NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Reconnue pour ses nombreux petits relais en bordure des sentiers de motoneige, la région de Chaudière-Appalaches a vu la fermeture de plusieurs établissements au fil des ans. Entre l'essoufflement des bénévoles et des hivers de plus en plus courts, plusieurs clubs de motoneigistes se résignent à mettre la clé sous la porte.
Claudel Dionne est parti tôt de La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent, en ce vendredi de février. Il est allé mettre de l’essence à Saint-Pamphile — parce que le gaz est moins cher — et a fait un peu de hors piste, assez pour apercevoir quelques orignaux. J’en ai filmé un. J’étais tout content!, s’exclame-t-il.
Bref, une belle matinée jusqu’à ce que survienne un bris mécanique.
Heureusement qu’il y avait un relais ouvert, affirme-t-il, en insistant sur le mot ouvert.

Claudel Dionne s'est arrêté au relais du Centre sportif Le Jasmin en raison d'un bris mécanique survenu sur sa motoneige.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Le motoneigiste a réussi à se rendre ici, à Tourville, en plein cœur de la MRC de L’Islet, à la limite est de Chaudière-Appalaches, au mythique Centre sportif Le Jasmin. Un restaurant situé en plein cœur du village, à la jonction des sentiers Trans-Québec 55 et 35, qu’empruntent les quadistes et motoneigistes de la province.
Derrière lui, l’imposant bâtiment en bois rond se dresse, ceinturé de motoneiges rutilantes. À l’intérieur, Gisèle Dubé, la gérante de l’établissement de 154 places, nous dira que la bâtisse a toutefois perdu un peu de son lustre. Les immenses poutres en bois rond verni sont devenues ternes avec le temps et plus aucun feu ne brûle dans la cheminée.
Les nouveaux propriétaires devraient lui redonner un peu d’amour.

Gisèle Dubé, gérante du Centre sportif Le Jasmin, affirme que la quinzaine d’employés devraient conserver leur emploi malgré la vente.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Car le bâtiment, fleuron de la région, construit au coût d’environ un million de dollars en 2008, et appartenant à l’organisme à but non lucratif Centre sportif Le Jasmin, a été vendu l’automne dernier, malgré l’aide financière et le soutien de la municipalité de Tourville et de la MRC de L’Islet au fil des ans.
Les nouveaux propriétaires doivent en prendre possession le 1er avril.
C’est bien simple, c’est comme n'importe quel organisme, c’est le manque de bénévoles qui crée un essoufflement, résume Normand Blier, vice-président du Centre sportif Le Jasmin, un organisme dont les origines remontent au premier club de motoneigistes de la région fondé en 1978.
J’étais quasiment rendu tout seul à l’opérer (bénévolement) depuis les trois, quatre dernières années.

Le Centre sportif Le Jasmin géré a été vendu à l'automne 2025 à un promoteur privé.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Pourtant, les motoneigistes ne manquent pas dans le coin. Avec les quadistes, ils contribuent aux deux tiers des revenus de l’organisme, selon M. Blier.
La motoneige amène de l'argent qui vient de l'extérieur qui permet de maintenir cette infrastructure-là dans notre région, confirme Normand Caron, préfet de la MRC de L’Islet.

Saskia Caron a commencé à travailler au relais à l'âge de 12 ans. Aujourd'hui âgée de 20 ans, elle est accompagnée dans la cuisine de son jeune frère Loïc.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
La région de Chaudière-Appalaches figure dans le top 5 des régions vendant le plus de droits d'accès (pour les sentiers) au Québec, écrit Louis Chamberland, directeur général adjoint et affaires électroniques de Tourisme Chaudière-Appalaches.
Maintenant assis au bar, en attendant patiemment que sa conjointe vienne le chercher, Claudel Dionne confirme l’achalandage du Jasmin, comme tout le monde le surnomme ici. Ce midi, c’était full!, assure-t-il.
Il déplore toutefois que l’endroit demeure fermé en début de semaine.
Ça commence à être un problème, confie-t-il.
Une époque révolue
Plusieurs motoneigistes ont en tête une époque où presque chaque village, chaque club avait son relais, avant que les sentiers interprovinciaux ne soient connectés entre eux dans les années 1970 et que les motoneiges deviennent de plus en plus performantes, diminuant le besoin d’arrêter régulièrement pour se réchauffer.
Chaudière-Appalaches et le Bas-Saint-Laurent étaient connus pour ça. Ce sont des secteurs qui avaient beaucoup de petits petits relais, confirme Stéphane Desroches, directeur général de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec.

