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Près d’un enseignant sur cinq, parmi les membres de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), envisage de quitter sa profession au cours des prochaines années, principalement en raison de sa charge de travail élevée et de son incapacité, en contexte de pénurie de main-d’œuvre, à répondre à l’ensemble des besoins de ses élèves.
C’est ce qui ressort d’un coup de sonde effectué par l’organisation syndicale du 7 au 31 mai dernier auprès de 2402 enseignants et qui a été dévoilé mercredi en conférence de presse à Montréal. Le sondage, mené auprès d’une vaste majorité d’employés ayant un statut d’emploi régulier – donc une certaine stabilité d’emploi – portait sur les facteurs pouvant les influencer à rester dans les écoles de la province et leur degré de satisfaction par rapport à ceux-ci.
D’emblée, ce qui ressort est que les enseignants sont pour la grande majorité passionnés par leur travail, le plaisir qu’ils ressentent à transmettre des connaissances aux élèves et la relation qu’ils entretiennent avec ceux-ci figurant parmi les principaux facteurs qui les incitent à rester dans cette profession.
« Non, le problème, ce n’est pas l’amour envers cette profession, ce sont les conditions avec lesquelles on nous contraint à exercer cette passion », a évoqué Annie-Christine Tardif, vice-présidente à la vie professionnelle à la Fédération autonome de l’enseignement. Des circonstances qui placent les enseignants devant un dilemme « crève-cœur », a-t-elle exposé.
Plus de soutien réclamé
Ainsi, alors que 92 % des répondants ont indiqué que d’avoir une charge de travail leur permettant d’avoir une « vie équilibrée » aura une « grande influence » dans leur décision de rester ou non dans le domaine, seulement 19 % des enseignants sondés ont indiqué être grandement satisfaits par celle-ci à l’heure actuelle.
Ce sont également à peine 12 % des enseignants questionnés qui ont dit être très satisfaits de l’accès à divers services offert à leurs élèves et 21 %, par la composition de leur groupe d’élèves.
Dans ce contexte, ce sont 16 % des enseignants sondés qui envisagent de quitter la profession d’ici trois ans, le tout dans un contexte où la plus récente mise à jour du tableau de bord du ministère de l’Éducation fait état de 3132 postes d’enseignants vacants dans les écoles de la province. Ce pourcentage exclut les enseignants qui prévoient partir pour prendre leur retraite, a précisé Mme Tardif.
« Comme à chaque rentrée scolaire, il va falloir donner le goût de revenir à l’éducation [aux employés] parce que présentement, le réseau a été déserté, puis ça pose un sérieux problème », a ainsi commenté en marge de cette conférence de presse le président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, Francis Côté.
Afin de prévenir cette hémorragie, deux solutions principales ressortent de ce sondage : offrir un meilleur soutien aux élèves et alléger la tâche des enseignants. Ce qui impliquerait notamment d’embaucher plus de personnel professionnel et d’ouvrir plus de classes d’accueil et spécialisées, a précisé Mme Tardif.
Car, « chaque élève qui a des besoins spécifiques apporte une charge de travail » difficile à supporter pour plusieurs enseignants, qui choisissent ainsi d’abandonner ce métier, a-t-elle dit. Or, « chaque prof qu’on perd, c’est un peu de l’avenir de nos enfants qu’on laisse filer ».
Le rôle des directions d’école
Le fait de se sentir soutenu par leur direction d’école lors de situations difficiles figure aussi par les facteurs ayant une grande influence, sur la décision d’un enseignant de rester ou non dans la profession, pour 82 % des personnes sondées. Or, seules 36 % d’entre elles indiquent ressentir actuellement un niveau de satisfaction élevée à cet égard.
Présents à cette conférence de presse, les représentants de trois associations de directions d’école dans la province se sont dits sensibles à cette question, tout en soulignant qu’actuellement, la capacité de leurs membres de bien accompagner leurs enseignants est affectée par les nombreuses redditions de compte que Québec exige de leur part.
« On est convaincu que ce qui fait que les gens restent en éducation, c’est qu’ils sentent qu’ils peuvent faire la différence, qu’on est une équipe, qu’on travaille ensemble et qu’on priorise. Mais si on est pris par des rapports à remplir, par des questionnaires à suivre et par des rencontres à l’extérieur de nos écoles qui n’en finissent plus, on n’arrive plus à jouer ce rôle-là » de « leaders pédagogiques », a relevé la présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire, Kathleen Legault.
« Quand ça nous prend des heures, voire des journées pour remplir une reddition de comptes, on n’est pas en train d’aider le personnel. Puis, pendant ce temps-là, ce sont les élèves qui en souffrent », a renchéri à ses côtés André Bernier, président de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles.
Signe de la campagne électorale qui approche à grands pas, deux élues, du Parti libéral du Québec et de Québec solidaire, ont pris part à cette conférence de presse afin de donner leur soutien aux enseignants et de souligner l’importance d’améliorer leur rétention. Un enjeu qui pourrait bien rebondir pendant cette course qui se profile.


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