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Les deux tiers des cégeps prévoient un déficit pour l’année en cours. Une situation qui force nombre d’entre eux à réduire leurs dépenses et à piger dans leurs soldes cumulés pour réaliser des projets planifiés de longue date afin de compenser le manque de financement de l’État, a constaté Le Devoir.
En 2025-2026, pas moins de 32 des 48 cégeps de la province prévoient que leur fonds de fonctionnement présentera un déficit, pour un montant total frôlant 25,5 millions de dollars. Seuls deux établissements étaient dans cette situation l’année précédente, montre un document déposé dans le cadre de l’étude des crédits budgétaires du ministère de l’Enseignement supérieur, qui s’est tenue mardi soir à l’Assemblée nationale.
« Les cégeps prévoient généralement des budgets plus conservateurs », répond au Devoir le cabinet de la ministre Martine Biron, qui indique que ces prévisions budgétaires sont donc à « interpréter de manière prudente ». « Le ministère de l’Enseignement supérieur accompagne chacun des établissements selon leur situation », ajoute le cabinet.
Des conséquences sur le personnel
Le fonds de fonctionnement des cégeps sert notamment à financer le salaire du personnel et les services aux étudiants. Au Cégep Marie-Victorin, où un déficit de 2,75 millions est anticipé dans ce fonds pour l’année financière en cours, l’établissement n’a eu d’autre choix que de « revoir à la baisse » son personnel « en priorisant les services rendus aux étudiants ».
« Nous sommes encore aux prises avec un gel d’embauche et un maximum d’heures à ne pas dépasser », ajoute la directrice adjointe des communications institutionnelles du cégep montréalais, Nathalie Baumgartner. « Nous prévoyons d’utiliser notre solde de fonds pour rééquilibrer nos finances », précise-t-elle. D’autres cégeps, y compris ceux de Saint-Laurent, de Rosemont et du Vieux-Montréal, ont eux aussi confirmé au Devoir qu’ils entendent compenser leur déficit prévu en pigeant dans leur fonds de prévoyance.
Car, malgré les nombreuses prévisions budgétaires déficitaires pour l’année en cours, aucun cégep ne se retrouvera cette année en déficit cumulé, ce qu’interdit la loi.
Les soldes de fonds cumulés par le réseau collégial, qui sont essentiellement autofinancés (par l’utilisation des stationnements ou des cafétérias des cégeps, par exemple), fondent toutefois comme neige au soleil.
Pour l’ensemble du réseau, cette cagnotte serait passée de près de 430 millions à un peu moins de 368,4 millions de dollars entre 2024-2025 et l’année suivante. Il s’agit d’une chute de 61,3 millions qui limite la capacité du réseau à réaliser des travaux et des projets majeurs, souvent planifiés de longue date, pour lesquels le financement gouvernemental est insuffisant.
« Les cégeps ont fait les efforts nécessaires pour éviter les déficits, mais cette approche ne constitue pas une solution durable pour soutenir leur mission éducative et répondre aux besoins des communautés partout au Québec », a souligné par écrit la présidente-directrice générale de la Fédération des cégeps, Marie Montpetit.
Une incertitude persistante
Cette dernière confirme d’ailleurs que les prévisions déficitaires notées par la majorité des cégeps font écho aux compressions de 151 millions de dollars imposées par Québec au réseau collégial au printemps 2025. Depuis, en mars dernier, Québec a indexé de 3,7 % le budget alloué aux cégeps de la province.
Cela a notamment permis au Cégep Limoilou de rembourser le déficit d’un million qui était inscrit à son dernier budget. Il avait lui aussi initialement prévu de puiser dans ses surplus accumulés des dernières années pour éponger ce montant, a-t-il indiqué au Devoir mercredi.
Le Cégep du Vieux Montréal a pour sa part révisé à la baisse son déficit de fonctionnement, qui était initialement chiffré à 2,37 millions de dollars. Un manque à gagner de 1,3 million persiste cependant. « S’il se matérialise au terme de l’exercice, il sera absorbé par le solde de fonds qui s’élève à 11 millions » pour cet établissement, indique-t-il par courriel.
Le Cégep de Saint-Jérôme mentionne lui aussi que le réinvestissement de Québec en enseignement supérieur a permis de réduire de 50 % son déficit prévu cette année, qui s’élevait initialement à 1,2 million. Le manque restant sera là aussi compensé au moyen du solde de fonds de l’établissement, pourtant destiné habituellement aux « projets d’infrastructure, comme les résidences étudiantes et la rénovation de certains de [leurs] locaux », ajoute l’établissement.
« Je suis inquiète pour nos cégeps et je suis inquiète pour la relève », a déclaré au Devoir mercredi la porte-parole libérale en matière d’enseignement supérieur, Michelle Setlakwe. La députée constate que la situation financière de plusieurs cégeps demeure incertaine, au moment même où la population étudiante augmente et que les besoins en entretien et en agrandissement du réseau ne cessent eux aussi de croître. « Combien de jeunes vont finalement ne pas poursuivre leurs études, ne vont pas poursuivre vers le cégep et l’université, vers l’enseignement supérieur, faute d’espace ? » se demande-t-elle.
Le dernier bilan réalisé par Québec fait état d’un déficit de maintien des immeubles du réseau collégial s’élevant à 700,5 millions de dollars.
« C’est ça qui met encore plus de pression dans les cégeps », estime la députée solidaire Alejandra Zaga Mendez. « Quand on a des infrastructures qui ne sont pas adéquates, les cégeps doivent mettre plus d’argent pour accueillir les étudiants, changer leurs horaires. »
Déjà, certains cégeps ont annoncé qu’ils prolongeront leurs heures de cours en soirée l’automne prochain afin de compenser le manque d’espace entre leurs murs. Une décision qui dérange plusieurs enseignants et associations étudiantes.
« On va vers une catastrophe si on ne fait rien » pour répondre aux besoins en infrastructures des cégeps, prévient Mme Zaga Mendez.
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