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« Pendant presque cinq ans qu’on était en dessous de l’eau, personne ne voyait notre travail, personne ne le constatait sur les rives. Dès qu’on a été obligé de cesser nos activités par manque de financement, le problème est “apparu”. »
Denis Petitclerc, le président du conseil d’administration de Bleu Massawippi, déplore la croissance fulgurante de la population de moules zébrées au lac Massawippi.

Les plaisanciers ne peuvent plus l'ignorer : le lac Massawippi est envahi de moules zébrées.
Photo : Radio-Canada / Élyse Tessier
En 2021, au moment où l’espèce a été repérée dans le lac, l’organisme à but non lucratif a commencé des opérations de contrôle à l’aide de plongeurs, le seul prédateur de la moule zébrée, précise Denis Petitclerc. Les équipes réussissaient à maintenir la population à bas niveau.
Mais en mai dernier, faute de financement, Bleu Massawippi a été « forcé » de cesser ses opérations. En un été à peine, les conséquences sont déjà bien visibles.
La moule zébrée a le champ libre.

Denis Petitclerc est le président du conseil d’administration de Bleu Massawippi.
Photo : Radio-Canada / Éric Carbonneau
C’est la première année où il y a des évidences de leur présence. Pas pour nous, mais pour les résidents et utilisateurs du lac. Et ça va juste continuer à croître, prévient Denis Petitclerc.
Un envahisseur dangereux
Le lac Massawippi aurait les conditions physico-chimiques les plus favorables à cette espèce, selon Bleu Massawippi, ce qui facilite sa prolifération.
Une moule zébrée filtre un litre d’eau par jour, affectant l’écosystème du lac. Elle se colle à tout ce qui est solide, risquant de colmater les deux prises d’eau.
La population est si grande qu’elle soulève un enjeu de santé publique : Si tu marches dans l’eau, tu peux te couper les pieds lorsqu’il y en a trop. Tu bouges une roche, tu peux te couper la main, raconte Denis Petitclerc. Une blessure dans l’eau d’un lac est davantage à risque d’infection.

Bleu Massawippi a complètement cessé ses opérations de plongée en mai dernier. Depuis, la population de moules zébrées prolifère rapidement.
Photo : Radio-Canada / Zoé Bellehumeur
Solutions neuves
Moi, je dis aux citoyens : "continuez à manifester vos préoccupations."
Bleu Massawippi souhaite voir Québec et Ottawa mettre en place des programmes de financement novateurs et pérennes. Le problème va au-delà d’une petite organisation comme Bleu Massawippi, déplore Denis Petitclerc.

Denis Petitclerc pointe une moule zébrée juvénile sur une roche qu'il a sorti du lac.
Photo : Radio-Canada / Élyse Tessier
Et des solutions existent. La Colombie-Britannique, par exemple, réussit à rester exempte de cette espèce grâce à un programme provincial de prévention (nouvelle fenêtre) : aucun bateau ne peut franchir la frontière de la province sans avoir été préalablement lavé.
Mais la prévention, ce n’est pas suffisant, précise Denis Petitclerc. Notre lac va aller contaminer d’autres lacs au Québec.

La prévention est essentielle, mais pas suffisante, croit Denis Petitclerc.
Photo : Radio-Canada / Élyse Tessier
Il faut trouver des solutions acceptables et viables financièrement pour contrôler les populations. La réponse à ça, c’est de la recherche.
Ce n’est pas parce que la solution à un problème n’a pas été trouvée que la solution n’existe pas. La science évolue.
Et la recherche a toujours été une partie importante des activités de Bleu Massawippi. On plongeait, mais en même temps on essayait d’explorer d’autres avenues de contrôle de cette population de moule zébrée. On essayait d’inciter des chercheurs, des ingénieurs, à s’attaquer à ce problème, explique le président du CA.
Par exemple, Bleu Massawippi se questionne sur la possibilité de donner une chance aux populations de prédateurs locaux de découvrir ce petit aliment-là, et de commencer à le consommer.
La mission de Bleu Massawippi, c’est d’informer, éduquer, influencer et agir sur les enjeux environnementaux menaçant le lac. Faute de financement lui permettant de passer aux actes, l’organisme ne peut que marteler le message : il faut des programmes gouvernementaux pour pouvoir contrôler la moule zébrée.
En attendant, sur le muret de pierre qui borde le lac devant sa maison, Denis Petitclerc ne peut que se contenter de retirer une à une les petites envahisseuses.


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