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Alors que les lignes de front en Ukraine s'enlisent, sans véritable avancée majeure, la question n'est plus vraiment de savoir qui vaincra militairement, mais plutôt quel système s'effondrera en premier. Et à ce petit jeu-là, le président russe Vladimir Poutine a du souci à se faire.
Il est toujours difficile d'observer les bouleversements à l'œuvre dans la société russe, tant elle est cloisonnée. On scrute souvent une potentielle rupture avec les élites, une chute de popularité ou une dégradation du climat social, pour l'instant plutôt résilient. Un autre indicateur, souvent oublié, nous montre pourtant clairement que quelque chose est en train de se passer: l'érosion de la discipline budgétaire.
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Pendant près de vingt ans, la rigueur budgétaire a été l'un des plus grands atouts du Kremlin, explique le Financial Times. Une discipline économique qui lui a longtemps permis d'avoir une dette faible, un budget équilibré et un fonds souverain. De quoi se montrer résilient face aux sanctions et à cette guerre d'un autre âge dans laquelle Poutine l'a lancé… jusqu'à aujourd'hui.
Les chiffres actuels ne sont pas bons pour Poutine: fin mai, le déficit fédéral atteignait 6.000 milliards de roubles (73 milliards d'euros environ), soit 2,6% du PIB. Le double du niveau de l'année précédente. Pire, cela dépasse déjà les quelque 3.800 milliards de roubles prévus pour couvrir l'ensemble de l'année 2026. La partie liquide du fonds souverain russe, quant à elle, a été réduite à environ 3.400 milliards de roubles, bien moins qu'avant-guerre. La taxe sur la valeur ajoutée a été relevée.
Redéfinition des règles budgétaires
Alors que les indicateurs économiques partent dans tous les sens, le ministre des Finances, Anton Siluanov, a averti que l'armée et les services de sécurité pourraient avoir besoin de… 2.000 milliards de roubles supplémentaires (22,7 millions d'euros environ) cette année! Pourquoi? Principalement pour payer les familles de soldats russes tués, qui reçoivent chacune un versement fédéral de 14,2 millions de roubles (160.000 euros environ). Jusqu'à 4 millions de roubles (45.400 euros environ) sont également versés aux blessés. Les morts pèsent dans les esprits, mais aussi sur les finances.
Résultat, l'autocratie est obligée de redéfinir les règles budgétaires, faisant une croix sur sa traditionnelle discipline budgétaire. En 72 heures, le Parlement russe vient d'autoriser le ministère des Finances à augmenter les dépenses et à emprunter au-delà du plafond légal de la dette. Le tout sans révision formelle du budget, ni même validation parlementaire. Cette coûteuse guerre serait de plus en plus financée par des prélèvements discrets sur la population et par la suspension des lois de l'État, relève le média américain.
Pire, tout le système Poutine est gangrené par un raisonnement: celui d'éviter d'intégrer formellement les coûts de la guerre au budget. Pour ne pas reconnaître un quelconque risque militaire lié aux frappes de drones ukrainiens, le Kremlin refuse de participer aux coûts de la défense aérienne de ses entreprises. Au total, ces dernières ont dépensé plus d'un milliard de dollars (876 millions d'euros environ) pour se défendre, sans pouvoir déduire ces dépenses de leurs impôts.
Alors que la facture de la guerre s'alourdit, les consommateurs russes commencent à en subir clairement les conséquences, avec notamment une inflation qui ne cesse d'augmenter, plongeant le pays dans un déclin qui semble désormais inévitable.





























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