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Alors que le service d’obstétrique de Lac-Mégantic doit reprendre ses activités cet automne après une fermeture d’environ un an, les difficultés vécues dans Le Granit sont loin d’être un cas isolé. Le manque de personnel spécialisé fragilise désormais les services de maternité dans plusieurs régions du Québec, prévient le président de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec (AOGQ), le Dr Dominique Tremblay.
Selon lui, le problème est connu depuis une vingtaine d’années, particulièrement en ce qui concerne le recrutement et la rétention des infirmières spécialisées en périnatalité.
Cela ne s’est pas amélioré du tout avec le temps. On ne peut pas demander à une infirmière d’offrir des soins spécialisés sans formation et sans temps. Actuellement, ce n’est pas très attrayant, a affirmé le Dr Tremblay en entrevue à Par ici l’info.
Les horaires atypiques, les urgences et le stress associé aux accouchements compliquent notamment le recrutement.
La situation est particulièrement délicate dans les plus petits centres, où le nombre d’accouchements est moins élevé. Les infirmières doivent souvent travailler dans plusieurs unités, ce qui peut rendre plus difficile le maintien de leur expertise en obstétrique.
On demande aux gens d’être extrêmement polyvalents, mais en maintenant des expertises d'un peu tout. Cela devient difficile pour ces personnes-là de maintenir leur expertise dans le domaine, explique le Dr Tremblay.
Le manque de gynécologues s’ajoute au problème
À cette pénurie d’infirmières s'ajoute maintenant un autre problème qui préoccupe particulièrement l’AOGQ, soit le manque de gynécologues-obstétriciens.
On commence à avoir des interruptions de services par manque de gynécologues, souligne le Dr Tremblay. Il cite notamment le cas de Saint-Eustache pour montrer que les difficultés ne touchent plus seulement les régions éloignées. Maintenant, on en a en région urbaine. Et cela, c’est particulièrement inquiétant.
Selon le président de l’AOGQ, il manquerait plus d’une cinquantaine de gynécologues au Québec pour notamment compenser les départs à la retraite.
Il attribue en partie cette situation aux réductions du nombre de postes de formation en spécialité au cours des dernières années. Même si le nombre de postes a depuis été augmenté, les effets ne peuvent pas être immédiats.
Cela prend quand même 10 ans pour former un gynécologue-obstétricien, rappelle-t-il.
L’Association estime d’ailleurs que les prévisions du ministère de la Santé demeurent insuffisantes pour répondre aux besoins des prochaines années.
Revoir l’organisation des services
Devant le manque de ressources, le Dr Tremblay croit qu’une réorganisation des soins de maternité au Québec est devenue nécessaire.
C’est évident qu’on n’a pas assez de ressources pour tout offrir. Il va falloir qu’on se rassoie et qu’on revoie l’offre de service, soutient-il.
Le recours à des équipes volantes peut permettre de répondre temporairement aux pénuries, mais ne constitue pas une solution durable, selon lui.
Prévoir des gens mobiles venant de l’extérieur, ce n’est jamais la bonne solution [...]. La meilleure solution, c’est d’avoir des équipes solides sur place.
Le médecin rappelle que des recommandations visant une réorganisation des services ont déjà été formulées au cours des dernières années. Il faut qu’il y ait une réorganisation qui ne soit pas tablettée, mais mise en action, insiste-t-il.
Réduire l’incertitude pour les femmes enceintes
À Lac-Mégantic, la fermeture temporaire du service d’obstétrique avait suscité une importante mobilisation dans la communauté. Le service, interrompu en octobre dernier en raison d’un manque de personnel, doit rouvrir cet automne.
Pour le Dr Tremblay, au-delà des déplacements parfois nécessaires pour accoucher, l’un des principaux problèmes pour les patientes demeure l’incertitude entourant la disponibilité des services.
À partir du moment où l’on sait qu’un centre ne fonctionne pas et qu’il faut se déplacer, c’est moins mauvais que de l’apprendre deux jours avant ou de ne pas savoir si ce sera fermé une fin de semaine sur deux, explique-t-il.
Il estime donc que le réseau doit d’abord stabiliser les services et établir des mécanismes prévisibles pour les patientes.
L’incertitude est la première chose qu’il faut régler. Il faut stabiliser et mettre des mécanismes clairs pour tout le monde.


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