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FIGAROVOX/ENTRETIEN - Dans Les indésirables, Diane de Bourguesdon, consultante et essayiste, entend pointer du doigt le mépris d’une partie des élites envers les classes populaires. Pour elle, une discrimination demeure socialement acceptée en France : celle qui vise le «prolo».
Diane de Bourguesdon est consultante et essayiste. Elle publie Les indésirables aux éditions Fayard en mars 2026.
LE FIGARO. - Vous employez dans votre essai le terme de «prolophobie». En quoi diffère-t-il du «mépris de classe» ou de l’«élitisme» ?
Diane DE BOURGUESDON. - La prolophobie désigne un racisme ethno-social systémique que les élites éprouvent à l’endroit des classes populaires et moyennes françaises. Elle se distingue du mépris de classe sur deux points essentiels. D’abord, son caractère systémique : ce n’est pas seulement une posture individuelle ou un réflexe de classe, c’est un mépris exercé par le système dans son ensemble, c’est-à-dire les institutions, le pouvoir régalien, la justice, les forces de l’ordre sous la tutelle de la haute administration, mais aussi le monde audiovisuel, la publicité et les grandes entreprises avec leurs services marketing et communication. Tous participent à véhiculer un discours de discrimination à l’encontre du peuple français. Ensuite, la dimension ethnosociale. Le discours dominant entretient aujourd’hui un flou à dessein entre «classes populaires» et «quartiers populaires», expression qui désigne en réalité les quartiers à forte densité d’immigration. Or, les personnes issues de l’immigration sont au contraire valorisées dans ce discours. La prolophobie, elle, se concentre sur le peuple historique français, le «prolo», figure héritière du «beauf» inventé par Cabu dans les années 70.
Vous consacrez des pages très marquantes à cette figure du «beauf», que vous présentez comme le grand exutoire culturel de cette «prolophobie». Pourquoi cette figure vous paraît-elle si révélatrice ?
Dans le discours audiovisuel au sens large - médias, séries télévisées, films, bande dessinée - la figure du « Français de souche » issu des classes populaires et moyennes est quasiment systématiquement ridiculisée, moquée, vilipendée, traitée de réactionnaire, de misogyne ou de raciste, sans que rien ne vienne entraver ce discours. C’est d’autant plus frappant que le périmètre de l’humour autorisé se rétrécit à mesure que le wokisme identifie de nouvelles discriminations : grossophobie, glottophobie ... À partir du moment où un nouveau concept devient une discrimination, on ne peut plus en rire, et l’on bascule même dans la judiciarisation. Au terme de ce rétrécissement, il ne reste plus qu’une seule figure dont on peut se moquer sans la moindre restriction : le beauf. Il est devenu le défouloir universel. Aucune loi ne l’interdit, et je ne serais d’ailleurs pas favorable à ce qu’on le réglemente. Mais factuellement, puisqu’on ne peut plus rire de rien, on se rattrape sur le beauf, et on peut y aller sans retenue ni décence aucune.
Vous établissez une distinction entre la «bonne» victime et la «mauvaise» victime. Comment cette logique s’installe-t-elle, et avec quelles conséquences sur la justice ?
Ce que beaucoup de Français perçoivent comme du laxisme judiciaire est en réalité, à mon sens, une justice à deux vitesses. Celle-ci se comporte de manière différente selon qu’elle se trouve face à une «bonne affaire» ou une «mauvaise affaire», distinction opérée à l’aune d’une grille de lecture wokiste. Une bonne affaire, aux yeux du système judiciaire tel qu’il fonctionne aujourd’hui, est une affaire qui sert le discours idéologique dominant : le bon coupable y est un Français blanc, de préférence chrétien et hétérosexuel ; la bonne victime est son opposé dans cette grille, une personne étrangère ou issue de l’immigration, potentiellement non blanche, de confession musulmane, ou d’une orientation sexuelle non hétérosexuelle. Il me semble qu’une grande partie des magistrats adhère à cette vision idéologique, ce qui les conduit à ne pas appliquer la loi avec la même fermeté selon les affaires.
Votre livre met en cause tout un écosystème, des magistrats aux publicitaires, en passant par les journalistes et une partie du monde politique. Voyez-vous malgré tout des lieux de résistance intellectuelle ou culturelle à cette logique ?
Assurément, et heureusement. Lorsque l’on décrit des groupes sociaux, il faut rappeler qu’ils ne sont jamais homogènes. Au sein même des classes dominantes, il existe des individus qui ne sont pas animés de «prolophobie», qui se préoccupent sincèrement du peuple. Et au-delà de ces individus, on trouve une production intellectuelle abondante qui va dans le même sens que mon essai, qui vole au secours du peuple et qui s’afflige de la sécession croissante entre les élites et la majorité des Français.
Qui défend aujourd’hui politiquement ces «indésirables» ? Le Rassemblement national, par son rapprochement récent avec les élites économiques, n’est-il pas en train de se séparer du peuple ?
Malgré cette tentative de captation des élites économiques, le RN reste aujourd’hui pratiquement la seule formation politique à tendre la main aux Français ordinaires, à la France périphérique, qui recueille leurs doléances et en tient compte dans son programme. Jordan Bardella emprunte de plus en plus au libéralisme économique et se distingue sur ce point de Marine Le Pen. Mais cela ne semble pas heurter son électorat : des études récentes suggèrent que la majorité des sympathisants RN n’est pas hostile à une réduction des dépenses publiques. Ce qui retient encore beaucoup d’électeurs de voter RN, c’est précisément le programme économique du parti. Si cet obstacle se lève, ce parti ira chercher des voix chez LR et dans une frange bourgeoise qui, comme les dernières législatives l’ont montré, commence déjà à basculer.


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