Au fil des ans, plusieurs clubs sportifs de motoneigistes ont laissé tomber leurs relais.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Stéphane Desroches décrit bien l’ambiance qui pouvait régner dans ces petites bâtisses de bois entretenues par les clubs.
C’est un lieu de rassemblement, de plaisir, un endroit pour parler de la beauté des sentiers, comment le club les surface.
Un constat que confirme Pierre Jean, président du Club sportif Lac Trois-Saumons de Saint-Jean-Port-Joli. Ce dernier se rappelle le petit relais créé par son père sur le bord du lac Trois Saumons dans l’ancienne bâtisse attenante à la patinoire.
Le relais est maintenant fermé, notamment en raison de la lourdeur de la paperasse.
Au début de tout, il n'y avait même pas de permis de boisson. Tu achetais une carte au club, ça coûtait cinq piasses pour une carte. Tu avais dix trous de punch. Tu punchais un trou pour une bière, tu punchais deux trous pour un fort, se souvient-il.
Le directeur général de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec, Stéphane Desroches, admet assister à un déclin des endroits gérés par les clubs. Quand je rencontre les clubs lors de mes tournées, ils nous l'annoncent qu’il va y avoir des relais qui ferment, soutient-il.

Stéphane Desroches est directeur général de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec (FCMQ). (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Voyer
À titre d’exemple, la bâtisse abritant le relais du club Motoneige Bellechasse, situé près de Saint-Vallier, a été vendue il y a deux ans. Le club Auto-neige Ville-Marie, qui regroupe environ 500 membres à Lévis, a aussi dû mettre la clé sous la porte de son relais il y a trois ans.

Le relais du club Auto-neige Ville-Marie, fermé depuis trois ans, est occupé par la Ville de Lévis durant l'été.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Son président, Antony Fontaine, affirme que la centralisation des revenus issus des droits d’accès aux sentiers par la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec a eu notamment raison du relais.
Ça coûtait trop cher à exploiter avec les nouveaux modes de financement de la Fédération. On n'avait plus les moyens de le faire marcher.
Stéphane Desroches confirme vouloir miser sur l’entretien des sentiers interprovinciaux. La Fédération, la mission première des bénévoles, c'est d'entretenir et de créer des sentiers sécuritaires. C'est pas d'avoir un relais, soutient-il.

Le mode de financement adopté par la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec privilégie l'entretien des sentiers plutôt que des relais.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Un service de proximité
Dans la cuisine du relais du Club sportif de Saint-Léon-de-Standon, dans Bellechasse, Gisèle Morin, 74 ans, prépare le repas du midi. Une employée payée en bas du salaire minimum, comme le précise Jacques Roy, président du club depuis maintenant 33 ans.

Gisèle Morin, 74 ans, a accepté de donner un coup de main dans la cuisine du relais du Club sportif de Saint-Léon-de-Standon.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Ici, l'endroit est miraculeusement ouvert du jeudi au dimanche dans le rang Sainte-Marie, mais on convient que les temps sont durs.
On est déficitaire, on ne fait pas une cenne avec ça.
Jacques Roy tient à ce service de proximité dans un contexte ou plusieurs petits restaurants ont fermé dans le coin.

Jacques Roy est président du Club sportif de Saint-Léon-de-Standon depuis 33 ans.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
L’accès à des restaurants est aussi un enjeu dans Lotbinière où les motoneigistes ont de la difficulté à avoir accès aux cœurs des villages, dans certains cas, faute de droits de passage.
Ça commence à être un problème, les droits de passage, comme à Saint-Antoine-de-Tilly. Mais pour pouvoir attirer des motoneigistes ici, il faut pouvoir se nourrir et s’abreuver, et il faut donc avoir accès aux villages, explique Sacha Aubé-Bruneau, trésorier du Club de motoneige des Plaines, un club qui entretient quelque 320 km de sentiers dans le nord de Lotbinière.
Mais à Saint-Léon-de-Standon, on ne se fait pas d’illusion. L'avenir des petits relais gérés par des clubs ou des OBNL ne fera pas long feu.
Et comme pour illustrer cette époque qui tire à sa fin, il ajoute que, cette semaine, on a enterré notre président fondateur. Il avait 90 ans.
L'exception beauceronne
Malgré la précarité des relais en Chaudière-Appalaches, la Beauce semble résister au déclin. Quelques organismes et clubs tiennent le coup, ouvrant leurs portes aux motoneigistes quelques jours par semaine. C’est le cas du relais du club de Sainte-Côme-Linière, situé à une quinzaine de kilomètres des lignes américaines, rempli en ce vendredi midi.

