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Les nouveaux arrivants noirs qui s’installent aux Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.) ont des défis semblables aux autres immigrants au pays, mais l’éloignement et le contexte nordique renforcent le décalage entre la réalité du marché du travail et leurs aspirations.
C’est ce que constate une étude du Centre des Compétences futures qui s'est appuyé sur les témoignages de 57 participants.
Son rapport, intitulé Favoriser l’inclusion en milieu de travail des immigrants noirs dans les Territoires du Nord-Ouest, note principalement une inadéquation structurelle entre les politiques d’immigration et les pratiques du marché du travail dans le Nord.
J’ai dû lutter pour m’intégrer au Canada, souligne Henry Dimingu, directeur de l’étude et professeur associé à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard.
Comptable de profession, il a lui-même a vécu à Yellowknife entre 2016 et 2025 et a constaté de près l’évolution de la population immigrante noire au sein des T.N.-O.
Je me souviens, à mon arrivée en 2016, il y avait des immigrants, mais pas beaucoup. Je pouvais me tenir sur la rue principale, et si je voyais une personne noire à 200 ou 300 mètres, je courais parce que nous étions si peu nombreux.
Je vis moi-même cette réalité, commente Ambe Chenemu, le directeur général de la Black Advocacy Coalition upNorth (BacupNorth), un organisme qui représente la communauté noire ténoise.
Arrivé d’abord à Fort Smith en 2013 avant d’emménager à Yellowknife, il a lui aussi constaté une explosion du nombre d’immigrants noirs dans les dernières années, mais il déplore le manque d’adaptation du territoire à cette nouvelle réalité démographique.
Comme Henry Dimingu, il mentionne par exemple la question de la reconnaissance des diplômes, un problème souvent relevé par des immigrants ailleurs au pays.
On croise beaucoup de personnes noires qui font de petits boulots juste pour survivre, dit-il. Et souvent, cela n’a rien à voir avec leur expérience ou leur niveau d’études.
Plus d’intersectionnalité dans les politiques d’embauche
Parmi les réalités propres au contexte nordique, le rapport souligne les répercussions indirectes de la Politique d’emploi des Autochtones du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest (GTNO), le principal employeur de la région.
Avec cette initiative, le GTNO s’engage en effet à accorder la priorité aux personnes autochtones originaires du territoire d’abord, puis ensuite aux autres Autochtones reconnus du pays.
Bien que cette politique soit cruciale pour promouvoir l’emploi autochtone et remédier aux injustices historiques, les participants ont déclaré se sentir systématiquement exclus des postes gouvernementaux, la plus grande source de stabilité d'emploi dans les T.N.-O., affirme l’étude.
Mettre dans la même catégorie des personnes racialisées et des personnes blanches offre, à mon avis, une vision partielle des mécanismes d’embauches et des obstacles qui y sont associés, déplore Ambe Chenemu.
Pour ce dernier, la solution passe par des initiatives concrètes de diversité et d’inclusion de la part du GTNO envers les autres minorités visibles de la population pour créer une voie équitable d’accès à l’emploi.

Le président de BacupNorth, Ambe Chenemu, estime que les politiques de diversité et d'inclusion doivent davantage se pencher sur les travailleurs noirs du territoire.
Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio
Henry Dimingu abonde dans le même sens : Nous avons déjà un très bon canevas, les politiques pour les Autochtones pourraient être élargies pour inclure d’autres groupes minoritaires.
Nous devons nous assurer que les politiques d’embauche qui existent ne soient pas exclusives, car, en essayant d’inclure un groupe minoritaire, on exclut par inadvertance les autres minorités.
Un poids psychologique accru dans le Nord
L’étude se penche aussi sur l’impact psychologique que ces obstacles ont eu sur les participants et le fait que l’isolement nordique vient ajouter un poids supplémentaire à gérer.
Les participants ont décrit des sentiments de frustration, de la déception et une baisse de l’estime de soi, soulignant le poids des refus répétés et la marginalisation professionnelle, peut-on lire dans le document.
À travers les témoignages recueillis pour le volet Photovoix de cette étude, certains participants ont pu exprimer en image leurs sentiments.
Ces images ont mis en évidence les dimensions symboliques et matérielles de cette dévaluation, précise le rapport, à l’instar d’images de diplômes inutilisés ou de certificats encadrés et stockés, symbolisant l’expertise professionnelle rendue invisible.
Henry Dimingu poursuit en utilisant la métaphore du miroir : Tu passes 20 ans en tant que comptable, infirmière, et maintenant tu es dans le Nord à Walmart ou Canadian Tire, explique-t-il. Se regarder dans la glace quand on a étudié, qu'on s'est qualifié et qu'on a exercé sa profession... C'est un coup terrible pour la santé mentale.
Beaucoup de participants, quand ils parlent de leur expérience, ils s’effondrent.
Pour Ambe Chenemu, le contexte nordique a aussi son rôle à jouer dans le parcours difficile des immigrants noirs au territoire, d'autant plus que ceux-ci sont souvent de première génération et n'ont pas de grande famille élargie pour les soutenir.
L'isolement est déjà assez difficile, renchérit-il. Et si vous ajoutez à cela des microagressions au travail, la perception que votre accent est un problème, que votre couleur de peau est un problème.
Enfin, le rapport met en garde contre la glorification de la résilience, une qualité souvent associée aux immigrants pour louer leur capacité d’adaptation à leurs pays d’accueil.
Nous sommes résilients parce que nous n'avons pas le choix. Ce dont nous avons besoin, ce n'est pas de résilience, c'est d'opportunités, peut-on notamment lire dans le rapport de la part d’un des participants à cette étude.


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