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Les Canadiennes étaient à 124 secondes de causer une immense surprise

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MILAN – C’est Simone de Beauvoir qui disait : « la fatalité triomphe dès que l’on croit en elle ». Les Canadiennes n’ont pas voulu croire à la fatalité.

Tout le monde les condamnait d’avance.

Pourquoi même se donner la peine de jouer vu que la cause était entendue et que les Américaines allaient automatiquement s’adouber d’or?

Les Canadiennes n’ont cru à rien de tout cela. Ce à quoi elles croyaient, c’était à cette chance de trouver une porte, trouver un étroit corridor pouvant les mener jusqu’aux grands honneurs.

Pendant presque 58 minutes, l’espoir a tenu.

Le Canada menait 1-0 lorsque la légendaire Hilary Knight a fait dévier un tir de la pointe qui a trompé Ann-Renée Desbiens avec 2 min 4 s à écouler dans le match et sans gardienne devant le filet américain. 

Équipe Canada a une équipe phénoménale avec plusieurs gros calibres, a dit Knight. Elles ont pris les commandes 1-0. On essayait juste de mettre de la pression sur elles, derrière le filet comme devant. C’est une équipe difficile à battre.

On parle beaucoup de la nouvelle génération de joueuses qui prend d’assaut le hockey, mais il suffisait de voir les trois équipes médaillées sur la glace lors des cérémonies pour réaliser que ce sont les meneuses des États-Unis, du Canada et de la Suisse qui ont fait la différence.

À son tout dernier match en compétition internationale, c’est Knight qui a marqué le but égalisateur.

Même sur une jambe, Marie-Philip Poulin a marqué en demi-finales les deux buts qui ont permis au Canada de se battre pour la médaille d’or.

Plus tôt en journée, jeudi, la Suisse Alina Müller a ajouté à son palmarès en touchant la cible en prolongation pour conquérir le bronze contre la Suède.

Les meilleures savent montrer pourquoi elles sont les meilleures.

Une hockeyeuse et une gardienne ont la tête baissée.

Marie-Philip Poulin et Ann-Renée Desbiens

Photo : Getty Images / Andreas Rentz

Poulin, la meilleure ambassadrice

Il faut parler de Marie-Philip Poulin, dont le tournoi olympique a été empreint d’adversité. 

Elle a joué les matchs éliminatoires sur une seule jambe dans l’espoir qu’elle puisse propulser l’équipe canadienne comme elle l’avait fait auparavant.

Son doublé en demi-finales contre la Suisse lui a permis de battre le record olympique féminin de buts marqués, qui s'élève désormais à 20.

Face aux États-Unis, Poulin a été dominante au cercle de mise en jeu, mais elle n’est arrivée qu’au 5e rang des attaquantes canadiennes en ce qui concerne le temps d’utilisation. Une Marie-Philip Poulin en santé aurait joué beaucoup plus.

Quand on a évoqué ses efforts de jouer en dépit de sa blessure, son épouse Laura Stacey a retenu un sanglot.

C’est notre meneuse, c’est une guerrière. Ça fait mal de la voir souffrir comme ça, mais on ne le devinerait même pas tellement elle continue de batailler. C’est notre roc, et elle l’a démontré. Elle a fait tout ce qu’elle pouvait. On l’a suivie partout et toute l’équipe peut être fière d’elle.

Poulin s’est fait une marque de commerce de marquer des buts décisifs pour faire gagner le Canada. Peut-être que Hollywood espérait un autre dénouement semblable, mais la fatalité – encore elle – a vu les choses autrement.

Imaginez Poulin dans un contexte à 3 contre 3 contre les rapides patineuses américaines. Elles, jeunes et fringantes, pressées de montrer qu’elles forment la meilleure équipe de hockey que le monde n’a jamais vu, comme l’a avancé Megan Keller après le match.

Et il y a la titubante légende qui voulait faire gagner son équipe dans un contexte où les patineuses incommodées partent avec une prise contre elles.

En prolongation, donc, Poulin a tenté une incursion vers le filet d’Aerin Frankel, mais à la dernière minute, Keller a étendu le bâton pour faire dévier le lancer de la capitaine canadienne.

Et il a fallu que cette même Keller, quelques instants plus tard, aille marquer le but qui faisait gagner les États-Unis.

Après le match, toutes ses coéquipières voulaient être le sac de glace de Poulin.

C’est probablement la meilleure ambassadrice que le hockey féminin n’aura jamais, a avancé Desbiens. La façon dont elle s’est comportée, la façon dont elle s’est relevée de sa blessure durant ce tournoi-là, ça n’a pas toujours été facile. C’est une meneuse exceptionnelle et j’espère qu’il lui reste de bonnes années devant elle.

À l’instar de ses coéquipières, Poulin a voulu s’abreuver des commentaires qui dénigraient son équipe et sa capacité à s’élever face aux Américaines. Il y avait beaucoup de paroles à faire ravaler.

Il y en a plusieurs qui disaient qu’on ne serait pas capables d’être de la partie dans cette finale-là, et de la façon dont on a commencé le match – mais durant tout le match, pour être honnête – on a été dans leur face, a dit Poulin.

