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Les citoyens veulent de la transparence

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Un résultat qui force l’humilité. Vingt-quatre ans d’existence de notre loi. Bientôt neuf ans comme commissaire au lobbyisme. Des années à faire connaître le lobbyisme, son encadrement et les mécanismes de transparence au Québec.

Et pourtant, le résultat est identique. Selon une étude Edelman rendue publique par Lobbyisme Québec, seuls 6 % des Québécoises disent avoir confiance que les activités de lobbyisme au Québec s’exercent de façon transparente et éthique. Le même résultat qu’en 2023 et 2024.

Je ne cacherai pas ma déception. Après tous les efforts déployés, ce résultat est difficile à recevoir : malgré le travail accompli, la confiance demeure au point mort. Une fois le coup encaissé, lorsque l’aiguille refuse de bouger, il faut reconnaître qu’un problème plus profond subsiste — et que les solutions dépassent le seul mandat qui m’est confié.

Pendant longtemps, nous avons pu penser que le principal enjeu était le manque de connaissance. L’étude confirme d’ailleurs qu’une meilleure compréhension du lobbyisme peut contribuer à accroître la confiance. Mais elle révèle surtout quelque chose de plus profond : le défi n’en est pas seulement un de connaissance, mais aussi de confiance. Envers l’État, ses élus, les entreprises, les organisations, et leur volonté réelle de transparence.

Les citoyens croient que ces acteurs ont tous une responsabilité importante pour assurer la transparence des communications d’influence. Mais ce sont précisément ceux envers qui leur confiance est la plus fragile.

Écart

Autrement dit, les citoyens attendent le plus de ceux en qui ils ont le moins confiance pour répondre à leurs attentes. Cet écart me heurte profondément. Comme citoyen profondément attaché à nos institutions démocratiques, comme personne désignée par l’Assemblée nationale, je ne peux pas banaliser un tel décalage entre les attentes des citoyens et la confiance qu’ils accordent à ceux qui les représentent.

À l’aube des prochaines élections générales, ce constat devrait agir comme un électrochoc. Ce besoin de voir clair se manifeste chaque fois qu’un dossier public soulève des questions sur les influences qui entourent les décisions de l’État.

Qu’il soit question de McKinsey, de SAAQclic ou du Réseau QG100, le même réflexe citoyen se manifeste : lorsqu’un projet public majeur soulève des questions ou qu’un acteur externe gravite autour des plus hauts décideurs de l’État, les citoyens veulent savoir et comprendre. Soyons clairs, aucun de ces dossiers ne démontre à lui seul l’existence d’une faute. Ensemble, ils illustrent toutefois une même réalité : les citoyens veulent savoir quelles influences sont exercées en amont des décisions publiques, alors que la loi peine à suivre l’évolution des pratiques.

Les citoyens ne rejettent pas les communications d’influence. Ils comprennent que le lobbyisme, exercé de façon transparente et éthique, permet aux décideurs publics d’entendre des expertises, des réalités terrain et des points de vue diversifiés. Ce qu’ils refusent, c’est que ces communications demeurent invisibles, incomplètes ou difficiles à comprendre. Ils veulent savoir qui cherche à influencer quoi, auprès de qui, dans quel intérêt et selon quelles règles.

Le lobbyisme n’est donc pas le problème. Le vrai problème, c’est que les citoyens ne voient pas encore assez clairement comment les communications d’influence s’exercent autour des décisions publiques.

C’est pourquoi la transparence ne peut pas être la responsabilité du seul régulateur. Les entreprises, les organisations, les lobbyistes, les décideurs publics et les institutions publiques ont tous un rôle à jouer.

Confiance

La confiance démocratique se reconstruira par des comportements observables, des règles mieux adaptées et une culture de transparence réellement partagée et incarnée. C’est pourquoi une réforme législative est nécessaire. Le cadre actuel, à peine modifié à la marge en 20 ans, ne reflète plus l’évolution des communications d’influence et peine à les encadrer.

Ma proposition législative déposée en mai dernier à l’Assemblée nationale vise à offrir une information plus utile aux citoyens, à responsabiliser davantage les organisations qui cherchent à influencer l’État et à engager plus clairement les institutions publiques à faire preuve de transparence.

Les citoyens ne demandent pas l’interdiction du lobbyisme ni la perfection. Ils demandent des preuves : des règles claires, des comportements observables, des responsabilités assumées et une information accessible pour comprendre les influences qui entourent les décisions publiques.

La confiance ne reviendra pas parce qu’on affirme que la transparence existe ou parce qu’on en vante les mérites. Elle reviendra lorsque les citoyens pourront la constater eux-mêmes. Lorsqu’ils pourront réellement voir la transparence.

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