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Les lendemains de canicule sont comme les lendemains de fête: éprouvants

2 week_ago 19

         

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Trois jours après la fin officielle de la canicule, je tire encore la langue. Mes nuits ont beau avoir retrouvé une certaine normalité, il m'arrive plusieurs fois par jour d'être envahi par une envie irrépressible de m'endormir là, ici, maintenant, tout de suite. Mes yeux se ferment, ma tête penche vers l'avant, une succession de bâillements me secoue: la seconde suivante, me voilà plongé dans les profondeurs d'un sommeil lourd comme une bouteille de mercure.

La chaleur, les nuits tropicales et la lutte pour ne pas sombrer face aux coups de boutoir de la canicule ont marqué le corps en profondeur. Il peine à retrouver son allant d'antan. Il a des absences, des moments où il pèse des tonnes, d'autres où il est comme un carcan où s'estompe toute envie de vivre, une fatigue si grande que rien ne semble pouvoir le ramener à la vie, ni les innombrables douches froides ni les tasses de café avalées à la va-vite.

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La canicule a duré onze jours mais, pour moi, ce fut une éternité, un long et interminable couloir où, calfeutré dans mon appartement plongé dans une pénombre continue, les volets clos, affalé au milieu de mon canapé ou échoué à travers mon lit, engourdi de chaleur, j'ai senti mon corps vaciller au point de me demander parfois s'il tiendrait le choc. Physiquement, j'ai été à la rue. Quant à mon moral, qui n'a jamais brillé par sa vaillance, il a connu de vrais moments de désespoir, un infini sentiment de lassitude.

On dira que c'est exagéré, on se trompera. La chaleur m'insupporte par temps normal, question de gènes sûrement, mais quand les températures s'affolent comme ces derniers jours, le Soleil devient alors un astre noir dans lequel je manque de m'engloutir. Des idées sombres naissent en moi, non point des envies de suicide, mais une sorte de désespérance généralisée, d'une mollesse de l'esprit, d'une angoisse lourde et pesante arrimée à la source même de mon âme.

Nous sommes en convalescence. Ni malades ni complètement rétablis, nous sentons nos forces renaître, mais avec une infinie lenteur.

Fort heureusement, cette fatigue-là, cette asthénie, a disparu. Demeure l'épuisement du corps, qui tarde à retrouver de sa superbe. On dirait que je reviens d'un voyage au bout du monde, que j'ai traversé un nombre incalculable de fuseaux horaires, que mon organisme a connu tellement d'avanies qu'il ressemble à la carcasse d'un navire de guerre criblé de balles. Il n'avance plus, ou alors seulement par à-coups, comme le moteur d'une voiture restée trop longtemps à quai.

La canicule oblige le corps à puiser dans ses réserves. Elle constitue une bataille de tous les instants dans laquelle toutes nos forces sont mobilisées pour combattre ses effets et quand, enfin, elle recule, elle laisse derrière elle l'image d'une terre désolée, aride au possible. Plus rien ne pousse, et le corps se retrouve comme noué, si sec qu'il lui faut des jours et des jours pour renouer avec la lumière même de l'existence.

Nous sommes en convalescence. Ni malades ni complètement rétablis, nous sentons nos forces renaître, mais avec une infinie lenteur. C'est comme un lendemain de fête, quand nous avons trop abusé de la boisson. Tout se meut lentement, la tête a des élancements douloureux, le cœur, des étranglements répétés, on se sent vide, absent, presque mort, un brin honteux, aussi.

Mais déjà, alors qu'on peine à se remettre d'aplomb, l'annonce d'une prochaine canicule nous plonge dans les affres du désespoir. Le souvenir des nuits oppressantes est encore bien présent, ces longues heures passées à attendre une délivrance qui n'arrivait jamais. Et à l'idée de les revivre, on se sent comme un soldat qui doit interrompre ses jours de permission pour retourner au plus vite au combat. Il n'est pas prêt, c'est tout juste s'il vient d'arriver, mais la guerre n'attend pas, elle le convoque, il s'en retourne sur le champ de bataille le cœur encore plus lourd qu'au premier jour du conflit. C'est que maintenant il sait l'horreur de la guerre, il l'a vécue dans sa chair, pour rien au monde, il ne voudrait y participer encore.

La Terre ne se réchauffe pas. Elle brûle et nous avec. Que vienne l'Apocalypse, le jour du Jugement dernier et qu'on en finisse.

On n'a même pas eu le temps de réfléchir à l'achat d'un climatiseur. On se revoit dans son salon, ombre suffocante de chaleur. On aimerait fuir, mais pour aller où? La panique arrive, on compte les jours avant son arrivée. Ce sera vendredi, peut-être samedi… Demain, quoi. On n'est pas prêt, pas prêt du tout. L'été est là, mais il n'a rien de la clémence d'autrefois; il avance, menaçant, porteur de misère et de souffrances.

La canicule, c'est le mariage de la tragédie grecque avec les aléas du climat. Quelque chose va se passer, mais quoi exactement? Sera-t-elle aussi forte que la précédente? Quelle sera sa durée? Et si elle ne devait jamais finir, si l'été devait les voir succéder l'une après l'autre, à quels efforts le corps peut-il consentir avant de s'écrouler pour de bon? La Terre ne se réchauffe pas. Elle brûle et nous avec. Que vienne l'Apocalypse, le jour du Jugement dernier et qu'on en finisse.
Vite, un hôpital psychiatrique avec une chambre climatisée, je serais le plus heureux des hommes!

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