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Paul St-Pierre Plamondon ne pouvait quand même pas reprendre l’expression de Jean Charest et demander à la population de lui permettre d’avoir « les deux mains sur le volant ». Le troisième mandat (2008-2012) de l’ancien premier ministre n’a pas laissé de très bons souvenirs, avec la commission Bastarache, la commission Charbonneau, la grève étudiante, les filouteries de Tony Tomassi…
Ce ne sont pas des dérapages de ce genre qui font manifestement hésiter les électeurs à laisser les « coudées franches » au Parti québécois (PQ) le 5 octobre prochain, comme le réclame son chef, qui a évoqué les nombreux domaines où la capacité d’agir que confère une majoritaire parlementaire serait avantageuse : santé, éducation, itinérance, infrastructures, bureaucratie…
Cet avantage est indéniable. Le gouvernement de Pauline Marois (2012-2014) aurait sûrement pu faire davantage s’il avait été majoritaire. Le Québec aurait peut-être pris le virage des soins à domicile que proposait Réjean Hébert, les dispositions de la loi 101 auraient vraisemblablement été étendues au cégep et la laïcité de l’État aurait déjà fait l’objet d’une loi.
Le principal objectif de M. St-Pierre Plamondon est tout autre : sans majorité parlementaire, la tenue d’un référendum sur l’indépendance deviendrait très problématique, sinon impossible, quoi qu’il en dise. Si les intentions de vote du PQ plafonnent autour de 30 %, c’est avant tout parce que sept électeurs sur 10 ne veulent pas de ce référendum.
Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, a été catégorique : si son parti obtient la balance du pouvoir, il y fera obstacle. Et tout indique que Québec solidaire ne remportera pas suffisamment de sièges pour faire l’appoint. Même si c’était le cas, il ne faudrait pas parier sur une entente avec le PQ. À tout prendre, se trouver dans l’impossibilité de tenir un référendum serait peut-être moins douloureux pour Paul St-Pierre Plamondon que d’avoir à choisir entre renier son engagement ou encaisser un troisième Non.
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Peu importe sa couleur, un gouvernement majoritaire aurait certainement une plus grande marge de manœuvre pour gérer les répercussions de la guerre commerciale avec les États-Unis. Les partis d’opposition ont été unanimes à critiquer les mesures annoncées par Christine Fréchette pour répliquer à la spirale des tarifs et des contre-tarifs. Un gouvernement minoritaire dépendrait de leur bon vouloir.
M. St-Pierre Plamondon soutient qu’un gouvernement péquiste réussirait à établir un meilleur rapport de force avec Ottawa. Chose certaine, il essaierait de le faire, alors que Mme Fréchette a choisi la voie d’un « partenariat » qui confine pratiquement le Québec au rôle de spectateur dans le bras de fer avec le gouvernement Trump. Peu importe ce qu’elle a prétendu, le gouvernement Carney n’a pas modifié son approche afin d’amoindrir le tort causé à l’économie québécoise.
Qui dit rapport de force dit cependant affrontement. Alors que le Canada tout entier est la proie du prédateur habitant la Maison-Blanche, de nombreux électeurs estiment manifestement que le moment est mal choisi pour reprendre l’offensive sur le front fédéral-provincial, quelle que soit la justesse des revendications québécoises.
D’ailleurs, s’il est vrai que la menace indépendantiste a pu amener Ottawa à démontrer une plus grande ouverture dans le passé, cela n’avait rien d’automatique. Paul Martin ou Stephen Harper avaient affaire à des gouvernements libéraux à Québec et ils ont fait des concessions que le PQ n’avait pas réussi à obtenir.
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La semaine dernière, plusieurs ont été surpris d’entendre Christine Fréchette lancer un appel au vote stratégique dès les premiers jours de la campagne, en demandant aux souverainistes « lucides » et aux libéraux déçus de la performance de Charles Milliard de voter pour la Coalition avenir Québec afin d’empêcher la tenue d’un référendum. Les sondages indiquaient une tendance favorable à son parti et elle cherchait manifestement à l’accentuer.
Une semaine plus tard, Paul St-Pierre Plamondon semble plutôt craindre une cristallisation des intentions de vote à un niveau qui le condamnerait à former un gouvernement minoritaire. Les projections actuelles accordent même au PQ moins de sièges qu’il n’en avait remportés en 2012.
Il ne faut pas exagérer la comparaison avec l’époque où Jean Charest plaidait la nécessité d’élire un gouvernement qui aurait « les deux mains sur le volant », mais il y a certaines similitudes.
Quand les élections de 2008 avaient été déclenchées, le 5 novembre de cette année-là, la planète entière était plongée dans une crise bancaire et financière provoquée par la prolifération des subprimes, ces prêts hypothécaires à haut risque qui allaient, entre autres, causer des pertes de 40 milliards de dollars à la Caisse de dépôt et placement du Québec.
Quelques jours avant le début de la campagne, un sondage Léger avait demandé aux Québécois à qui ils faisaient « le plus confiance pour gérer le gouvernement du Québec dans le climat de crise financière et économique » ; Jean Charest était arrivé bon premier dans les réponses, à 48 %. Au lendemain des élections du 8 décembre, le Parti libéral du Québec avait retrouvé la majorité qu’il avait perdue 20 mois plus tôt.
Le chef du PQ demande aujourd’hui les « coudées franches » au beau milieu d’une guerre commerciale avec les États-Unis qui risque de provoquer une récession. Le dernier sondage Léger demandait aux Québécois à qui ils faisaient « le plus confiance pour défendre les intérêts du Québec et lutter contre les tarifs de Donald Trump ». Christine Fréchette arrivait en première place, avec 24 % des répondants, suivie de Paul St-Pierre Plamondon (19 %) et Charles Milliard (10 %).


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