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Quand Michel Rivard nous rejoint dans la salle Michelle-Rossignol, évidemment comble en ce mercredi de première médiatique du spectacle de théâtre musical intitulé Après, on va où ?, son petit groupe d’accompagnement prend place discrètement, pour ainsi dire dans la pénombre. On discerne à peine leur panoplie d’instruments, et c’est tout juste si l’on reconnaît Blanche Baillargeon, François Richard et Guillaume Bourque. Plus notable est la scénographie de Marie-Thérèse Fortin, économe autant qu’idoine. En gros, trois morceaux. À l’avant, un grand arbre, où sont accrochées des guitares. Au fond, un babillard géant qui sert aussi d’écran et de fenêtre. Au milieu, un double banc de parc, qui sera au besoin banquette de salle d’attente d’hôpital ou cercueil.
Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, il y a tout ce qu’il faut pour le grand Flybin : de quoi soutenir un propos et un répertoire. Michel Rivard est là pour incarner son album Après, on va où ?, non seulement interpréter les chansons, remarquables en soi, mais les habiller de monologues, de réflexions, en donner pour chacune le contexte. Il est question de ce que vieillir veut dire, de trous de mémoire (démonstration en pleine chanson, juste avant la fin de L’homme qui me ressemble), du « temps qui rapetisse ». Un hommage est rendu à la brièveté magnifique du magnolia, puis l’horreur du monde se colore du rouge des falaises qui s’effritent : « Je rouvre le journal et tout est à recommencer… »
Tristesse et rigolade
De quoi être saisi de tristesse. De quoi rigoler tout autant. C’est tout l’art de Rivard. De façon récurrente, on se trouve avec lui dans une salle d’attente (antichambre de la mort ?), où des extraits de musique d’ascenseur remplissent l’espace et exaspèrent l’artiste : juste assez pour identifier des enregistrements de versions instrumentales pataudes des Tout simplement jaloux, Je voudrais voir la mer, et même La complainte du phoque en Alaska (sic). Un autre segment concernera la recherche d’une urne : la lecture d’un catalogue est éloquente.
Mais notre Michel donne la plus belle part à ce qui importe vraiment dans la vie : en introduction à la merveilleuse Les gens que j’aime, il décrira sans les nommer les femmes de sa vie. Il évoquera la peine indicible de la mort d’un petit-neveu. Et puis posera les grandes questions : qu’en est-il de l’existence de Dieu ? Qu’est-ce que le néant ? Qu’est-ce que l’éternité après la mort ? Les réponses en sont et n’en sont pas, on a le cœur gros autant qu’on s’esclaffe. Les questions sont fertiles et les réponses florissantes : à la fin, il reste la chanson-titre qui est l’une de ses plus belles… à vie. Laquelle se poursuit : la tournée durera au moins un an. Comme pour L’origine de mes espèces, disque-spectacle de 2019, ce véritable parcours du destin de l’espèce humaine façon Rivard exigera des prolongations.


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