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Imaginons un instant le Canadien (CH) sans Nick Suzuki et Cole Caufield. Ou sans Suzuki et Juraj Slafkovsky. Ou sans Suzuki et Ivan Demidov. En tout cas, sans Suzuki.
Avant d’en faire des cauchemars, précisons : tout va bien pour le CH.
Simplement, c’est un peu la tempête que traversent les Panthers de la Floride depuis le début de la saison en l’absence de leur capitaine Aleksander Barkov, blessé lors du camp d’entraînement en septembre, et de leur as ailier Matthew Tkachuk, opéré en août dernier pour une hernie sportive et une déchirure au muscle adducteur.
Malchanceux et probablement éreintés, brisés, par leurs trois derniers longs parcours éliminatoires – l’équipe a disputé 63 matchs de plus que le Canadien depuis 2023, et ses membres ont eu de nombreuses semaines de récupération en moins –, les Panthers souffrent aussi de l’absence de six autres joueurs, dont les toujours dangereux Brad Marchand et Seth Jones, tous deux sur la touche pour le duel contre le CH jeudi soir.
Avec près de 250 matchs ratés cette saison-ci par ses joueurs, selon l’entraîneur Paul Maurice, la Floride n’a pas (encore) l’allure de la double championne en titre de la Coupe Stanley qu’elle est. On a brièvement retrouvé ses joueurs au dernier rang de l’Est cet automne, et les voici toujours hors du portrait éliminatoire, à deux petits points d’un laissez-passer toutefois.
Peux-tu gagner sans tes meilleurs joueurs? À quel point serait-ce utile? s’est interrogé à voix haute le loquace Maurice.
Il y a trois ans, on a perdu Matthew [Tkachuk] pendant le quatrième match [de la finale de la Coupe Stanley], et on ne s’en est pas remis. On avait genre sept autres blessés, cela dit. Mais c’est une bonne dose d’humilité, surtout parce qu’on a connu le succès. Tu redeviens presque une équipe sous-estimée quand il te manque huit joueurs. C’est un défi. On a affronté beaucoup de bonnes équipes de calibre éliminatoire récemment et on a été à la hauteur. On est arrivés à court; parfois, blâmez l’entraîneur, a-t-il laissé tomber.
Ça s’est un peu replacé depuis le 1er décembre, grâce à une fiche de 10-6-2, bonne pour le 8e rang dans la ligue au cours de cette période. Chaque fois que les champions semblent sur le point de prendre leur envol, une mauvaise prestation leur jette du plomb dans l’aile.
Ils ont vaincu l’Avalanche le 4 janvier, meilleure équipe du circuit, mais ils se sont inclinés sèchement contre les Maple Leafs deux jours plus tard.
On n’a pas assez bien bougé nos pieds pour permettre à notre cerveau et à nos mains d’exécuter ce que nos yeux croyaient voir, a expliqué Maurice. La première chose, c’est d’avoir ses jambes.
Paraît-il que ça aide. Les renforts aideront éventuellement aussi. Le cas de Marchand est évalué quotidiennement, tandis que Tkachuk, guide spirituel de cette équipe, s’entraîne sans aucune restriction. Il était sur la glace du Centre Bell jeudi midi, orphelin de trio, mais il a pris part à quelques exercices comme défenseur, le coquin.
C’est plate, parce qu’on a eu des blessures, mais on a joué contre de très bonnes équipes et on a été capables de surmonter les obstacles qui se sont dressés sur notre route. Chaque gars doit élever son jeu, doit être capable d’atteindre un autre niveau. Il faut aller chercher des points; c’est aussi simple que ça, a résumé le Québécois A.J. Greer.
L’audition
Parlant du Joliettain de 29 ans, en voilà un qui profite de l’absence de ses collègues. Il s’achemine tout d’abord vers la meilleure saison de sa carrière avec 15 points, dont 7 buts, en 42 matchs jusqu’à présent, et il a le privilège de jouer en compagnie des meilleurs éléments offensifs de cette équipe.
