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Les doudous ont-ils une place dans les classes?

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Toutes les bonnes choses ont une fin. En ces premiers jours de septembre, l'heure est venue pour des millions d'élèves de reprendre le chemin de l'école. Pour bon nombre d'enfants, l'appréhension est d'autant plus grande qu'il s'agit de leur première rentrée. Avec notamment un grand changement en perspective: celui de devoir laisser leur doudou dans leur cartable ou chez eux pour la toute première fois. Une séparation souvent vécue dans les cris et les larmes pour les enfants, ce qui en fait un moment généralement déchirant et délicat à gérer pour les parents et autres proches qui les accompagnent.

De là à imaginer une vraie place pour les peluches à l'école? Si, en 2003, le ministère de l'Éducation Nationale déclarait qu'«une fois le monde de l'école accepté», les doudous ne sont «plus nécessaires» en classe, le corps enseignant ne l'entend pas forcément de cette oreille. En témoigne une idée qui a, depuis, fait son chemin: celle d'introduire une mascotte de classe.

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Nathan Cassin, alias Maitre Nathan sur TikTok, fait partie de ceux qui mettent en avant la pratique sur les réseaux sociaux. Professeur des écoles depuis 2023, il a intégré, pour la première fois, l'année dernière, une mascotte, baptisée Grognon, afin de réguler le bruit dans ses classes de petite et moyenne section. «Comme la peluche est réversible, avec un visage content et un autre pas content, les élèves peuvent eux-mêmes réguler l'ambiance de la classe en allant mettre Grognon en mode ‘pas content' lorsqu'il y a trop de bruit pour eux», explique Nathan Cassin.

@maitre_nathan T’as une mascotte de classe toi ? Moi c’est Grognon ! C’est très souvent que les professeurs des écoles de maternelle ont une peluche de classe qui va et vient dans les familles pour favoriser la langage des élèves qui par la suite raconte ses aventures ! #professeurdesecoles #ecole #mastermeef #éducation #maternelle ♬ son original - Maitre Nathan | 👨‍🏫 📚
«Les élèves aiment Grognon, donc ils veulent tous qu’il soit content.»Nathan Cassin, professeur des écoles. 

De quoi responsabiliser un peu dès le plus jeune âge, mais pas uniquement. «En laissant Grognon endosser le rôle du rabat-joie qui demande tout le temps aux élèves de se taire, ça permet parfois de désamorcer des conflits avec certains d'entre eux qui sont dans la confrontation et dans le test», fait remarquer Maître Nathan, qui a vu les temps d'apprentissage «moins grignotés par les éléments perturbateurs».

«Les élèves aiment Grognon, donc ils veulent tous qu'il soit content, affirme le prof aux près de 80.000 abonné·e·s. Parfois, j'en joue un peu du coup, en leur disant ‘Aaah… Regardez comme Grognon est content!' ou, au contraire, ‘Attention, Grognon n'est pas content là. Comment ça se fait?'. Cela permet ainsi de travailler sur ce qui fait que certains comportements nuisent au bon fonctionnement de la classe.»

Et cela ne s'arrête pas là. En effet, chaque semaine, Grognon passe le week-end chez un ou une élève. L'occasion pour eux de pouvoir échanger et passer un peu plus de temps avec leurs parents. D'autant qu'une mission est à remplir: garder une trace de ce week-end dans un cahier en vue de le raconter aux autres, une fois de retour en classe.

«Le but, c'est, à la fois, de renforcer leur confiance en eux, de développer leurs compétences à l'oral et de les entraîner à parler devant tout le monde. Cela leur servira quand ils seront plus grands, pour les poésies et les exposés, par exemple», avance Nathan Cassin, qui «recommande totalement» à ses collègues d'avoir une mascotte de classe.

Le «cahier de Grognon» rempli par les élèves de Maître Nathan. | Nathan Cassin Le «cahier de Grognon» rempli par les élèves de Maître Nathan. | Nathan Cassin

Mais n'y a-t-il pas un risque pour les élèves de confondre doudou personnel et mascotte de classe en mêlant temps scolaire et temps familial? «Lorsqu'ils sont en temps calme, beaucoup me demandent Grognon pour le câliner et parler avec lui. Pour autant, il ne remplace pas leur doudou. Ils savent que sa maison, c'est la classe, et qu'on fait simplement des activités avec lui. Leur doudou ne leur demande pas de faire des maths… Enfin, je crois!», plaisante Maître Nathan.

