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Le nombre de moins de 25 ans qui sont entrés sur le marché du travail a reculé de près de 18,84 % en premier trimestre 2026, par rapport à l'an dernier, selon des chiffres du spécialiste en ressources humaines Acerta.
D'après des données de Securex cette fois, si au cours du premier semestre 2026, le flux entrant des employés est passé de 10,3 % à 9,6 %, ce recul a été le plus marqué chez les plus jeunes. Ainsi parmi tous les employés entrés en service au cours du premier semestre 2026, 14,1 % avaient moins de 25 ans, contre 16,4 % un an plus tôt.
Tous les secteurs touchés
Plusieurs éléments peuvent expliquer ces chiffres, comme un environnement international incertain ou un contexte économique difficile, les jeunes étant les premiers à être touchés en cas de ralentissement des recrutements.
Je vois de plus en plus de clients qui se posent la question : la tâche pour laquelle je recrute est-elle automatisable ? Si c'est oui à 51 %, ils ne recrutent pas."
Un autre élément peut être avancé : la réalisation par l'intelligence artificielle (IA) des tâches habituellement effectuées par des jeunes diplômés.
Les jeunes de moins de 25 ans ont de plus en plus de mal à décrocher un premier emploi : voici les chiffres"Je vois de plus en plus de clients qui se posent la question : la tâche pour laquelle je recrute est-elle automatisable ? Si c'est oui à 51 %, ils ne recrutent pas. Cela peut se comprendre : l'IA coûte moins cher, ne tombe pas malade,…", évoque Vincenzo Carrabs, directeur au cabinet de recrutement Michael Page et auteur de l'ouvrage Le recrutement sous dictature artificielle (1).
La problématique touche tous les secteurs (finance, marketing, RH,… ) et toutes les personnes qui ont un travail dit intellectuel : préparation de rapports, création de publicités pour les réseaux sociaux, reporting, relecture de contrat, analyse documentaire,…
"Si tous les travailleurs sont concernés, les jeunes le sont particulièrement car ils n'ont pas d'expérience", poursuit Vincenzo Carrabs, qui ajoute : "Désormais, ils ne sont plus uniquement en compétition avec ceux de leur promo et d'autres écoles mais aussi avec un outil capable de faire une partie des tâches qui leur sont confiées en général."
Une question de filière
Mais il est question là souvent d'une partie des tâches. Pas de quoi créer un vent de panique chez les jeunes apparemment. "On parle beaucoup de l'IA dans l'auditoire mais sans que cela nous inquiète vraiment, raconte Henri, en dernière année d'ingénieur. Mes amis qui ont terminé ont trouvé du boulot, même si cela a peut-être pris plus de temps. Mais j'en vois certains dans d'autres filières, en marketing ou en finance par exemple, qui se disent qu'il n'y a plus d'intérêt à travailler dans ces secteurs à cause de l'IA et qui se lancent dans des formations menant à métiers plus manuels."
L'IA reste un outil qui permet d'aller plus vite, mais le métier d'avocat ne pourra pas être remplacé."
"Je crois que, pour les juristes, l'impact de l'IA sera plus important dans certains domaines du droit, comme la rédaction de contrats, de baux,…, estime Carla qui vient de commencer le barreau. Mais pas dans des domaines comme le droit pénal où il faut plaider. En tant que stagiaire, j'effectue un tas de tâches qui ne pourront pas être remplacées par un robot, comme, simplement, se présenter devant le juge."
Comment l'intelligence artificielle redéfinit le processus d'orientation des jeunes : "Les grands domaines qui ont toujours attiré attirent toujours""L'IA reste un outil qui permet d'aller plus vite, mais le métier d'avocat ne pourra pas être remplacé, poursuit la jeune fille. Mais c'est vrai que j'ai pas mal d'amis qui cherchent du boulot, dans le marketing notamment, et qui ne trouvent pas. Mais est-ce lié à l'IA ?"
"Démocratiser l'accès à l'expertise"
Seuls 28 % des dirigeants estiment que le recours à l'IA réduira réellement les besoins en personnel au sein des organisations, selon le Global Workforce Report 2026 de Workday, la plateforme d'IA dédiée aux RH, à la finance et à l'informatique. Quelque 40 % des dirigeants pensent que l'IA permettra avant tout aux salariés de gagner en productivité et de travailler plus efficacement.
L'IA ne rend pas les jeunes diplômés moins utiles. Elle change leur point de départ."
"L'IA ne rend pas les jeunes diplômés moins utiles. Elle change leur point de départ, avance Isabel Carrion, Chief People Officer ING Belgium. Elle peut démocratiser l'accès à l'expertise et permettre à un junior d'aborder plus vite des tâches complexes, à condition qu'il bénéficie d'un accompagnement. Le jugement, l'esprit critique, la responsabilité et l'empathie restent humains, quel que soit l'âge. La bonne question n'est pas : 'Comment concurrencer l'IA ?', mais : 'Comment travailler intelligemment et de manière responsable avec elle ?'"
Apprendre sur le terrain
S'il n'est pas contre l'IA, ce qui inquiète Vincenzo Carrabs c'est le fait que le recours à l'IA risque d'éliminer une partie des tâches qui permettent aux jeunes d'apprendre le métier.
On ne peut pas confier à l'IA les tâches par lesquelles on apprenait à penser, à juger, à contredire…"
"On va perdre des compétences. Quand une entreprise engage un jeune, c'est un pari sur l'avenir. Ces jeunes sont les futurs managers et leaders", estime-t-il. Et de mettre en avant les compétences qui ne sont pas automatisables mais qui s'apprennent sur le terrain : relations clients, négociations, jugement, intelligence émotionnelle et situationnelle… "Toutes ces choses, les jeunes ne les ont pas forcément. Elles s'acquièrent sur le terrain, en ayant vécu certaines situations notamment. Mais si on ôte les tâches qui permettent de les apprendre, cela pose problème. Comment un jeune peut-il dire que l'outil lui donne la bonne réponse s'il n'a pas vécu avant. Il ne doit pas se dire trop vite : 'Si l'IA l'a dit, c'est que c'est vrai'. Il ne faut pas déléguer le jugement. On ne peut pas confier à l'IA les tâches par lesquelles on apprenait à penser, à juger, à contredire…"
Les jeunes hautement qualifiés peinent à trouver un emploiPour ce recruteur, entreprises, enseignement et politiques ont un rôle à jouer. "Ils doivent travailler ensemble car on est face à l'une des plus grandes transformations que la société ait connue. Sans cela on risque de connaître une pénurie de talents dans quelques années." Vincenzo Carrabs propose notamment de développer les stages pendant les années de master pour que les jeunes puissent découvrir un métier, acquérir des compétences relationnelles, se confronter au terrain, avoir une vision globale du monde de l'entreprise…
L'enjeu des prochains années sera de réinventer l'apprentissage en entreprise."
"En interne, on peut prévoit des programmes de mentoring, de coaching, de shadowing – où le junior suit un senior une journée pour voir toutes les tâches que ce dernier réalise. L'enjeu des prochaines années sera de réinventer l'apprentissage en entreprise. Il faut mieux former les jeunes au discernement, à la créativité, à l'esprit critique. L'humain doit rester la priorité pour l'entreprise et les pouvoirs publics."
(1) "Le recrutement sous dictature artificielle", Vincenzo Carrabs, Editions Chronica, 160 pages, octobre 2026.
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