Greer se trouve à l’aile droite de Sam Bennett et de Carter Verhaeghe depuis quelques matchs, et le mariage est heureux.
Généralement, les gars de quatrième trio [promus sur un trio offensif] vont vouloir démontrer qu’ils sont à leur place, ou ils vont vouloir s’assurer que les deux autres sont contents. Alors, ils forcent des passes dans les pieds et ils jouent un style que tu ne peux pas jouer au sein d’un top 6 dans la LNH [Ligue nationale de hockey], avec des revirements, etc. Greer joue de façon simple et efficace avec eux, et Sam et Carter arrivent à lire son jeu. Ça m’impressionne, parce que c’est très difficile à faire, a souligné Paul Maurice.
C’était une adaptation, au début, de jouer plus de minutes que depuis le début de ma carrière. Maintenant, je suis capable. Je garde mon jeu comme il est, jouer physique, leur faire de la place… je suis là pour compléter le trio. Ça se passe bien, a fait valoir Greer.
Un bref regard aux statistiques suffit à corroborer ses dires.
En 83 minutes de jeu à cinq contre cinq, les trois comparses contrôlent la rondelle 62 % du temps et obtiennent 67 % des chances de marquer de qualité. L’équipe a inscrit 10 buts et n’en a accordé que 2 dans l’intervalle. Alors, oui, ça se passe bien.
De bons mots pour le Canadien
Il y a de ces curiosités qui demeureront à jamais inexpliquées, comme les ananas sur la pizza. Les six victoires d’affilée du Canadien contre les Panthers entrent dans cette catégorie.
Étonnamment, la Floride n’a pas vaincu Montréal depuis le 29 février 2024, si une telle chose se peut.
Maurice a risqué une réponse.
On n’arrête pas de jouer en prolongation contre eux et ce n’est pas une bonne recette. C’est devenu une meilleure équipe, certainement. Chaque équipe dans la Ligue nationale a un style. D’une certaine manière, c’est comme si Montréal était une nouvelle équipe avec un nouveau style. Leur jeu est encore en transformation parce qu’ils acquièrent de la maturité. Ça prend du temps avant d’en dégager des tendances. Quand on affronte Tampa Bay, par exemple, on sait à quoi s’attendre. Montréal est une jeune équipe ultratalentueuse, en constante évolution, et on apprend encore à jouer contre eux, a affirmé l’entraîneur.
C’est une chose d’avoir du talent et de la rapidité, mais il faut apprendre à ne pas tricher, et c’est ce qu’ils font présentement. C’est pour ça qu’ils ont du succès depuis un an.
Il leur reste deux autres matchs cette saison-ci pour résoudre l’énigme.
En rafale
L’exclusion de Sam Bennett de l’équipe olympique canadienne en a surpris plus d’un. Le lauréat 2025 du trophée Conn-Smythe était de la sélection nationale à la Confrontation des 4 nations l’an dernier et il y a finalement joué un rôle majeur, inscrivant entre autres le but égalisateur contre les Américains en finale.
Même s’il a connu un début de saison en deçà des attentes, le centre de 29 ans s’est repris de belle façon depuis et cumule tout de même 31 points en 42 matchs. Au-delà de sa production, c’est plutôt ce caractère rare et prisé d’homme des grandes occasions qui a bâti sa réputation au fil des ans et qui semblait en faire un choix incontournable pour le rendez-vous italien.
Sam a participé aux 4 nations l’an dernier et d’autres joueurs, non. Et je ne me souviens pas d’avoir entendu personne mis à l’écart s’en plaindre publiquement. Sam ne l’a pas fait non plus. On doit être respectueux envers ceux qui ont été choisis au sein de l’équipe. Ce sont tous de grands joueurs. Je dirai simplement que Sam Bennett ferait partie de n’importe laquelle de mes équipes, a laissé tomber son entraîneur.


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