En gardant grandes ouvertes ses 62 portes d’acier, l’Oosterscheldekering a pris le contrepied de tout ce qu’on attend d’un barrage. Long de 9 km, il relie les îles de Schouwen-Duiveland et de Noord-Beveland, en Zélande, et ne s’est fermé que 28 fois depuis son inauguration en 1986. La dernière fermeture date du 31 janvier 2022, pendant la tempête Corrie. Le reste du temps, la mer du Nord entre et sort de l’estuaire de l’Escaut oriental comme si de rien n’était.
Le 4 octobre 2026, l’ouvrage a eu 40 ans.
À retenir
- L’Oosterscheldekering s’est fermé seulement 28 fois depuis 1986, soit environ une fois tous les 17 mois.
- Seuls 3 km des 9 km du barrage peuvent réellement se fermer pour contrôler le niveau d’eau.
- Le barrage reste ouvert pour préserver la salinité de l’eau et maintenir la pêche aux huîtres et moules.
Sommaire
1953 : le désastre qui a déclenché le Plan Delta
Le 1er février 1953, une tempête a tué 1 835 personnes aux Pays-Bas et détruit 4 500 bâtiments. Pour que cela ne se reproduise plus, le pays a lancé en 1954 le Plan Delta, poursuivi jusqu’en 1997. Au programme figuraient 13 chantiers de digues, d’écluses et de barrages anti-tempête, dont l’Oosterscheldekering est le plus imposant. Au total, ces nouveaux ouvrages ont raccourci de 700 km la longueur des digues à surveiller, selon l’Institution of Civil Engineers britannique.
L’idée de départ était pourtant la plus radicale : une digue pleine, fermant l’estuaire de bout en bout. L’ouvrage a d’ailleurs été conçu et en partie construit sous cette forme, avant que des manifestations publiques ne fassent changer de cap.
Au cœur du litige, il y avait l’eau salée. Sans elle, la vie marine installée derrière le barrage aurait disparu, et la pêche, notamment celle des huîtres et des moules, avec elle. Le projet est donc devenu un barrage mobile, équipé de grandes portes de type vanne sur la partie restante. Les travaux, lancés en avril 1976, se sont achevés en juin 1986, soit un peu plus de 10 ans de chantier.
9 km de béton, dont 3 seulement se ferment
Les chiffres donnent le vertige : 65 piliers de béton, hauts de 30 à 40 m selon le Watersnoodmuseum, et entre eux 62 portes d’acier de 42 m de large, hautes de 6 à 12 m et pesant de 260 à 480 tonnes. Chaque pilier pèse 18 millions de kg, soit environ 1,2 million de tonnes pour l’ensemble. Sur les 9 km de l’ouvrage, seuls 3 km peuvent réellement se fermer, précise Rijkswaterstaat, l’administration néerlandaise chargée des grands ouvrages d’eau.
Le chantier a englouti 450 000 m³ de béton, de quoi remplir environ 180 piscines olympiques, et 5 milliards de kg d’enrochements, sur un sol consolidé par des matelas synthétiques remplis de gravier. L’ensemble est calculé pour résister à une crue qui ne survient qu’une fois tous les 4 000 ans, d’après le Watersnoodmuseum.
Quand le niveau d’eau menace de dépasser 3 m au-dessus du niveau de la mer, un opérateur appuie sur un bouton depuis le centre de contrôle. Les 62 portes descendent alors en 75 minutes environ, selon Rijkswaterstaat. Le reste du temps, elles restent relevées et l’eau circule librement dans l’estuaire.
Sa durée de vie prévue dépasse 200 ans.
Ouvert ne veut pas dire oublié : chaque porte est fermée une fois par mois pour un essai, puis rouverte aussitôt. Les procédures d’urgence, elles, sont testées à des dates fixées à l’avance.
Le barrage le plus cher, laissé ouvert
Le 4 octobre 1986, la reine Béatrix a inauguré l’ouvrage en déclarant que le barrage était fermé, que les travaux du Delta étaient achevés et que la Zélande était en sécurité. La formule est restée célèbre, même si les portes ne descendent qu’en cas de menace. Depuis, un seuil guide la décision : un niveau d’eau constaté ou prévu au-dessus de 3 m.
Côté budget, l’exploitation coûte environ 17 millions d’euros par an, soit près de 47 000 euros par jour, pour un ouvrage fermé 28 fois en quatre décennies. Les décomptes varient d’une source à l’autre : l’Institution of Civil Engineers en annonce 29, un site spécialisé parle d’une trentaine. L’écart pourrait tenir à la date d’arrêt du compteur, mais la fiche retenue ici s’arrête à 28, avec la fermeture de janvier 2022 comme dernière. Sur cette base, cela fait une fermeture tous les 17 mois environ.
Le plus coûteux des 13 chantiers du Plan Delta est donc aussi celui qu’on a accepté de laisser ouvert presque tout le temps. Une digue pleine aurait été plus simple à gérer, mais la facture écologique aurait été réglée par l’estuaire, ses huîtres et ses moules. Il n’est même pas le plus long du Delta : l’Oesterdam, avec 10,5 km, le devance.
Portes ouvertes, saison des tempêtes
Les ouvrages voisins offrent un point de comparaison. Le Maeslantkering, près de Rotterdam, n’avait jamais fermé sous tempête pendant ses 10 premières années d’exploitation. Sa première fermeture réelle a eu lieu le soir du 8 novembre 2007. Ce soir-là, l’Oosterscheldekering et le Hartelkering se sont fermés eux aussi, et toute la côte néerlandaise s’est trouvée protégée pour la première fois depuis 1976.
Coup de vent sur la mer du Nord, les 7 et 8 octobre.
Le mot « tempête » circule de nouveau, deux jours après l’anniversaire. Une fermeture n’a pourtant rien d’automatique : les portes répondent au niveau d’eau, pas au vocabulaire des bulletins météo, et la barre reste fixée à 3 m. Un coup de vent peut très bien passer sans qu’aucune des 62 portes ne bouge, ce qui est le cas la plupart du temps depuis 1986.
Après 30 ans de service, Rijkswaterstaat a engagé une rénovation importante, avec des contrôles du système de commande, de la fermeture d’urgence et des installations électriques. L’essentiel des travaux d’entretien se déroule entre avril et septembre, hors saison des tempêtes.
Sources : sensesatlas.com | wermac.org


6 day_ago
48



























.jpg)






French (CA)