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À 96 ans, Gilles Gatineau vit seul depuis toujours. Depuis dix ans, il est abonné aux services de la popote roulante de l’organisme Résolidaire, dans Hochelaga-Maisonneuve. Assis devant son journal dans son appartement, il sourit, fait des blagues, commente les éliminatoires de hockey et raconte des bribes de sa vie.
Aujourd’hui, comme chaque vendredi, c’est Louise Bissonnette, 77 ans, bénévole du Résolidaire, qui lui apporte son repas : riz, bœuf, soupe et dessert. « Parfois, je lui donne un petit chocolat », dit-il. Peut-être que chacun des bénévoles qui lui livrent son repas a droit à la même récompense. Sans enfants, seul survivant d’une fratrie de 12, M. Gatineau compte sur le soutien de sa nièce, elle-même âgée de 70 ans et vivant à Anjou, pour faire ses courses chaque lundi.
Quelques étages au-dessus, Pierre-André Charest, 65 ans, n’a pas encore cette chance. Après avoir reçu un diagnostic de maladie de Parkinson, il a mis cinq ans avant de pouvoir déménager dans un appartement qui ne lui imposait pas de cruels escaliers, à monter et à descendre chaque jour. Pour l’instant, il peut descendre lui-même faire ses courses au marché d’alimentation, mais les repas de la popote roulante lui sont salutaires.
« Pour l’instant, je prends la vie au jour le jour, je n’ai pas le choix. Je préfère ne pas regarder plus loin et profiter de tous les moments présents, parce qu’on ne sait jamais comment ça va varier d’une année à l’autre », dit-il.
Le jour de notre visite, il regardait sur grand écran des vidéos de lui, sautant en parachute, dans le passé.
La popote roulante de Résolidaire distribue chaque jour à des dizaines de résidents d’Hochelaga-Maisonneuve de plus de 50 ans des repas au coût d’environ six dollars chacun. Un intervenant de l’organisme ou le CLSC a au préalable procédé à une évaluation de leur capacité à se déplacer, à s’alimenter et à faire la cuisine. Le centre offre également des activités sociales où les citoyens se rendent, lorsqu’ils le peuvent, en transport adapté.
« Les profils sont très différents, dit Magali Guilbault-Fitzbay, responsable des services chez Résolidaire. Il y a des gens qui ont la difficulté à se déplacer parce qu’ils sont en déambulateur. Il y a une personne qui a un handicap visuel, d’autres ont des problèmes de motricité. Il y a des gens qui ont l’alzheimer. »
Un point de référence
Les membres de l’équipe de 200 bénévoles de Résolidaire visitent ces gens tous les jours et rapportent les cas qui les inquiètent.
« Les bénévoles permettent de faire un suivi avec nous là. Si certains sont absents une journée, les bénévoles nous le signalent. Moi, je fais un suivi, je m’assure que tout va bien, qu’ils ne sont pas tombés, qu’ils sont bel et bien chez eux, qu’ils ont juste oublié leur repas où qu’ils sont sortis et sont revenus. On veut vraiment qu’ils s’alimentent », ajoute Magali Guilbault-Fitzbay.
La visite d’une popote roulante est souvent le seul contact social que des personnes isolées, pour diverses raisons, auront dans la journée. En effet, il n’y a pas que la nourriture qui réconforte et aide à vivre. De son côté, la popote roulante du Santropol a inauguré récemment la placote roulante, qui prévoit une heure de conversation avec un bénévole, environ deux fois par année.
« L’idée de la placote roulante, c’est qu’on essaie de prendre un moment pour jaser avec la clientèle parce que certains n’ont pas accès à une socialisation ni à un réseau de soutien », explique Mélanie Godel, du Santropol roulant. Même si cette interaction avec la clientèle fait partie du mandat des bénévoles de la popote roulante, ils n’ont parfois pas le temps de poursuivre une conversation en profondeur.
Le Santropol roulant, qui gère aujourd’hui tout un éventail d’activités communautaires, a été créé il y a une trentaine d’années par deux serveurs du restaurant Santropol qui ont décidé de distribuer les restes du restaurant aux populations vulnérables du quartier, explique Mélanie Godel.
Mais le Regroupement des popotes roulantes du Québec (RPRQ) célèbre quant à lui ses 60 ans « On est là parce qu’il y a 60 ans, il y a des citoyennes qui ont vu qu’il y avait des personnes aînées vulnérables et seules, qui avaient besoin de bien s’alimenter, de bien manger. Elles ont décidé de trouver une solution à ce problème-là en se distribuant des tâches : achats, cuisine, vaisselle, distribution. En 1966, il y avait trois popotes roulantes qui ont distribué des repas à 50 aînés vulnérables, surtout à Montréal », racontait la directrice du RPRQ, Karine Robinette, au moment de lancer la semaine des popotes roulantes, qui débute lundi.
Depuis, le nombre de popotes roulantes s’est multiplié par 100, et ce sont 159 000 personnes aînées qui ont recours à leurs services à au Québec, grâce à 2000 bénévoles qui distribuent six millions de repas.
Et derrière chacune de ces 159 000 portes, il y a un être humain vieillissant, qui, comme Pierre-André Charest, profite de chaque doux moment de la vie, en attendant la suite.


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