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Les médecins de marathon ne conseillent plus de boire le plus possible : ce qui envoie des coureurs à l’hôpital n’est pas la déshydratation

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Boire, boire encore, ne jamais s’arrêter avant la ligne d’arrivée : ce conseil, martelé pendant des décennies aux coureurs d’endurance, a été abandonné par la médecine du sport. La raison est simple et contre-intuitive : ce ne sont pas les coureurs déshydratés qui finissent le plus souvent sous perfusion, mais ceux qui ont trop bu.

À retenir

  • Les reins d’un adulte éliminent au maximum 0,8 à 1 litre d’eau par heure, un seuil réduit pendant l’effort physique.
  • L’excès d’eau dilue le sodium sanguin et provoque un gonflement du cerveau, entraînant confusion et nausées.
  • La nouvelle recommandation internationale conseille de boire selon sa soif, ni plus ni moins, pour prévenir l’hyponatrémie d’effort.

Sommaire

  1. Le vieux mantra : boire avant d’avoir soif
  2. Ce qui se passe vraiment dans le corps
  3. Le piège : des symptômes qui ressemblent à la déshydratation
  4. La nouvelle doctrine, adoptée pour les courses d’automne

Le vieux mantra : boire avant d’avoir soif

Pendant longtemps, la consigne officielle tenait en une phrase.

Il fallait s’hydrater à intervalles réguliers, sans attendre la sensation de soif, considérée comme un signal trop tardif pour prévenir la déshydratation. Cette doctrine a irrigué les stages de préparation et les fiches conseils distribuées aux dossards pendant des années. Elle reposait sur une intuition logique, mais incomplète : perdre de l’eau par la sueur serait toujours plus dangereux que d’en boire trop.

Ce qui se passe vraiment dans le corps

Les reins d’un adulte en bonne santé n’éliminent qu’une quantité limitée d’eau chaque heure, de l’ordre de 0,8 à 1 litre, selon plusieurs travaux de physiologie rénale sur l’excrétion hydrique maximale. Ce plafond n’est pas figé : pendant un effort prolongé, le corps sécrète de l’hormone antidiurétique, l’ADH, qui réduit encore la capacité des reins à évacuer l’excès de liquide. Plusieurs stimuli déclenchent cette sécrétion pendant la course, notamment les stress non spécifiques comme la douleur, l’émotion et l’exercice physique, les nausées et vomissements, l’hypoglycémie, l’exposition à la chaleur. Résultat : un coureur qui boit beaucoup, à un moment où ses reins fonctionnent déjà au ralenti, accumule de l’eau qu’il n’arrive plus à éliminer.

Cette eau en excès dilue le sodium sanguin. L’organisme cherche alors à rééquilibrer les concentrations en faisant entrer l’eau dans les cellules, y compris celles du cerveau.

Le cerveau gonfle alors dans une boîte crânienne rigide, incompressible. C’est ce mécanisme qui provoque confusion, nausées et malaise chez les coureurs concernés.

Le piège : des symptômes qui ressemblent à la déshydratation

Un coureur qui titube, confus, nauséeux, à l’arrivée d’un semi-marathon ressemble à s’y méprendre à un coureur déshydraté. Le réflexe naturel, pour un secouriste ou un proche, est alors de lui tendre une bouteille d’eau supplémentaire. C’est précisément l’erreur à éviter : dans le cas d’une hyponatrémie d’effort, ajouter de l’eau aggrave la dilution du sodium et peut transformer un malaise passager en urgence médicale.

Les études sur des coureurs d’ultra-trail et d’Ironman ont montré une différence nette entre les deux profils. Les athlètes qui consomment des liquides au-delà des dictées de la soif présentent un risque significativement plus élevé de développer une hyponatrémie d’effort, et ceux qui prennent du poids pendant la course, révélateur d’une surcharge hydrique, en présentent une prévalence plus élevée que ceux qui maintiennent ou perdent du poids. C’est tout l’inverse d’un coureur déshydraté, qui lui perd systématiquement du poids au fil des kilomètres. Cette distinction explique pourquoi la pesée avant et après course reste l’outil de repérage privilégié par les organisateurs et les équipes médicales sur le terrain.

La nouvelle doctrine, adoptée pour les courses d’automne

Le tournant s’est joué lors de conférences internationales de consensus réunissant des experts de la discipline. En 2015, la troisième conférence de consensus sur l’hyponatrémie d’effort a tranché : les athlètes devraient boire selon leur soif, ni plus, ni moins. Quelques années plus tard, la Wilderness Medical Society a confirmé cette ligne dans ses recommandations actualisées, en insistant sur le fait que les personnes engagées dans des activités physiques et d’endurance devraient boire pour satisfaire leur soif, afin d’éviter la surhydratation. Les mêmes textes précisent qu’aucune recommandation de volume hydrique spécifique n’a démontré prévenir l’hyponatrémie, et que la meilleure stratégie reste de limiter la consommation en réponse à la soif.

Sur le terrain, cette évolution se traduit aussi dans l’organisation des ravitaillements. Les recommandations internationales préconisent désormais d’espacer les postes de boisson plutôt que de les multiplier, avec des points de ravitaillement tous les cinq kilomètres environ pour les courses à pied. À l’approche de la saison des semi-marathons et des marathons d’automne, cette nouvelle doctrine s’installe progressivement dans les briefings de course : la bouteille d’eau tendue à chaque foulée n’est plus un gage de sécurité, mais potentiellement un facteur de risque supplémentaire pour l’organisme.

Sources : aafp.org | ncbi.nlm.nih.gov

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