ses étudiants.
Pour éviter de trop dépendre d’un modèle prévisionnel, « on ne met pas tous nos œufs dans le même panier », à la Chaire en macroéconomie et prévisions. L’organisation agrège la moyenne et la médiane de dizaines de modèles différents.
Il ne s’agit pas d’une science exacte, mais les enjeux peuvent être importants. Dans sa réponse à la crise financière de 2008-2009, le Fonds monétaire international (FMI) a préconisé des mesures d’« assainissement budgétaire » — en d’autres mots, d’austérité — de façon « prématuré[e] dans les principales économies avancées, les prévisions de croissance se révélant optimistes », a conclu un rapport du Bureau indépendant d’évaluation du FMI.
Des facteurs imprévisibles
Comme on l’a vu cette année avec un président américain hyperactif, nous ne sommes pas à l’abri de facteurs imprévus qui peuvent tromper les modèles. « On peut modéliser la probabilité qu’une récession arrive, mais le problème avec ça, c’est que les récessions se suivent et ne se ressemblent pas », explique Dalibor Stevanovic.
Le nombre de variables à considérer pour prédire l’avenir, et les impondérables qui peuvent survenir, donne des maux de tête même aux organisations les plus sérieuses. La Banque du Canada, entre autres, a modifié ses prévisions de l’inflation à plusieurs reprises durant la pandémie.
« Quand on n’a pas toute l’information, c’est difficile de faire de bonnes estimations », note Matthieu Arseneau. Il évoque les premiers tarifs douaniers américains, alors qu’il n’était pas clair que les produits conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique en seraient exemptés. Lorsque cela a été confirmé, les prévisions ont été revues à la hausse.
Mais même des facteurs généralement prévisibles peuvent changer sans préavis, prévient M. Stevanovic. « Prenez juste l’exemple de quelque chose qui est normalement facile à prévoir, comme la démographie. » Il suffit d’une politique gouvernementale qui restreint le nombre de nouveaux arrivants pour rendre les prévisions caduques, conclut-il.


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