Le «cahier de Grognon» rempli par les élèves de Maître Nathan. | Nathan Cassin Le «cahier de Grognon» rempli par les élèves de Maître Nathan. | Nathan Cassin

Rien ne garantit, d'ailleurs, le résultat. «Plusieurs enseignants nous ont rapporté qu'il arrive que des élèves, généralement un par classe, n'adhèrent pas spécialement au projet, dans le sens où ils ne vont pas trop vers la mascotte», rapporte Benjamin Maria, étudiant en master MEEF entre l'université de Caen Normandie et l'Institut National Supérieur du Professorat et de l'Education (INSPE) de Normandie Caen.

Plus qu’un simple outil, un «médiateur»

Avec Dorine Vigneron, il vient de consacrer un mémoire aux mascottes de classe, qui les a amenés à interroger profs, élèves et parents d'élèves à ce sujet, ainsi qu'à assister à plusieurs heures de cours dispensées par des professeures de maternelle, de façon à observer leurs usages d'une mascotte et à analyser les réactions des élèves, en particulier lors des temps de restitution du lundi matin.

Plus qu'un simple outil, celle-ci remplit surtout, pour les deux futurs profs, la fonction de «médiateur». «Ce n'est pas la mascotte elle-même qui permet d'apprendre aux élèves, mais les interactions qu'elle facilite», développe Benjamin Maria. En clair, la mascotte «crée les conditions nécessaires pour que les élèves aient envie de s'exprimer et puissent le faire».

Mais cette dernière peut aussi servir de repère. «Étant donné que les enfants ont l'habitude de côtoyer des peluches depuis tout petit, quand ils retrouvent cet objet familier à l'école, cela devient plus facile pour eux de rentrer dans les apprentissages», explique Dorine Vigneron, qui précise vouloir introduire, à la rentrée, une mascotte pour ses cours d'anglais en CM1, notamment pour «symboliser le fait qu'on doive changer de langue». Benjamin Maria, lui, se voit déjà «faire vivre la mascotte au quotidien», comme s'il s'agissait d'«un élève à part entière». L'objectif? «Contribuer à créer une sorte de sentiment d'appartenance des élèves au groupe classe.»

De la mascotte de classe à Duolingo

Outre les différents usages déjà évoqués, une mascotte de classe peut également être «un bon moyen» pour aborder «l'intimité personnelle de l'enfant, comme les parties du corps qu'on ne peut pas toucher, en lien avec le programme d'EVAR (Eveil à la Vie Affective et Relationnelle)», ajoute Benjamin Maria. «Ou pour apprendre les gestes de premier secours, en servant de modèle», rebondit Dorine Vigneron. Tous deux rappellent, dans tous les cas, l'importance du «travail de médiation» réalisé par les professeur·e·s des écoles au sujet de la mascotte. «En introduire une pour dire d'en introduire une, et le faire sans expliquer ni aux élèves ni à leurs parents les enjeux et la manière dont on compte s'en servir, ça n'a pas grand intérêt», souligne Dorine Vigneron.

Si les mascottes interviennent essentiellement en classe maternelle ou primaire, peut-on imaginer un intérêt au-delà dans la scolarité? Pas sûr, pour commencer, que les élèves y seraient autant réceptifs. «Lorsqu'ils commencent à arriver à l'adolescence, il y a cette volonté de grandir, et donc on associe tout de suite la peluche, et par extension la mascotte, à quelque chose d'enfantin», estime Dorine Vigneron.

Difficile, pourtant, de passer à côté, dans le même temps, de l'actuel carton de Duolingo, application américaine dédiée à l'apprentissage de langues étrangères, portée par sa mascotte Duo, une surprenante chouette verte. «En accompagnant l'utilisateur dans sa progression, on retrouve, avec Duolingo, un fonctionnement assez similaire à une mascotte de classe», juge Benjamin Maria, qui y voit aussi des risques semblables, à savoir «rester dans une logique de motivation et chercher uniquement à capter l'attention de l'apprenant en rendant la situation ludique». Pour lui, le véritable intérêt pédagogique réside dans «la capacité à transformer le rapport à l'apprentissage, en modifiant la façon dont l'apprenant va entrer dans la tâche».

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