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Mardi, se sont clôturés à Paris les traditionnels Rendez-Vous Unifrance, qui réunissent chaque année pendant quatre jours une centaine de journalistes du monde entier, des cinéastes et des comédiens venus promouvoir les films que l'on verra au grand écran dans les prochains mois.
À la tête d'Unifrance (agence chargée de la promotion du cinéma français à l'international) depuis 2019, l'Allemande Daniela Elstner — qui a étudié et fait toute sa carrière en France, comme exportatrice de films français à l'étranger — a accepté de dresser avec nous le bilan, pas folichon, du cinéma français en 2025.
On n'est plus très loin de nos chiffres avant Covid 2019.
En France, un seul film français s'est ainsi hissé dans les 10 premières places au box-office 2025 : God Save the Tuche de Jean-Paul Rouge, avec 3 millions d'entrées. Si Mme Elstner reconnaît qu'il n'y a pas eu, l'année dernière, de locomotive comme Le Comte de Montecristo et Un p'tit truc en plus (respectivement 10 et 11 millions d'entrées en France en 2024), la patronne d'Unifrance relativise. Elle se réjouit même que les chiffres du cinéma français à l'étranger sont légèrement en hausse. "On n'est plus très loin de nos chiffres d'avant le Covid 2019, où on avait fait 45 millions d'entrées. En 2025, on est à 42,5 millions. Il suffit d'un film qui performe un peu plus et on y sera…"

L'année des coproductions
Daniela Elstner précise que ces chiffres englobent, depuis plus de 25 ans, la production française et les coproductions minoritaires. En 2025, le succès du film d'animation Flow du Letton Gints Zilbalodis ou de Valeur sentimentale du Norvégien Joachim Trier — qui a triomphé ce week-end aux European Film Awards, avec six prix, dont celui du meilleur film — tire ainsi à la hausse le cinéma français à l'international.
"Ce qui est important à retenir, c'est que, depuis quelques années, on est dans une forme de constance, entre ces 40 et 45 millions d'entrées. Dans un monde qui change tellement, rester dans cette fourchette est déjà un exploit", défend Mme Elstner.
Voici les films que vous avez aimés ou snobés en 2025En Belgique, seuls deux films français se sont hissés dans le Top 50 : Les Tuche et C'était mieux demain, avec Elsa Zylberstein et Didier Bourdon. Et l'on note un net recul des comédies populaires à gros casting, comme Le Million avec Christian Clavier (16 400 entrées) ou Certains l'aiment chauve avec Michael Youn et Rev Adams (14 500 entrées). Sans parler du bide du 2e volet de Kaamelott d'Alexandre Astier, qui n'a attiré que 39 000 spectateurs.

Les films attendus en 2026
En 2025, le cinéma français n'a pas non plus pu compter, pour rayonner à l'international, sur de grands films d'auteur remarqués en festivals et nommés aux oscars, comme Anatomie d'une chute de Justine Triet ou Emilia Pérez de Jacques Audiard. "En effet, il n'y a pas eu l'effet waouw sur un film. Mais ce n'est pas une tendance, juste un constat sur une année. On verra bien ce qui arrive dans les prochains mois", estime la directrice d'Unifrance.
Et de citer quelques films prometteurs pour 2026, tels que Vie privée de Rebecca Zlotowski (avec Jodi Foster et Daniel Auteuil), dont les premiers chiffres sont bons, Le Marsupilami (surtout destiné au public francophone), Juste une illusion de Nakache et Tolédano (avec Camille Cottin et Louis Garrel) ou, en fin d'année, le dessin animé Astérix et le Royaume de Nubie. Sans oublier La Bataille de Gaulle d'Antonin Baudry (Le Chant du loup en 2019), biopic en deux volets du général, campé par Simon Abkarian.
Rebecca Zlotowski : "Quand j'ai dit à Jodie Foster qu'il s'agissait aussi d'une comédie, elle m'a dit : 'Je ne suis pas drôle du tout'"M. Elstner cite également quelques films qui devraient être présentés à Cannes en mai prochain, comme L'Inconnue d'Arthur Harari (le compagnon et coscénariste de Justine Triet, à qui l'on doit Onoda, 10 000 nuits dans la jungle en 2021), avec Léa Seydoux et Niels Schneider, Histoires De La Nuit de Léa Mysius (avec Hafsia Herzi et Bastien Bouillon) ou encore Histoires parallèles d'Asghar Farhadi (avec Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Virginie Efira et Pierre Niney, sur les attentats du Bataclan).

D'heureuses surprises
Mais il faudra aussi compter avec quelques heureuses surprises. La sensation du marché organisé par Unifrance à Paris la semaine dernière — qui a réuni 500 acheteurs internationaux — fut ainsi Le Rêve américain d'Anthony Marciano. Cette comédie dans l'univers de la NBA avec Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard été vendue un peu partout dans le monde. Elle sortira sur les écrans belges le 18 février prochain.
Autre succès inattendu, celui de L'Affaire Bojarski de Jean-Paul Salomé, avec Reda Kateb, sorti ce mercredi en Belgique et le 14 janvier en France, où il a enregistré un excellent démarrage, avec 200 000 entrées en quatre jours. Ce qui était loin d'être gagné pour un film boudé en festivals et qui est allé chercher son public "d'avant-première en avant-première". Dans un paysage cinématographique en perpétuelle évolution, "il n'existe pas de recette miracle ; il faut se réinviter tout le temps", commente Daniela Elstner.

Des engagements de plus en plus tardifs
S'il est de plus en plus difficile de prédire le succès d'un film, c'est que la décision d'achat des distributeurs est de plus en plus tardive — même si l'effet est moindre en Belgique ou en Suisse, où les films français sortent le plus souvent en même temps ou dans la foulée de la France. "Il y a 25 ans, les acheteurs s'engageaient sur le nom du réalisateur et un vague script. Ensuite, ils ont voulu lire le scénario — ce qui semble tout à fait normal aujourd'hui —, puis voir des photos, les premières images du film, la bande-annonce, voire avoir une promesse de marketing ou une sélection dans un grand festival. Aujourd'hui, ils veulent quasiment la Palme d'or…", énumère la directrice d'Unifrance.
Si un grand nom à l'affiche ne suffit plus à faire vendre un film, quelques comédiens français ont réussi à s'imposer à l'international ces dernières années, comme Omar Sy ou Tahar Rahim. Dans la jeune génération, Mme Elstner met en avant Anamaria Vartolomei (vue dans Montecriso et dans Mickey 17 de Bong Joon-ho et qu'on reverra dans De Gaulle), Nadia Tereszkiewicz (lancée dans Les Amandiers de Valérie Bruni-Tedeschi et Mon crime de François Ozon) ou encore Benjamin Voisin, à l'affiche d'un autre film d'Ozon qui marche très bien à l'étranger : son adaptation de L'Étranger de Camus.
"L'Étranger" : faut-il aller voir l'adaptation du classique de Camus par François Ozon ?Et quand on demande à la patronne du soft power cinématographique français si des sanctions sont d'ores et déjà envisagées envers les États-Unis en cas d'invasion du Groenland, elle estime que c'est prématuré. D'autant qu'Unifrance tiendra ses Rendez-Vous with French Cinema in New York, du 5 au 15 mars prochains. Après, Unifrance dépend du Centre du Cinéma (CNC), lui-même placé sous la tutelle du ministère de la Culture. "S'il y avait demain un conflit au Groenland, j'imagine que de nouvelles règles seront vite édictées. Et on suivra les règles du gouvernement…", conclut Daniela Elstner.

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