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Une casquette aux arabesques dorées posée en équilibre sur le genou, un prévenu attend son avocat. À ses côtés, une armoire à glace tue l'ennui en remuant ses épaisses tresses noires. Deux rangées de chaises plus loin, un trentenaire en chemise bleu Klein, façon bon chic bon genre, échange en lingala avec plusieurs coreligionnaires.
Dans la salle d'audience, beaucoup se connaissent. Ce qui les relie ? La galerie Matonge à Ixelles. Un passage couvert où se succèdent restaurants et cafés africains, magasins spécialisés et salons de coiffure.
Un policier à vélo à l'entrée de la Galerie Matonge dans la chaussée de Wavre à Ixelles. ©EdA - Julien RensonnetUn lieu de deal aussi. Dans les allées, des pacsons d'herbe et de poudre blanche passent quotidiennement de main en main. En 2024, l'endroit a été placé sur la liste des "hotspots" (lieu de vente de stupéfiants, NdlR) de la Région bruxelloise. Depuis la présence des forces de l'ordre dans ce quartier précaire n'a cessé de se renforcer.
Entre mai et octobre 2025, la police a procédé à diverses missions d'observation sur place. Avant de lancer une vague de perquisitions le 3 novembre dernier. Quelques mois d'enquête plus tard, quarante-six prévenus comparaissent devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Ils nient les faits.
Six millions et quelques kilos
Ce mardi, à l'entame de la première audience, ils sont arrivés au compte-goutte à l'intérieur du Justitia, le palais de justice installé dans les anciens locaux de l'Otan à Haren. Et pour cause, nous glisse un avocat, des détenus ont d'abord été conduits au vieux palais situé place Poelaert… à près de dix kilomètres de là.
Les plus ponctuels, eux, font le pied de grue à l'entrée de la salle d'audience. Ils refusent d'entrer. "On ne souhaite pas être filmé", scande l'un d'eux en direction des chaînes de télévision présentes.
"Le procès du royaume de la débrouille": Une quarantaine de prévenus poursuivis pour le hotspot MatongeTous sont membres d'une organisation criminelle présumée, active dans le trafic de stupéfiants, qui opérait sur les pourtours de la chaussée de Wavre. Des préventions de blanchiment d'argent et de détention d'armes (pepper spray et taser) ont également été retenues.
Selon les calculs théoriques du ministère public bruxellois, l'organisation aurait tiré un avantage patrimonial illicite minimum de 6,163 millions d'euros. Une somme vertigineuse au regard des quelques maigres kilos de cannabis saisis par les enquêteurs.
La "communauté congolaise"
Au cœur du prétoire, l'atmosphère est d'ailleurs loin de celle des méga-procès de barons de la drogue. Dans les cartons : pas d'assassinat, de kalachnikov et encore moins de sociétés-écrans cachées à Dubaï. Non, l'écrasante majorité des prévenus sont de petits consommateurs de cannabis ou de cocaïne.
Comme A. N., un quadragénaire employé de la Stib, observé à cinq reprises à l'intérieur de la galerie. Travaillant en horaire décalé, il explique fumer de l'herbe pour dormir. À la barre, défilent des pères et mères de famille, de jeunes adultes, des personnes sans emplois ou enchaînant les petits boulots. Nombre d'entre eux sont membres de la communauté congolaise de la capitale. "Je vais seulement à Matonge pour manger africain, me couper les cheveux, faire des courses…", énumère laconiquement A. K., un trentenaire.
Je vais seulement à Matonge pour manger africain, me couper les cheveux, faire des courses…
"Je ne comprends vraiment pas ce que je fais là", s'exaspère encore un autre prévenu. Le même récit se répète inlassablement durant les près de quatre heures d'instruction d'audience. D. N., mère de trois enfants, est une consommatrice occasionnelle de stupéfiants. Elle aussi a été observée par la police dans les environs de la galerie. "Mes parents ont été commerçants à Matonge. Moi aussi. Voilà pourquoi je fréquente le quartier. Je ne me suis jamais procuré de stupéfiants là-bas."
Un dossier mammouth ?
Véritable "dossier mammouth", l'affaire ne comporte pas moins de 33 notices. Et comme souvent dans ces audiences XXL, les débats sont émaillés de retards, de tensions et d'incompréhensions. À plusieurs reprises, des éléments doivent être vérifiés pendant d'interminables secondes.
Telle une véritable maîtresse d'école, la juge multiplie les remontrances : "Coupez vos téléphones" ; "Je vous demande d'être polis !"; "Silence" ; "Merci d'arriver à l'heure". Une sévérité qui n'empêche pas des rires moqueurs de retentir dans l'assemblée.
Une "dynamique de représailles" entre deux bandes rivales à l'origine de la récente vague de fusilladesPuis viennent les têtes pensantes du réseau. Parmi elles, N. V., suspectée d'être "la fournisseuse" de l'organisation. Déjà condamnée à cinq ans pour vente et importation de drogues, la prévenue reconnaît avoir seulement servi "d'intermédiaire ponctuelle" à M. B., dirigeant présumé du "hotspot". Confondue par des conversations sur Snapchat, la jeune trentenaire n'a pas eu d'autres choix que d'avouer.
Le numéro un de cette organisation criminelle présumée sera interrogé ce mercredi. Le procès doit en théorie durer trois semaines. À moins que les débats ne s'éternisent.
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