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Les États-Unis ont perdu le contact avec un satellite de 31 kg en 1967 : ce qui l’a réveillé un demi-siècle plus tard ne venait pas du sol

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Un satellite militaire américain, resté muet pendant quarante-cinq ans, a soudainement recommencé à émettre en pleine campagne anglaise. Personne n’a appuyé sur un bouton. Aucun ingénieur de la NASA ni de l’US Air Force n’a réactivé quoi que ce soit depuis un centre de contrôle. Le signal qui a mis fin à ce silence record est venu de l’engin lui-même, tumbant seul dans une orbite basse depuis 1965, oublié de presque tout le monde sauf de quelques passionnés de radio amateur.

L’histoire commence avec le lancement par l’armée de l’air américaine le 11 février 1965, qui a marqué l’usage actif de la bande X (7 à 11,2 GHz) pour desservir des centaines d’utilisateurs. Baptisé LES-1 (Lincoln Experimental Satellite 1), ce petit engin de 31 kilos n’était pas un satellite ordinaire : il inaugurait une conception pensée pour utiliser les stations sol SHF du projet West Ford, un programme de communications militaires piloté par le laboratoire Lincoln du MIT. Sur le papier, tout était prometteur. Dans les faits, la mission a tourné au fiasco presque immédiat.

À retenir

  • Un satellite tombé en 1967 émet soudain après 45 ans de silence total
  • Le signal détecté en Angleterre provient d’une source complètement autonome
  • Les scientifiques du MIT ignorent encore pourquoi cet engin s’est réveillé

Sommaire

  1. Un raté technique qui condamne la mission dès le premier jour
  2. Quarante-cinq ans de silence, puis un signal fantôme
  3. Pourquoi ce satellite mort s’est-il remis à parler ?

Un raté technique qui condamne la mission dès le premier jour

LES-1 n’est jamais parvenu à quitter son orbite circulaire moyenne d’origine à cause d’une défaillance du moteur d’appoint embarqué, et la mise en rotation incontrôlée qui en a résulté, combinée à une orbite inadaptée, a rendu le satellite inutilisable pour les expérimentations prévues. En clair : une erreur de câblage dans le circuit pyrotechnique a empêché le second étage de se déclencher correctement. Le satellite s’est retrouvé coincé sur une orbite quasi circulaire à environ 2 800 kilomètres d’altitude, très loin de la trajectoire elliptique visée.

Son jumeau, LES-2, lancé trois mois plus tard, n’a pas connu ce problème. Il a réussi à atteindre son orbite finale quelques mois plus tard, en mai 1965, accomplissant ce que LES-1 n’avait pas pu faire. Ironie du calendrier spatial : le raté et la réussite sont sortis de la même chaîne de montage, à quelques semaines d’écart.

Malgré ce handicap de départ, LES-1 a continué à fonctionner tant bien que mal pendant deux ans. Après quatre mois et demi de fonctionnement dans un environnement de forte radiation, aucun dysfonctionnement significatif de circuit ou de composant n’avait été noté, mais le rendement des cellules solaires se dégradait progressivement avec le temps. L’usure a fini par avoir raison de lui : à cause d’un défaut de câblage du circuit pyrotechnique, le satellite n’a jamais quitté son orbite circulaire et a cessé d’émettre en 1967. Le protocole prévoyait alors l’arrêt en douceur des transmetteurs. LES-1 s’est éteint proprement, comme un appareil qu’on débranche. Personne n’imaginait le revoir un jour.

Quarante-cinq ans de silence, puis un signal fantôme

Le satellite aurait dû rester une simple ligne dans les catalogues d’objets orbitaux, condamné à continuer de tourner silencieusement autour de la Terre pendant des millénaires à mesure que son orbite haute se dégraderait lentement. C’est là que l’histoire bascule dans l’improbable.

En décembre 2012, un radioamateur du nord des Cornouailles, en Angleterre, scrute les ondes ultra-hautes fréquences depuis chez lui. Ses signaux ont été détectés par Phil Williams, indicatif G3YPQ, depuis le North Cornwall, dans le sud-ouest de l’Angleterre, le 18 décembre 2012. Un son étrange, répétitif, capté sur 237 MHz, exactement la fréquence de la liaison descendante UHF de LES-1. Williams n’a rien inventé : il a simplement remarqué un motif qui ne collait avec rien de connu, puis creusé.

La découverte a été confirmée dans les jours suivants par d’autres opérateurs à travers le monde. D’autres membres du groupe Hearsat ont vérifié l’observation, notamment Flávio A. B. Archangelo au Brésil le 22 décembre 2012, puis Matthias Bopp en Allemagne le 27 décembre 2012. Trois continents, trois antennes différentes, le même signal impossible. Ce n’était pas une erreur de mesure.

Pourquoi ce satellite mort s’est-il remis à parler ?

La question reste, aujourd’hui encore, en grande partie sans réponse définitive. « La tension dans les panneaux solaires bondit, et cela peut provoquer le signal fantôme », a expliqué Williams, tout en soulignant qu’il est probable que la batterie du satellite soit entièrement épuisée, ce qui rend mystérieuse la source d’énergie de ces transmissions. L’hypothèse la plus solide : un composant électronique défaillant, vieilli par cinquante ans de radiations et de cycles thermiques extrêmes, se comporterait comme un interrupteur intermittent quand les panneaux solaires captent la lumière directe du soleil.

Le mouvement du satellite ajoute une dimension presque théâtrale au phénomène. Selon Williams, LES-1 a été déterminé comme tumbant avec un taux de rotation d’une fois toutes les quatre secondes, comme le montre l’évanouissement caractéristique des signaux. Le résultat sonore, capté par les radioamateurs, évoque une sorte de pulsation lente et irrégulière, presque organique, un signal qui gonfle et s’éteint au rythme de la culbute de l’engin dans le vide.

Le laboratoire Lincoln du MIT, qui avait conçu l’engin six décennies plus tôt, n’a pas ignoré la nouvelle. L’équipe a mis en place un dispositif d’écoute dédié pour suivre ces émissions sporadiques. Navid Yazdani, responsable du groupe Advanced SATCOM Systems and Operations du laboratoire, a résumé la situation avec une pointe d’admiration professionnelle : « LES-1 est l’un des plus anciens satellites en orbite et fait partie de l’héritage du laboratoire Lincoln en matière de SATCOM, alors le voir encore transmettre après toutes ces années est remarquable ».

Ce n’est pas un cas isolé dans l’histoire spatiale, mais c’est l’un des plus anciens. D’autres sondes ont connu des résurrections tardives, comme le rappelle le cas du satellite d’observation solaire SOHO, qui avait perdu le contact avec la NASA en 1998 avant d’être finalement retrouvé. Mais aucun n’a attendu aussi longtemps que LES-1 pour donner de nouveau signe de vie. Le satellite continue aujourd’hui de tourner, sans danger pour personne, simple débris devenu curiosité scientifique. Et si un jour son signal s’éteint pour de bon, personne ne pourra dire avec certitude s’il s’agit d’une panne finale ou d’une nouvelle sieste de plusieurs décennies.

Sources : drewexmachina.com | twistedsifter.com

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