Le dôme de Runit, sur l’atoll d’Enewetak (îles Marshall), n’est menacé en priorité ni par ses fissures ni par un séisme, mais par l’eau. Celle de l’océan, qui monte, et celle de la nappe, qui s’infiltre sous la structure. D’après le rapport du Département de l’Énergie américain au Congrès (2020) et l’enquête du Los Angeles Times (2019), l’eau de mer et la nappe pénètrent sous le dôme au rythme des marées.
Le fond du cratère n’a jamais reçu le moindre revêtement.
À retenir
- L’eau de mer et la nappe pénètrent sous le dôme de Runit au rythme des marées.
- Le cratère de 1958 n’a reçu aucun revêtement avant d’être rempli de déchets contaminés.
- Runit culmine à environ 2 mètres au-dessus de la mer.
- Des fissures existent sur la coque extérieure, mais Washington juge qu’elles relèvent du vieillissement du béton.
Sommaire
Un cratère de 1958 transformé en décharge atomique
Entre 1946 et 1958, les États-Unis ont mené 67 explosions atmosphériques et sous-marines aux îles Marshall. L’une d’elles, Cactus, un tir de 18 kilotonnes en 1958 sur l’île de Runit, à environ 3 700 km à l’ouest d’Hawaï, a laissé un cratère d’environ 9 mètres de profondeur et 110 mètres de diamètre. De 1977 à 1980, l’armée américaine y a déversé les sols et débris contaminés par 43 essais atomiques, notamment au plutonium. Le volume est estimé à 73 000 m³, soit une trentaine de piscines olympiques.
Environ 4 000 militaires ont participé à ce chantier de trois ans, et certains racontent avoir vidé les bennes de leurs camions directement dans le cratère. Le tout a reçu une calotte de béton de 46 cm d’épaisseur, la hauteur d’une assise de chaise. Selon le rapport de 2020, cette coque extérieure ne porte aucune charge : elle protège le tas de déchets de l’érosion naturelle.
L’ouvrage était pensé comme une solution provisoire, et pour économiser, le cratère n’a pas été garni d’une doublure. Les habitants d’Enewetak, environ 150 personnes déplacées vers l’atoll d’Ujelang en 1947, sont rentrés chez eux en 1980, mais Runit est restée inhabitée.
Une éponge de corail sous 46 centimètres de béton
Le sol d’un atoll, c’est du corail, un matériau poreux. L’eau de mer et la nappe s’y glissent sous le dôme au rythme des marées, ce que décrivent le rapport du Département de l’Énergie de 2020 et l’enquête du Los Angeles Times de 2019. Des travaux scientifiques antérieurs évoquent une communication hydraulique ouverte entre les déchets et l’eau océanique, avec des voies de migration vers la nappe locale et les eaux de la lagune. Les radionucléides percolent ainsi dans les sédiments depuis des décennies.
Runit culmine à environ 2 mètres au-dessus de la mer.
Une étude du Pacific Northwest National Laboratory, remise au Congrès par le Département de l’Énergie en juillet 2024, désigne les ondes de tempête et la montée progressive du niveau de la mer comme premiers facteurs de dispersion des radionucléides dans l’atoll. Le rapport de 2020 allait déjà dans ce sens : l’effet immédiat le plus net de la montée des eaux serait la surcote de tempête et les inondations provoquées par les vagues.
Les scientifiques interrogés par ABC en mars 2026 redoutent que la montée des eaux ou des tempêtes plus violentes finissent par dégrader la structure et mettre en danger les communautés voisines. Le dôme est un monticule de béton posé au niveau de la mer. Le même rapport de 2020 admet que la hausse du niveau marin pourrait provoquer un débordement des vagues sur les parties basses de l’ouvrage.
Des fissures bien réelles, un risque ailleurs
Des fissures courent bel et bien sur la coque extérieure, rapporte l’enquête d’ABC News de mars 2026, tandis que l’eau circule sous l’ouvrage et entraîne des déchets contaminés vers la lagune environnante. Washington soutient qu’elles correspondent au vieillissement normal du béton et que le dôme ne risque pas de s’effondrer à brève échéance, une conclusion déjà formulée en 2020.
Le Département de l’Énergie jugeait alors que les fuites vers la lagune n’étaient pas significatives au regard des autres sources de contamination résiduelle de l’atoll. Il reconnaissait pourtant manquer de données pour dire comment les tempêtes agiraient sur l’environnement. Un dirigeant marshallais a déploré que l’agence minimise de nouveau les risques et refuse d’endosser la responsabilité du dôme. Il a aussi pointé des lacunes, dont le niveau de radioactivité de l’eau qui s’écoule du dôme vers la lagune.
Les communautés qui puisent leur nourriture dans la lagune vivent à une trentaine de kilomètres du dôme. Le gouvernement marshallais, relève ABC, a très peu de pouvoir pour agir sur le problème.
Des forages pour mesurer ce que l’on ignore
Le Congrès a réclamé fin 2019, dans la loi de défense pour 2020, un plan de réparation et une évaluation de l’impact du dôme sur la lagune à 20 ans. La loi de 2022 a ajouté une étude sur les effets du changement climatique, livrée en juillet 2024. En octobre 2021, un responsable du département a répété devant une commission de la Chambre que le dôme ne courait aucun risque immédiat d’effondrement ou de défaillance.
Depuis mai 2013, le département a rétabli avec les Marshall des forages de surveillance créés par d’anciens chercheurs de l’Académie nationale des sciences. De 2013 à 2018, plusieurs missions y ont prélevé des échantillons d’eau pour des analyses radiochimiques.
Il ne reste que quelques centaines d’anciens du chantier, selon leur association.
Depuis la loi PACT de 2022, la participation au nettoyage d’Enewetak, de 1977 à 1980, figure parmi les activités à risque radiologique présumé pour les demandes d’invalidité. Washington conteste pourtant le lien de cause à effet entre le chantier et les maladies déclarées. Quant au dôme, le Département de l’Énergie a proposé en 2020 un programme d’analyses radiochimiques des eaux souterraines, afin de mesurer comment les ondes de tempête modifient la qualité de la nappe.
Sources : researchgate.net | abc.net.au


11 hour_ago
65


























.jpg)






French (CA)