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Les actes de violence haineuse sont en hausse partout en Alberta, selon les plus récentes données policières et celles venant de Statistique Canada. Au-delà des chiffres, plusieurs victimes brisent le silence, montrant du doigt un climat de polarisation exacerbé par certaines politiques récentes.
Lors de la réunion de la Commission de police d'Edmonton en avril dernier, les autorités ont fait état d’une tendance préoccupante pour l’année 2025 : si le volume total de crimes haineux signalés est en baisse par rapport aux dernières années, la gravité des incidents, elle, s'accentue.
Une proportion nettement plus élevée de ces dossiers implique désormais des actes de violence physique.
Selon Statistique Canada, (nouvelle fenêtre) cette tendance à la hausse s'observe dans l'ensemble de la province. Entre 2020 et 2024, le taux de crimes haineux déclaré par la police est passé de 6,7 à 8,1 incidents pour 100 000 habitants en Alberta.
Ali Wahed Noor incarne cette statistique.
Au début de mai, cet homme noir de 56 ans rentrait chez lui en voiture avec sa famille après avoir quitté un centre musulman d'Edmonton. Il a été violemment agressé, une attaque motivée par sa race et sa confession religieuse.

Ali Wahed Noor (à gauche) a été attaqué le 1er mai à Saint-Albert alors qu’il rentrait d’une séance de prière avec sa famille. Lors d’une conférence de presse tenue le 8 mai en compagnie de membres de la communauté, il a fait le point sur les séquelles que cette agression a laissées sur sa vie.
Photo : Radio-Canada
Des communautés sous pression
Les données révèlent que la communauté 2SLGBTQ+ figure parmi les groupes les plus fréquemment ciblés. De l'avis de Star Oldring, de l'Institut Fyrefly, ce climat n'est pas étranger à l'action dans l'arène politique.
Selon Star Oldring, l'adoption par le gouvernement albertain des projets de loi 26 (nouvelle fenêtre), 27, 29 et 9 a instauré un environnement délétère pour les personnes queers.
Le ministre de la Justice, Mickey Amery, a balayé ces critiques : Ces lois préservent les choix des enfants, renforcent le rôle des parents et garantissent l'équité dans les sports amateurs. Le gouvernement conservateur uni de l'Alberta ne s'excusera pas de son engagement envers ces principes.
Parallèlement, le Service de police d'Edmonton note une recrudescence des crimes visant les personnes noires, sud-asiatiques et arabes.
La sergente Amanda Ross lie cette hausse à la géopolitique mondiale. Les incidents peuvent augmenter à la suite à des "événements déclencheurs", dit-elle, qu'il s'agisse de nouvelles législations, de conflits militaires ou de décisions politiques.
À cet égard, la communauté juive demeure l'une des cibles prioritaires, selon Stacey Leavitt-Wright, PDG de la Fédération juive d'Edmonton, particulièrement depuis le début du conflit à Gaza.
De son côté, Mousa Qasqas, de l'Association culturelle Canada-Palestine, réclame une meilleure reconnaissance du racisme anti-palestinien, déplorant un débat public dénué de nuances.
La pointe de l'iceberg
Le véritable défi pour les autorités reste la sous-déclaration.
Le signalement des crimes haineux est l'un des plus bas, et pour plusieurs raisons, a expliqué la sergente Cydney Ross. Celle-ci cite, entre autres, la normalisation de la haine en ligne, la méfiance à l'égard du système judiciaire et la peur des représailles.
Les chiffres de Statistique Canada montrent que seul un crime haineux sur cinq est rapporté à la police. La réalité sur le terrain serait donc cinq fois plus sombre que ce que les registres officiels laissent paraître.

En octobre dernier, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de Brooks a ouvert une enquête après la découverte de graffitis suprémacistes blancs un peu partout dans la municipalité.
Photo : Radio-Canada / Gracieuseté de la GRC
Les crimes haineux regroupent autant la violence physique et les menaces que les méfaits, la distribution de propagande haineuse ou la destruction de biens religieux.
Des incidents sous rapportés
Larissa Crawford est métisse et jamaïcaine. Elle a été agressée en janvier au centre-ville d'Edmonton par un homme blanc âgé.
Après avoir insulté le personnel d'un restaurant, l'individu s'en est pris à elle : insultes racistes, coups et crachats.
L'agression n'a pris fin que lorsqu'un employé a mentionné la présence d'une caméra.
Pendant que l'attaque se produisait et que personne n'intervenait, je me demandais : "Est-ce que c'est vraiment en train d'arriver?" confie-t-elle. Des mois plus tard, elle soigne encore des blessures physiques, mais c'est l'indifférence des témoins qui reste la plus difficile à surmonter, dit-elle.
Le constat est le même pour Omnia Hassan, directrice de programme pour Sisters Dialogue. Entre les vagues de haine misogyne et islamophobe sur les réseaux sociaux et une altercation routière violente survenue en mai, lors de laquelle un conducteur l'a sommée de retourner dans son pays devant ses enfants, elle a choisi de ne pas porter plainte.
Les deux femmes n'ont pas rapporté les incidents violents, disant douter que les autorités donnent une suite concrète à leur dossier.
Avec des informations de Mrinali Anchan


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