La proximité de la Beauce avec les États-Unis lui amène plusieurs motoneigistes américains durant la saison hivernale.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Parmi les clients, quatre Américains partis quelques heures plus tôt de Jackman, au Maine, tentent de se dépêtrer avec l'application mobile de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec pour se procurer un droit d’accès aux sentiers pour la journée.
Derrière le comptoir, Dominique Fortin, secrétaire du Club de motoneigistes Linière-Marlow opère le relais qu’elle loue au club, qui existe depuis plus de 40 ans. Elle a choisi d’ouvrir l’endroit à l’année depuis trois ans. C’est une façon de garder mes employés, parce qu’à un moment donné, avoir des employés juste l’hiver, à part des retraités et des étudiants, c’est limité, explique-t-elle.

Dominique Fortin, gérante du relais de Saint-Côme-Linière, mise sur une clientèle plus large pour contrer les aléas des saisons de motoneige.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Dominique reconnaît que la saison de motoneige, qui a commencé tôt, au début janvier cette année, est à leur avantage. L'année 2024 a été particulièrement difficile en raison du manque de neige. Bien malin celui qui prédira la durée des hivers futurs.
Mais Dominique est optimiste. Il n’y a pas beaucoup de restaurants dans le coin, alors j’attire pas seulement les motoneigistes, explique-t-elle.

Carolyne Dumont et Nadia Dubreuil élaborent leurs trajets en fonction des relais ouverts.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Dans la salle, deux clientes, parties du secteur de Thetford Mines en matinée, sont sur le point d’attaquer leurs poutines. Elles sont reconnaissantes de pouvoir accéder à une salle de bain et avouent d’ailleurs choisir leurs trajets en fonction des relais.
On en a fait [de la motoneige] un lundi l’an passé. On était mal prises, se souvient l'une d'elles.
Ouvert 24 h
Pour avoir accès à un relais ouvert 24 heures sur 24, il faut atteindre le village de Sainte-Sabine, situé à une soixantaine de kilomètres au nord-est, dans les montagnes des Etchemins. Ce serait l’un des seuls de Chaudière-Appalaches, encore tenu par un organisme à but non lucratif, qui permet de se réchauffer, peu importe le moment de la journée sans avoir besoin d’acheter quelque chose en échange.

Le Club sportif Mont Bonnet est fréquenté par des milliers de motoneigistes chaque année.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Personne n’a jamais rien volé ici.
La directrice et cuisinière estime que de 3000 à 4000 personnes sont passées encore cette semaine à Sainte-Sabine, un village qui ne compte que quelque 350 habitants.

Le Centre sportif Mont Bonnet est l'un des seuls qui est ouvert toute la nuit pour permettre aux motoneigistes de se réchauffer.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Un immense panache de wapiti de 14 pointes orne les murs du relais avec quelques photos d’archives. Sur l’une d’elles, on aperçoit des bolides stationnés devant l’église pour assister à la bénédiction annuelle des motoneiges en 1970.
Quand ta motoneige était bénie, ça tirait pas mal après ça!, blague Germain Mercier, 78 ans.
Le septuagénaire vient encore tous les dimanches – faire son social – lui qui a refait bénévolement la cuisine du club durant la pandémie.

Germain Mercier, 78 ans, avait contribué à créer un premier relais à Sainte-Sabine dans un ancien camp de bûcherons.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Germain Mercier a assisté à l’évolution de la motoneige dès la fin des années 1960 et ses heures de gloire dans les décennies suivantes alors que presque chaque maison avait un engin, voire deux, stationné dans la cour.
J’ai été la deuxième personne à Sainte-Sabine à avoir une motoneige.
Germain reconnait que les relais tenus par des clubs ou des organismes se font rares. On ne peut pas dire qu’on roule sur l’or, mais on culbute d’une année à l’autre et on arrive à survivre, explique-t-il.
Lise l’écoute avec affection. Celle qui travaille ici depuis 10 ans semble mettre beaucoup de cœur dans son boulot, dans cette bâtisse devenue une institution dans la région. Elle n’est toutefois pas très optimiste quant à son avenir.
Moi, si je pars, je ne suis pas sûre que ça va continuer encore bien longtemps, dit-elle simplement avant de retourner derrière le comptoir.


4 month_ago
44



























.jpg)






French (CA)