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Les JO de 1976, là où tout a commencé pour les Fournel

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Émilie et Hugues Fournel n’étaient pas encore nés lorsque leur père, Jean, a participé aux Jeux olympiques de Montréal. Pourtant, ce sont ces Jeux, tenus il y a 50 ans, qui ont permis de tracer leur destinée.

Les Jeux de Montréal évoquent beaucoup de choses pour moi. C'est un espace familial, c'est une bulle familiale quand même assez spéciale. Je suis qui je suis aujourd'hui en partie grâce à ces Jeux, lance d’emblée Hugues.

Son père, Jean Fournel, a été un personnage important dans la communauté lachinoise et dans le paysage du canoë-kayak au Québec. Il a, à sa façon, fait partie de l’histoire en représentant le Canada aux Jeux olympiques de Montréal.

Mon père, c'était un super héros. Il était olympien, il était pompier, il était impliqué dans 1001 trucs, souligne Émilie.

Pour un petit gars, ses héros vont être Hulk ou Spider-Man. Mais, pour moi, c’était mon père. J’ai grandi avec la vision selon laquelle tous les olympiens sont des héros, renchérit son frère.

En 1997, Jean Fournel est décédé à l’âge de 40 ans d’une leucémie. Émilie avait alors 11 ans et son frère, 9.

Ils ont bien sûr des souvenirs de leur père et ont toujours su ce qu’il avait accompli, mais sans réellement en comprendre l'ampleur.

Les Jeux olympiques, je savais qu'il les avait faits, mais c'était quelque chose qui n’était pas concret. C'était quelque chose qui était de nature un peu surhumaine, avoue Émilie.

Les jeunes Fournel étaient très sportifs. Le kayak faisait partie de leurs passions, sans plus. Jamais leurs parents ne les ont forcés à suivre leurs traces. Leur mère, elle-même ancienne kayakiste de haut niveau, s’est assurée de garder la mémoire de Jean bien vivante, mais sans jamais imposer quoi que ce soit à ses enfants.

Émilie pratiquait avec assiduité la gymnastique lorsque son père est mort. Le sport est alors devenu un refuge. La discipline et le cadre avaient pour elle quelque chose de sécurisant. Tranquillement, elle s’est tournée vers le canoë-kayak et n’en a plus jamais changé.

Elles se tiennent par les épaules et sourient.

Andréanne Langlois, Émilie Fournel, Genevieve Orton et KC Fraser

Photo : Getty Images / Damien Meyer

Je pense que la piqûre pour le canoë est venue de la communauté. Je passais mes étés là et j’ai compris que ce lien allait rester toute ma vie. C’était mon lien familial.

Pour Hugues, la situation était tout autre. Pendant que sa sœur rêvait déjà aux Jeux olympiques, il passait ses journées au parc de planche à roulettes à s’amuser.

Notre personnalité était différente. J'étais une petite gymnaste, donc la discipline faisait partie de moi. J’avais 11 ans quand c’est arrivé et quand j’étais dans le gymnase, j’avais un cadre. Même quand on skiait, je suivais la piste pendant que mon frère était dans le bois, se remémore Émilie.

Je me disais que je n’irais jamais aux Jeux olympiques parce que je ne faisais pas partie de ces héros, comme mon père. Ma sœur, peut-être trois ans après la perte de notre père, a dit qu'elle voulait aller aux Jeux olympiques comme lui. Pour moi, c'était inatteignable, soutient Hugues.

Pourtant, tout le ramenait à son père et à son parcours, en commençant par son physique.

Quand je me promenais dans la rue dans ma communauté, on m’arrêtait pour me demander si j’étais le fils à Jean. Chaque fois, ça menait à des histoires incroyables sur mon père, sur l’homme qu’il était. Aux yeux de l’enfant que j’étais, jamais je n'aurais pu lui arriver à la cheville, confie-t-il.

J’étais fier d'être un Fournel, d'être le fils de mon père. Mais jamais je n'aurais pu imaginer à cette époque que j'aurais pu moi aussi devenir ce genre de personne. Jamais.

L’ascension d’Émilie a été fulgurante. Son objectif était clair : elle voulait participer aux Jeux olympiques de Pékin, en 2008. Alors qu’elle s’entraînait pour atteindre son but, son frère et elle ont découvert une boîte chez leur grand-mère.

Photo en noir et blanc de quatre kayakistes qui s'approchent d'un quai à la fin d'une course.

Jean Fournel, deuxième dans le bateau, a participé aux Jeux olympiques de Montréal.

Photo : Radio-Canada

À l’intérieur, il y avait le journal de mon père dans lequel il écrivait ses entraînements de 1974 et 1975. Sur le dessus du journal, il y avait un collant où il était écrit : "Mission 76", avec une fleur de lys. J’avais 18 ou 19 ans et je m’entraînais pour mes premiers Jeux. J’y pense et j’ai encore des frissons.

