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Life 25/08/2026 06:01 Actualisé le 25/08/2026 09:17
La porte-parole du gouvernement a annoncé que l’interdiction des téléphones au lycée serait effective dès la rentrée.

Justin Lambert / Getty Images
« Il y a l’annonce et puis il y a la mise en place. Il ne suffit pas de le dire pour que ce soit fait », déplore Audrey Chanonat.
À sept jours de la rentrée, c’est officiel : les téléphones portables seront « interdits » au lycée dès cette année 2026, a annoncé ce lundi 24 août Maud Bregeon, à l’issue du conseil des ministres de rentrée.
En discussion depuis la proposition de loi « visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux », l’interdiction est désormais à la charge des établissements via leur règlement intérieur. Plus facile à dire qu’à faire, soulignent Audrey Chanonat, secrétaire nationale éducation et pédagogie du SNPDEN (syndicat national des personnels de direction de l’éducation nationale) - USA, et Sophie Vénétitay, Secrétaire générale du SNES-FSU.
Une annonce à sept jours de la rentrée
Car depuis plusieurs mois, le SNPDEN attendait un texte pour « clarifier » la mise en œuvre, notamment sur le cadre juridique. « Il fallait un texte qui sorte assez tôt pour que nous puissions le mettre en œuvre à la rentrée », pointe Audrey Chanonat. Mais la circulaire est sortie le 2 juillet 2026 soit deux mois avant la rentrée. Un délai insuffisant pour mettre en place une telle interdiction, qui prend du temps, rappelle la secrétaire du syndicat. Pour changer un règlement intérieur, « il faut le préparer avec le conseil de vie lycéenne, le conseil pédagogique, il faut le passer en conseil d’administration… Ce n’est pas parce qu’un texte sort début juillet qu’on va pouvoir l’appliquer dès la rentrée. »
Pour Sophie Vénétitay, Secrétaire générale du SNES-FSU, une annonce aussi proche de la rentrée, « ça ne fait que confirmer ce qu’on savait : le gouvernement fait de la communication politique, du bricolage, qui fait fi des réalités du terrain. » L’enseignante s’attend à une rentrée dans la cacophonie, où les élèves pourront s’appuyer sur l’absence de disposition dans des règlements intérieurs encore inchangés pour pouvoir continuer à utiliser leur téléphone.
D’autant plus que, dans les lycées, des élèves majeurs et mineurs se côtoient. Or, « on ne peut pas appliquer la loi tout à fait de la même manière pour ceux qui ont moins ou plus de 18 ans. Ça fait partie des problèmes qu’on avait soulevé et qui ne sont pas résolus », affirme Audrey Chanonat. « Il y a l’annonce et puis il y a la mise en place de manière pragmatique. Les moyens qu’on accorde, l’application sur le terrain, les enjeux, la surveillance, la modification du règlement intérieur… Il ne suffit pas de le dire pour que ce soit fait », déplore-t-elle.
Un flop comme la « Pause numérique » ?
À la rentrée 2025, la généralisation du dispositif « Pause numérique » pour empêcher l’usage des téléphones dans les collèges avait été annoncée (les téléphones étaient déjà interdits dans les collèges depuis 2018), mais appliquée sans grand succès. « Il est difficile d’avoir des chiffres exacts, mais une grande partie des établissements - peut-être la majorité - n’ont pas acheté les pochettes anti-ondes préconisées par le gouvernement faute de moyens », rapporte Audrey Chanonat.
Est-ce que l’interdiction du portable au lycée pourrait prendre la même direction ? Dans la pratique, peu d’établissements scolaires envisagent de saisir les smartphones à l’entrée. « Au lycée, il y a des choses qui passent par Pronote, les élèves reçoivent parfois des notifications liées à un changement de salle, un prof absent, il y a des élèves qui badgent avec leur portable pour aller à la cantine… On ne parle pas de la même chose avec des sixièmes qu’avec des terminales », détaille Sophie Vénétitay.
Alors à quoi pourrait ressembler l’interdiction ? « On est loin des discours uniformes tenus par le gouvernement. Ça va dépendre des configurations, des discussions entre les équipes », avance la secrétaire générale du SNES-FSU. Audrey Chanonat, elle, relate que « de nombreux collègues penchent pour avoir une interdiction dans les espaces pédagogiques, mais autorisé dans des zones très précises. Certains établissements penchent pour des brouilleurs à certains endroits… Mais il faut avoir les moyens »
Une mise en œuvre dès septembre « peu probable »
Dans la pratique, l’application dans tous les lycées dès la rentrée de septembre semble « très peu probable », voire « illusoire », affirme Audrey Chanonat. Un constat sur lequel la rejoint Sophie Vénétitay, qui déplore que le gouvernement puisse « claironner en septembre qu’on propose une scolarité sans téléphone de la maternelle au lycée alors que c’est faux, il y aura des portables dans les lycées. »
Pourtant, les deux interrogées par Le HuffPost affirment que leurs corps de métiers voient l’intérêt d’une telle réflexion autour de l’usage des réseaux sociaux chez les jeunes. « On ne nie pas l’intérêt de la mesure. Annoncer, c’est bien, mais nous laisser le temps de travailler pour faire quelque chose de sensé, c’est mieux », déplore Audrey Chanonat. « Tout une réflexion pédagogie aurait pu être menée, il y a un sujet important avec les écrans. Mais pas de cette manière, de sorte qu’Emmanuel Macron puisse dire que “pour sa dernière rentrée, il n’y aura pas de téléphones dans les lycées.” », conclut Sophie Vénétitay.


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