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Les maisons neuves sont-elles moins bien construites qu’autrefois?

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Les constructions résidentielles neuves sont-elles de moins bonne qualité qu’auparavant ? Les experts consultés par Le Devoir sont partagés sur la question. Ils s’entendent cependant pour dire que le temps presse : il faut réduire le nombre de vices cachés constatés dans plusieurs propriétés fraîchement bâties, ces lacunes pouvant avoir des répercussions importantes sur le portefeuille de propriétaires récents.

Défauts d’étanchéité du revêtement extérieur et des fenêtres, déficiences électriques et séparations coupe-feu manquantes dans l’entretoit sont quelques-uns des problèmes qu’ont constatés dans les dernières années les quatre inspecteurs en bâtiment consultés par Le Devoir dans des maisons et des condominiums fraîchement construits.

« On voit des aberrations », reconnaît le directeur général de l’Association des inspecteurs en bâtiment du Québec, Danny McNicoll, tout en soulignant, comme la plupart des experts consultés, que la grande majorité des nouvelles constructions résidentielles sont de bonne qualité. Or, les entrepreneurs qui « traînent de la patte » et construisent des habitations imparfaites nuisent à la réputation de l’ensemble de l’industrie, déplore-t-il.

Selon lui, la majorité des lacunes notées dans les nouvelles habitations terminées sont liées à un « manque de connaissances » de certains entrepreneurs généraux ou de leurs employés. Certaines sont toutefois volontairement cachées aux acheteurs, dit-il.

« En faisant des [inspections] prépossession de bâtiments neufs, on s’est rendu compte à deux reprises dans les six derniers mois qu’un entrepreneur avait oublié de vérifier que l’isolant dans l’entretoit était présent », poursuit M. McNicoll, pour qui « lorsqu’on parle de bavure aussi frappante, là, on ne parle pas de mauvaise formation, mais bien de négligence ».

L’inspecteur Othmane Benouattaf publie d’ailleurs régulièrement sur ses réseaux sociaux — où il compte des dizaines de milliers d’abonnés — des vidéos dans lesquelles il fait état des lacunes qu’il constate dans les bâtiments neufs qu’il visite dans le cadre de son travail. « Chaque fois que je pense que je n’ai plus de contenu [à publier] sur les nouvelles constructions, il y a toujours quelque chose qui arrive pour me surprendre », lance-t-il. Il fait état d’une dégradation de la qualité des habitations construites au Québec « depuis la pandémie », l’inflation et la forte demande sur le marché immobilier ayant d’après lui incité des entrepreneurs à construire rapidement et à recourir à des matériaux de moins bonne qualité qu’auparavant.

« Les grosses lacunes qu’on va trouver sur les chantiers de construction, c’est toujours des lacunes dans l’installation des revêtements extérieurs », lesquelles peuvent « entraîner des infiltrations d’eau et de la moisissure », constate pour sa part l’inspecteur Serge Dubé. Il précise lui aussi, cependant, que c’est une minorité d’entrepreneurs, « pas bons », qui « sortent du lot » et nuisent à la réputation des autres.

« Malheureusement, je vois beaucoup de constructions neuves, puis ça ne va pas du tout. Une conduite d’eau qui passe à côté d’un panneau électrique, ça ne passe pas », lâche quant à lui l’inspecteur Pierre Turcotte, qui constate que des entrepreneurs « tournent les coins ronds » dans des habitations neuves.

Appel à la prudence

Jusqu’à maintenant, la mauvaise presse au sujet des constructions neuves n’a pas atténué l’engouement des acheteurs d’un point de vue statistique, explique Nathalie Bégin, directrice de la pratique sur le courtage à l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec. Plusieurs continuent d’ailleurs de croire qu’acheter neuf, c’est prendre une option sans risques.

« C’est un peu dommage parce que, dans le neuf, les acheteurs ont malheureusement, encore aujourd’hui, un faux sentiment de sécurité », relève-t-elle.

Or, elle-même privilégierait d’acheter une propriété « qui a déjà du vécu » plutôt qu’un bâtiment dont la peinture est encore fraîche. « C’est souvent après deux ou trois ans que les fissures arrivent » et que les conséquences des infiltrations d’eau qui ont suivi sont connues. C’est donc pour s’éviter de mauvaises surprises que certains acheteurs, plus prudents, vont « préférer s’en aller vers une propriété qui a déjà vieilli un peu », constate-t-elle.

Des règlements à resserrer

Conscient de l’importance d’améliorer la qualité des habitations neuves au Québec, le ministre québécois du Travail, Jean Boulet, a adopté en novembre 2024 le projet de loi 76, qui prévoit notamment la réalisation obligatoire d’une inspection à au moins trois étapes charnières des travaux de construction. La Régie du bâtiment du Québec (RBQ) devra d’ailleurs publier dans les prochains mois les règlements d’application qui détermineront entre autres les catégories de bâtiments visées et les modalités que devront respecter ces inspections.

« À mon avis, on n’est pas encore proche d’avoir un inspecteur sur le chantier pour chacun des projets résidentiels au Québec, pas avant encore plusieurs années », lance Danny McNicoll, qui ne cache pas son scepticisme par rapport au règlement. Selon lui, celui-ci ne sera applicable qu’une fois qu’un nombre suffisant d’inspecteurs en bâtiment auront été formés à la surveillance de chantier et qu’un registre aura été créé pour permettre aux entrepreneurs de joindre ces professionnels dans les différentes régions du Québec.

La RBQ a d’autre part rédigé un projet de règlement qui fait actuellement l’objet de consultations. Il prévoit de faire passer d’un à cinq ans le délai dont disposent les acheteurs pour découvrir et signaler l’existence de vices de construction dans leur propriété. Le montant de la garantie financière qu’ils peuvent obtenir dans ces circonstances augmenterait pour sa part de 50 %, après son maintien au même niveau depuis 2016.

Entre 2020-2021 et 2023-2024, près de 40 % des demandes d’indemnisation admissibles déposées à la RBQ par des acheteurs ayant pâti de la présence de vices de construction dans leur propriété ont occasionné une perte financière, indique un rapport publié l’automne dernier par la Régie. Pour plusieurs, les pertes financières dépassaient les 10 000 $, peut-on y lire.

« Si on avait des garanties plus grandes, l’entrepreneur s’assurerait d’un produit plus adéquat, une mise en œuvre plus adéquate. C’est toujours une question de responsabilité et de reddition de comptes », relève M. McNicoll, qui voit donc d’un bon œil cette initiative.

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