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Les leçons de la démolition de l’église Saint-Gérard-Majella

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L’église Saint-Gérard-Majella est l’un de ces « biens inestimables et irremplaçables », dont le vérificateur général du Québec enjoignait de prendre soin dans son rapport de 2020. Le conseil municipal de Saint-Jean-sur-Richelieu a approuvé sa démolition après 12 ans de tergiversations sur son avenir. Comment en sommes-nous arrivés là ?

La valeur patrimoniale de Saint-Gérard-Majella, bénie en 1962, découle pour une large part de l’appréciation experte. Dès 1964, l’édifice est lauréat d’une prestigieuse médaille Massey. Dans la liste des lieux de culte du Québec, il est cotée « incontournable (A) ».

Ce lieu de culte était aussi apprécié des fidèles. Quand la fabrique ferme l’église en octobre 2014, elle est la plus fréquentée de la paroisse et la plus populaire après la cathédrale Saint-Jean-l’Évangéliste pour la célébration de funérailles.

Mais il semble que ces éléments aient peu joué dans la décision ; en grande difficulté financière, la fabrique est effrayée par le coût de la réfection de l’église. Elle accepte ainsi l’offre du promoteur constructeur Réjean Roy et de ses associés, qui s’engagent à la démolir. En octobre 2015, ils l’achètent au prix de l’évaluation du terrain pour développer un ensemble locatif de 104 appartements. L’église est désacralisée en décembre 2015.

Par ailleurs, la Ville engage le processus de changement de zonage afin de permettre du logement multifamilial dans un secteur de maisons individuelles. Le 28 octobre 2015, elle organise une première séance d’information où la présentation du promoteur soulève des réticences parmi la cinquantaine de citoyens présents.

Le milieu du patrimoine s’inquiète. En 2015, Docomomo Québec alerte le maire. En septembre 2016, en collaboration avec le Conseil du patrimoine religieux du Québec, Action patrimoine organise une séance d’information à Saint-Jean-sur-Richelieu qui convainc.

L’église Saint-Gérard-Majella est sauvée : le promoteur constructeur la conserve espérant pouvoir bénéficier de la subvention gouvernementale à la restauration ; la Ville ne mène pas le changement de zonage à terme ; le projet est révisé, mais aucune solution de rechange ne satisfait le ministre de la Culture, qui refuse par ailleurs de classer l’église en juillet 2018.

Dès lors, changement de stratégie : une procédure de « projet particulier de construction, de modification et d’occupation d’un immeuble » est engagée afin de faire approuver le projet qui déroge au zonage ; le clocher et le presbytère sont démolis afin d’ériger un ensemble de 82 logements répartis dans trois immeubles et aménagés dans le cœur, la nef étant vouée à un usage communautaire. En juin 2019, le projet est approuvé lors du scrutin référendaire.

Le chantier débute en 2020, de même que la quête d’un usage. En octobre, les propriétaires répondent à l’appel de propositions lancé par la Ville pour un boulodrome intérieur. En avril 2022, c’est une église désacralisée cotée D qui est choisie. Mai 2022, le promoteur propose d’aménager une bibliothèque dans la nef ; la presse n’informe d’aucune autre proposition d’usage. En principe, un comité tripartite avait été formé à cette fin, mais il n’y a aura aucun écho de ses travaux dans les journaux.

À l’automne 2024, le promoteur introduit une demande de démolition. Le 16 juin 2025, le comité sur les demandes de démolition de la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu la refuse, décision qui est contestée auprès de la Cour supérieure.

Ce litige sera réglé hors cours par le nouveau maire, en vertu d’une entente qui profite des pouvoirs exceptionnels conférés aux municipalités par l’ex-projet de loi 31, qui permet notamment à Saint-Jean-sur-Richelieu d’autoriser des projets multilogements sur son territoire sans tenir compte de sa propre réglementation d’urbanisme. Un immeuble de 32 logements remplace l’église Saint-Gérard-Majella.

Des leçons à tirer

Que retenir de cette saga ? Que le cas était miné dès le départ, la paroisse ayant vendu l’église dans l’urgence au plus offrant, un promoteur constructeur qui s’engageait à la démolir à ses frais.

Que les actions des groupes en patrimoine, si elles peuvent enrayer un tel processus, sont souvent trop ponctuelles pour pouvoir changer la donne, leur engagement et leur compétence étant de plus uniquement de nature culturelle.

Que le rôle des municipalités est crucial : Saint-Jean-sur-Richelieu ne s’est pas pleinement investi dans la sauvegarde, répétant ne pas vouloir financer la restauration. Si le conseil municipal a voté la citation du sanctuaire en juillet 2017, il s’est rapidement rétracté, préférant demander son classement au ministre.

Que si le ministère de la Culture a été saisi du dossier, son implication fut elle aussi ponctuelle, se prononçant sur le projet révisé avec la collaboration du Conseil du patrimoine religieux du Québec, à la suite du plaidoyer d’Action patrimoine, sans pour autant arriver à une solution satisfaisante. En juillet 2018, le classement est refusé.

Des cas similaires

Le destin de Saint-Gérard-Majella est à rapprocher de ceux d’autres édifices modernes d’intérêt patrimonial voués à la démolition, comme le Collège de Saint-Damien et l’église Sainte-Germaine-Cousin, finalement réhabilitée.

Impliqué dans la sauvegarde du collège, Docomomo Québec a été étonné du rôle de simple observateur du ministère de la Culture, interpellé dès 2022, voire ici de son double jeu lié à ses mandats de protecteur du patrimoine et de soutien aux équipements culturels, sans chercher à les concilier. Il finançait les efforts de relocalisation de la Maison de la culture de Bellechasse, l’un de ses principaux occupants, qui utilisait la chapelle comme salle de spectacle. Un tel manque de soutien est-il lié au désintérêt de la municipalité ?

L’église Sainte-Germaine-Cousin fut reconvertie grâce à l’implication ingénieuse d’une entreprise d’économie sociale secondée par de généreux professionnels. Aujourd’hui, sa nef est la propriété d’un centre de la petite enfance et de la Corporation Marbourg, qui gère de plus le nouvel immeuble de 126 logements abordables adjacent.

En 2016, les nouveaux propriétaires de l’église Saint-Gérard-Majella ont été confrontés à une situation inattendue : sa conservation patrimoniale. Un tel projet exige des compétences et une sensibilité particulière. Or, Construction Réjean Roy est reconnu localement pour ses ensembles résidentiels neufs.

L’église Sainte-Marguerite-de-Blairfindie, dont la fabrique envisageait aussi la fermeture en 2014, a connu un sort plus heureux grâce à la mobilisation citoyenne. Mais elle date du début du XIXe siècle et est classée.

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