En roulant sur un plot posé selon le brevet GB 436 290 du 3 avril 1934, les automobilistes britanniques ont littéralement enfoncé deux paires d’yeux de verre dans un essuie-glace en caoutchouc. Ni cantonnier armé d’un seau, ni averse : le nettoyeur, c’est la roue. Le mécanisme tient dans un socle de fonte, au milieu de la chaussée, depuis plus de 90 ans.
Le plot se lave à chaque passage de véhicule.
À retenir
- Le brevet GB 436 290 a été déposé le 3 avril 1934 par Percy Shaw à Halifax.
- Le passage des roues enfonce le dôme et fait balayer les catadioptres par un essuie-glace en caoutchouc.
- L’eau de pluie retenue dans le socle sert de rinçage aux yeux de verre.
- Le black-out de la Seconde Guerre mondiale a fortement accéléré les ventes de plots.
Sommaire
Un brevet déposé à Halifax le 3 avril 1934
Le document porte le numéro GB 436 290. Il a été déposé le 3 avril 1934 par P. Shaw, de Boothtown, à Halifax, sous un intitulé sans poésie : « blocks for road surface marking », soit des blocs pour le marquage de la surface des routes. Un second brevet, le 457 536, est venu compléter le premier. Selon Wikipédia, un brevet ultérieur de Percy Shaw a ajouté au socle en caoutchouc un réservoir d’eau de pluie, chargé de rincer les yeux de verre au passage d’une voiture.
Percy Shaw, né en 1890, fils d’un ouvrier de teinturerie, a vécu à Boothtown dès 1892 et n’en a plus bougé. Le 15 mars 1935, il fonde la société Reflecting Roadstuds pour fabriquer son invention. La forme d’origine associe deux paires de catadioptres dans un dôme de caoutchouc blanc, monté dans un boîtier de fonte : une paire regarde chaque sens de circulation, sur l’axe de la route.
Deux récits expliquent l’origine de l’idée, et aucun ne se vérifie. Dans le premier, Shaw se guidait la nuit grâce aux rails polis des tramways d’Ambler Thorn, et leur dépose l’aurait privé de repères. Dans le second, les yeux d’un chat renvoyant la lumière de ses phares au bord de la route lui auraient soufflé le principe, d’où le nom anglais de « cat’s eye ».
Un essuie-glace caché sous la chaussée
Le dôme de caoutchouc est souple, et le passage des véhicules le déforme. Sous la charge, les catadioptres s’enfoncent sous la surface de la route. Un essuie-glace en caoutchouc, fixe, balaie alors leur face au passage. Le socle a tendance à retenir l’eau après une averse, ce qui rend l’opération encore plus efficace.
Sans passage de véhicule, l’essuie-glace ne travaille pas.
La pluie sert donc d’eau de rinçage, jamais de moteur. Quant aux bordures métalliques qui protègent le dôme des chocs, elles renvoient aussi une vibration et un bruit au conducteur qui dérive hors de sa voie.
La famille s’est agrandie depuis. Une version à une seule face, déclinée en plusieurs couleurs, borde les routes et sépare les voies de circulation. Ces plots se révèlent précieux dans le brouillard et résistent largement aux chasse-neige, d’après la description que donne Wikipédia du dispositif.
Le black-out a fait décoller les ventes
Les débuts sont lents. L’approbation du ministère des Transports britannique puis le black-out de la Seconde Guerre mondiale donnent à la production un coup d’accélérateur énorme. L’entreprise, installée près du domicile de Shaw à Boothtown, finit par fabriquer plus d’un million de plots par an, exportés dans le monde entier.
Entre 1939 et 1945, les villes éteignent leurs lumières.
Un plot, lui, ne réclame ni câble ni ampoule : la lumière vient de la voiture qui approche. Selon la James Dyson Foundation, la société remporte d’ailleurs en 1937 un concours lancé par les pouvoirs publics britanniques pour trouver un catadioptre routier robuste, avant de peiner à trouver des clients. Plus d’un million de plots par an, c’est environ 2 700 par jour, week-ends compris. Shaw reçoit en 1965 l’OBE (Ordre de l’Empire britannique) pour services rendus aux exportations.
Ce que ça change quand les nuits tombent tôt
Avec les nuits qui tombent plus tôt, le trajet du retour se fait de plus en plus souvent dans le noir, sur chaussée mouillée. C’est dans ces conditions que le dispositif donne sa pleine mesure : l’eau retenue dans le socle, la roue qui enfonce le dôme, le caoutchouc qui essuie. Le brevet de 1934 décrit toutefois un principe, et rien ne garantit que chaque plot croisé aujourd’hui en reprenne tous les détails.
À Boothtown, près de Halifax, l’entreprise fondée le 15 mars 1935 existe toujours, et Catseye est son nom déposé. Au prochain plot franchi, la légère secousse sous la roue, c’est le dôme qui s’abaisse et l’essuie-glace qui passe.
Sources : findagrave.com | jamesdysonfoundation.co.uk


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