Mon père ne nous a pas vus devenir athlètes de haute performance. De pouvoir lire son journal, de voir ce qu’il mangeait, comment il s'entraînait... Parfois, il chialait contre ma grand-mère, c’était parfois difficile, il ne faisait pas beau dehors, mais il y allait quand même. C'est le plus près d'un conseil de mon père que j'aurais pu avoir. C’était comme un scénario de film.

Et le scénario a continué de s’écrire au bassin olympique, au parc Jean-Drapeau, là où Jean Fournel avait compétitionné en 1976.

Émilie participait aux qualifications olympiques continentales qui se tenaient, pour une rare fois, à Montréal. L’enjeu était grand. Si elle gagnait, elle se qualifiait pour les JO. Sinon, on se donnait rendez-vous dans quatre ans.

Ce qui devait arriver arriva.

En passant la ligne d’arrivée, en pagayant jusqu’au quai, j’ai vu les gens sur le côté. Ils avaient les larmes aux yeux. C’est là que ça m’a frappée. C’est un moment dont je vais me souvenir toute ma vie. Le bassin olympique, pour moi, c’est vraiment un endroit spécial. C’est un endroit inspirant où je me suis entraînée, où j’ai vécu des choses extraordinaires, mais qui relie aussi des souvenirs et des parcours, sur 50 ans d’histoire, raconte Émilie.

Quand elle a croisé la ligne, j'étais à côté de ma mère. À ce moment, j’ai eu un moment d'émotion extraordinaire. Oui, on célébrait, mais c’est là que j’ai eu un déclic. Ma sœur m’a prouvé, en gagnant la course, que l’impossible était possible. Ça a changé ma vie, littéralement, mentionne Hugues avec assurance.

Ce dernier devait faire le tour de l’Asie avec sa mère, pour conclure son périple en Chine afin de voir sa sœur compétitionner à ses premiers Jeux. Mais son plan a changé. Il voulait dorénavant se qualifier pour faire partie de l’équipe nationale de développement à la fin de l’été.

J’ai dit à ma mère que je voulais aller aux Jeux olympiques, comme Émilie, dans quatre ans. Je suis resté à la maison. Je me suis concentré avec Frank Gomez. Je lui ai dit mon plan, je me suis entraîné tout l’été. Et là, je suis devenu discipliné et j’ai vécu les Jeux olympiques avec ma sœur, en 2012. 

Des athlètes reprennent leur souffle après une course de kayak.

Hugues Fournel et Ryan Cochrane, du Canada, après leur course de K2 lors des Jeux olympiques de Londres, en 2012.

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Émilie et Hugues n’ont peut-être pas vu leur père participer aux Jeux olympiques, mais les souvenirs sont bien réels. Il y a le matériel, mais aussi cette inspiration qui les a suivis tout au long de leur carrière.

Il y a la camisole que mon père a portée en 1976 dans sa course. Je l'ai tellement portée souvent sous mon maillot pendant mes compétitions, et même aux Olympiques. Ça me permettait de me sentir proche de lui. Est-ce que ça a fait une différence sur ma performance? J'aime croire que oui, pourquoi pas, lance Hugues.

On a vite compris que les souvenirs, ils vivent ailleurs, ils vivent dans notre tête, puis dans les expériences qu'on a vécues, ajoute sa sœur. Est-ce qu'on les embellit, ces souvenirs? On a changé des trucs qui étaient dramatiques, qui étaient tristes, en quelque chose de positif.

Aujourd’hui, ils tentent de transmettre les valeurs reçues de leurs parents à leurs propres enfants. Ces derniers vont-ils suivre la tradition familiale et, un jour, participer eux-mêmes aux Jeux olympiques?

Nos enfants voient à quel point les Olympiques, pour nous, c'est important, reconnaît Hugues. Ils comprennent que chaque fois qu'on en parle, il y a quelque chose qui les lie nécessairement à ces anneaux olympiques.

Tu as le droit d'avoir des rêves qui sont immenses, tu as le droit d'essayer et, si ça ne fonctionne pas, ce n’est pas grave et ça va t’amener autre chose, dit Émilie.

Même 50 ans plus tard, la participation de leur père aux Jeux olympiques éveille une étincelle en eux. Ils demeurent persuadés que c’est là que tout a commencé.

Pour moi, ça vient chercher des émotions qui sont très profondes. Je veux croire que le fait qu’Émilie soit allée aux Jeux, le fait que je sois allé aux Jeux, c'est parce que notre père y est allé en 1976.

Mon père est décédé depuis plusieurs décennies, mais encore aujourd’hui, c’est lui, mon héros.

Avec les informations de Martin Labrosse

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