Ça a failli être suffisant.

 Megan Keller déjoue Ann-Renée Desbiens en prolongation.

Megan Keller déjoue Ann-Renée Desbiens en prolongation et donne du même coup la médaille d’or aux États-Unis.

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

La sauce secrète

La volonté n’est pas l'un de ces trucs qu’on allume quand on veut, surtout pas au hockey. La détermination n’est pas une lampe de chevet.

Et pourtant.

Ce qu’il y a de plus étonnant dans l’effort qu’ont démontré les Canadiennes, c’est qu’elles ont activé quelque chose qui n’était pas là dans les matchs précédents. Ce n’est peut-être pas la volonté qui manquait, mais il manquait très certainement quelque chose.

Mais toutes les autres rencontres n’étaient pas le match de la médaille d’or.

Pour celui-là, les Canadiennes ont tout donné ce qu’elles avaient.

La formation avait-elle été optimisée au moment de sa conception? Les mécanismes sont-ils en place pour éviter que la domination des Américaines ne devienne chose acquise?

Ces questions devront être élucidées. Mais ce n’est pas aux 22 joueuses qui étaient sur la glace de Santagiulia jeudi de répondre à cela.

Celles-là ont tout donné.

Les États-Unis n’avaient accordé qu’un maigre but en six matchs jusque-là dans le tournoi olympique. Ils en avaient eux-mêmes inscrit 31. Jamais les Américaines n’avaient marqué moins de cinq buts dans un match.

Et voilà qu’après avoir mis fin à 351 minutes de jeu blanc lors d’une infériorité numérique, gracieuseté de Kristen O’Neill, les Canadiennes ont passé l’essentiel du match à freiner l’élan de leurs éternelles rivales.

À les empêcher de prendre de la vitesse en zone neutre.

À les marquer de façon serrée.

À donner tout ce qu’elles avaient pour mettre de la pression en échec avant et générer de l’attaque quand la porte s’entrouvrait.

Les Canadiennes pliaient sans rompre.

On savait que notre expérience et notre résilience seraient notre sauce secrète. Je pense qu’on l’a montré ce soir. On n’a pas reculé, notre échec avant a été incroyable, notre infériorité numérique est allée chercher un but.

La défaite la plus dure de sa vie

On disait que la seule chance qu’avait le Canada de décrocher la médaille d’or était de voir Desbiens voler la victoire devant le filet. Elle y est presque parvenue.

Desbiens immobilisait régulièrement des rondelles pour briser le rythme des États-Unis. En deuxième période, elle a réalisé un superbe arrêt sur Haley Winn durant un long temps fort des Américaines. Puis, ce fut contre Hayley Scamurra et Cayla Barnes sur la séquence suivante.

Les États-Unis ont tournoyé en zone canadienne durant la majeure partie du deuxième engagement, de même que dans des portions du troisième vingt, où les revirements du Canada en zone défensive prolongeaient les moments passés à se défendre.

Jusqu’à ce qu’elle cède devant Keller, Desbiens avait été irréprochable.

La veille du match, les joueuses s’étaient réunies et avaient décidé de savourer le fait d’occuper le rôle de négligées. Elles étaient tout à fait conscientes du rôle qu’elles avaient au moment de commencer ce match, et elles étaient heureuses de l’assumer.

Mais lorsqu’une équipe est à deux minutes d’avoir la médaille d’or au cou, tout devient difficile à digérer.

C’est la défaite la plus dure de ma vie, a mentionné la défenseuse Erin Ambrose, qui n’a pas été en mesure de finir la rencontre à la suite de la mise en échec contre la bande que lui a administrée Britta Curl-Salemme.

Plus que tout, on savait qu’on a toujours su qu’on pouvait patiner avec elles et les battre. Les résultats du passé n’avaient pas ébranlé la foi en notre groupe. Pour nous, c’était de limiter ce qu’on leur donnait et les garder à l’extérieur de l’enclave, et je trouve qu’on a fait du bon travail à ce niveau-là.

Le résultat final n’a en soi rien de surprenant. Les États-Unis ont passé la dernière année à asseoir leur supériorité sur le hockey international féminin, et le fait que le Canada ait menacé pendant si longtemps une conclusion qu’on croyait inéluctable est admirable.

Mais il va maintenant y avoir une autopsie.

On voudra comprendre pourquoi, avant cette rencontre ultime, le Canada semblait plus proche des pays européens qui le pourchassent que des États-Unis.

Pourquoi la jeune relève, si nécessaire à un nouveau souffle du programme canadien, n’était-elle pas à Milan? L’équipe féminine canadienne n’avait pas son Macklin Celebrini.

De deux choses l’une : si cette (ces) joueuse(s) n’existe pas, il y a un problème. Et s’il y a bel et bien une relève, mais qu’on a choisi de ne pas lui faire vivre l’expérience, il convient de se demander pourquoi.

Encore une fois : les joueuses qui sont venues à 124 secondes de gagner l’or à Milan ont fait tout ce qu’elles ont pu.

Mais l’équipe canadienne n’est tout simplement plus la plus grande puissance en hockey féminin.

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