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À l’occasion du premier rendez-vous télévisuel aux heures de grande écoute de la campagne électorale, mercredi soir, Christine Fréchette a voulu prouver son « rapport de force » avec Ottawa en ces temps de guerre tarifaire, une image que ses adversaires ont aussitôt tenté de détricoter.
Tour à tour sur les ondes de Radio-Canada, les chefs de la Coalition avenir Québec (CAQ), du Parti libéral du Québec (PLQ), de Québec solidaire (QS), du Parti québécois (PQ) et du Parti conservateur du Québec (PCQ) ont dû faire face à un barrage de questions des trois animateurs de l’émission Cinq chefs, une élection.
Première à se prêter à l’exercice, la cheffe de la CAQ, Christine Fréchette, a dit accorder sa « confiance » au premier ministre canadien Mark Carney pour défendre l’exception culturelle et la gestion de l’offre, les « lignes rouges » qu’elle a tracées face aux États-Unis depuis le début du conflit tarifaire. Le fait que le fédéral n’ait pas franchi ces dernières dans ses négociations avec Washington « montre que l’on a un rapport de force important », a-t-elle estimé.
Le Québec n’exclut pas de déployer « l’arme atomique » et de hausser le prix de l’électricité exportée aux États-Unis, a averti Mme Fréchette. Sans élaborer de « scénario catastrophe » en direct, elle a signalé qu’en cas d’escalade dans la guerre tarifaire en cours avec la Maison-Blanche, « il va falloir se questionner sur les outils qu’on a à notre disposition. »
Le chef du PLQ, Charles Milliard, a plutôt avancé qu’il faut « jouer tous nos atouts », même celui de l’électricité, mercredi. En mode attaque, ce dernier a toutefois dû adopter une posture défensive lorsqu’interrogé sur l’allure de sa campagne, son bas taux de popularité et la position de son parti en matière de laïcité.
Confronté par les animateurs au fait qu’« un Québécois francophone sur dix donne son appui au Parti libéral », Charles Milliard a répondu qu’il ne pouvait « pas refaire le passé ». « Je suis moi-même — vous l’aurez remarqué — francophone. Je pense que les francophones sont intéressés à voir qu’est-ce qu’on a dans le ventre », a-t-il soutenu.
Il a par ailleurs été poussé à dire ce qu’il ferait de la Loi sur la laïcité de l’État. « La position traditionnelle du parti, c’est de ne pas renouveler la clause [dérogatoire] en 2029. D’ici là, je n’ai aucune annonce à faire à ce niveau. »
« Fracturer le Canada »
Le chef libéral était arrivé sur le plateau de l’émission radio-canadienne avec deux cibles en tête : Christine Fréchette et Paul St-Pierre Plamondon. Il a accusé la première « d’avoir négligé les alliances à l’intérieur du Canada dans les dernières années », puis le deuxième de tenter de « fracture[r le] Canada ».
« Madame Fréchette s’est autoproclamée ce matin “Capitaine Québec”. Moi, je crois qu’elle est plutôt capitaine du Titanic. Elle essaie d’appuyer sur tous les boutons avant de frapper l’iceberg », a-t-il lancé, estimant qu’il formerait un « fantastique duo économique » avec Mark Carney pour faire face au contexte tarifaire.
Attaquant par la bande le camp péquiste, il a invité les Québécois à ne pas donner une carte de plus au vis-à-vis américain. « Monsieur Trump, il rêve d’un référendum au Québec. Quelle belle façon de diviser davantage le pays au Nord », a-t-il affirmé.
Quelques jours après avoir dit à ses partisans qu’il allait « tenir parole » sur l’organisation dans un premier mandat d’une consultation populaire sur l’avenir du Québec, le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, s’est engagé à « appliquer le programme, peu importe les variables [qu’il] ne contrôle pas », comme l’élection d’un gouvernement majoritaire ou minoritaire.
« Mais je ne vous cache pas que je me fixe l’objectif de faire plus que le résultat en ce moment dans les sondages », a-t-il précisé.
Le camp du « Oui » pourra compter sur Québec solidaire, a indiqué sa porte-parole Ruba Ghazal, mais le Parti québécois n’aura pas l’aval inconditionnel de QS en cas de gouvernement minoritaire. « Les discussions auront lieu en temps et lieu, a nuancé Mme Ghazal en ajoutant qu’à ses yeux, « un pays ne se construit pas par un parti politique ou deux ».
Des polémiques refont surface
Durant son entrevue d’une vingtaine de minutes, Paul St-Pierre Plamondon a dû s’expliquer sur plusieurs de ses propos passés et sur le choix de ses candidatures électorales.
Interrogé sur l’étiquette de « soupe au lait » que lui ont donné certains rivaux politiques, il a répondu que « les gens vont se rendre compte, qu’en fait, peut-être qu’il y a beaucoup d’exagération à des fins partisanes ».
Revenant sur ses positions en immigration, il a soutenu que « les Québécois de toutes origines sont des Québécois », et ce dès « qu’ils sont reçus comme citoyens ». Du même souffle, il s’en est toutefois pris au modèle d’immigration développé « sous Justin Trudeau et sous Christine Fréchette ».
Il s’est par ailleurs excusé pour « un tweet qui est parti trop vite en soirée », celui dans lequel il avait dénoncé l’« aplaventrisme » des artistes québécois face à Ottawa. Relancé sur les propos controversés de son candidat François Gariépy, il a accusé ses détracteurs de « tenter de déplacer la ligne rouge de l’annulation ».
Éric Duhaime a lui aussi dû s’exprimer au sujet de nombreuses polémiques surgies dans ses propres rangs. « Ça arrive que les gens font des conneries et il n’y a personne qui peut lancer la première pierre, a insisté le chef conservateur. Ces gens-là qui ont critiqué et qui ont fait toutes sortes de choses, je veux transformer cette énergie qu’ils ont en quelque chose de positif […] Viens-t’en avec nous sur la patinoire, puis viens changer le Québec. »
Le chef conservateur a aussi marqué un contraste entre « l’orgie des dépenses » de la CAQ et sa promesse de sabrer 5 % des dépenses de l’État en cinq ans, soit 47 milliards de dollars. « Tout le monde est capable de faire ces économies-là, il est temps que le gouvernement le fasse. »
La porte-parole solidaire, Ruba Ghazal, a suggéré le contraire : il ne faut pas déboulonner la machine publique en temps de crise commerciale. « Si on affaiblit l’État en coupant comme tout le monde le propose, qui va nous protéger contre cette guerre tarifaire ? »
Devant des « plaques tectoniques qui bougent », Christine Fréchette a réitéré son intérêt à exploiter du gaz de schiste au Québec si l’acceptabilité sociale est au rendez-vous. « Il y a moyen de savoir où logent les gens », a-t-elle indiqué.
Le chef conservateur, fidèle partisan de la filière du gaz naturel, a pour sa part écorché les « gens de Montréal » pour avoir, à son avis, coulé GNL Québec au Saguenay, « un projet de développement d’une région qui en avait besoin. »
L’émission Cinq chefs, une élection constituait le premier grand rendez-vous télévisuel de la campagne électorale. Suivront ensuite les débats de TVA (le 15 septembre), Noovo (le 16) et Radio-Canada (le 23).


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